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Pourquoi Dior et la photographie ?

Posté le 08 sept. 2014 dans 08 sept. 2014 dans Billets

Pourquoi Dior et la photographie ?

Granville c’est un peu loin en Normandie, mais il y a là-bas la maison d’enfance de Christian Dior. Transformée depuis plusieurs années en musée, la villa les Rhumbs accueille pour la saison une exposition sur les rapports étroits de la photo et la maison Dior.   Barbara Jeauffroy Mairet, commissaire associée a eu la gentillesse de nous raconter les coulisses de la préparation.

Pourquoi avoir choisi la photographie ?

Ce thème n’avait encore jamais été abordé dans nos expositions. Ca a été pour nous l’occasion de faire des recherches spécifiques : le fond Condé Nast, le fond du magazine Elle, des recherches au musée des arts décoratifs et au musée Galliera.

Nous avons procédé à un dépouillement systématique (pour le magazine Elle jusqu’en 1964). Cela nous a permis de faire de jolies découvertes.

La photo est-elle abordée uniquement sur la période Christian Dior ?

Non, la photo est prise en compte pour la vie de la maison Dior, de son fondateur à Raf Simons. Les photographes présentés sont entre autre Irving Penn, Horst, Sarah Moon mais aussi Patrick Demarchelier et Inez van Lamsveerde Vinooh Matadin qui sont très présents aujourd’hui dans la maison Dior.

Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, 2012. Dans la galerie des Glaces du château de Versailles, robe de la collection Prêt-à-Porter automne 2012. © Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin.

Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, 2012.
Dans la galerie des Glaces du château de Versailles, robe de la collection Prêt-à-Porter automne 2012. © Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin.

Dominique Isserman nous a accordé une interview. Ses tirages présentés à Granville sont d’une qualité exceptionnelle. Elle en a supervisé l’exécution et cela procure beaucoup d‘émotions en observant ses photos.   C’est une démarche que nous avons privilégiée : avoir le maximum de tirages originaux et validés par le photographe quand cela était possible.

La photo est un art et le tirage est primordial.

Nous avons eu pour l’exposition le prêt d’un tirage original de Peter Knapp par le musée Nicéphore Nièpce de Châlon sur Saône.

 

 

Il y a t’il une photo mythique de présentée dans l’exposition ?

  Oui, la fondation Pierre Bergé YSL nous a prêté la photo « Dovima et les éléphants » de Richard Avedon qui date de 1955. Christian Dior était encore vivant mais il est avéré que la robe de la photo « Soirée Paris » a été créée par Yves Saint-Laurent. Cette photo a été fprise pour le Harper’s Bazaar. Le tirage présenté a vraisemblablement été offert à Saint Laurent par Avedon lui même. C’est encore plus émouvant. Pour l’occasion nous avons rencontré Emilien Bouglione qui se souvient de la séance photo. Les éléphants étaient ceux du cirque Bouglione (Article à retrouver dans le catalogue de l’exposition)

Photo extraite du catalogue de l'exposition Dovima et les éléphants- Ricahrd Avedon (c)defilenarchive.com

Photo extraite du catalogue de l’exposition
Dovima et les éléphants- Richard Avedon ©defilenarchive.com

 

 

Comment s’est fait le choix des robes présentées au musée ?

  200 tirages photographiques sont présentés dans l’exposition et 60 robes issues de ces photos sont exposées ce qui est formidable.   L’exposition s’articule en plusieurs thèmes. Au rez-de-chaussée on retrouve les photos mythiques de la maison Dior avec entre autre la célèbre composition de Loomis Dean qui montre les mannequins sur un escabeau. La scénographie met les vêtements en résonance avec les tirages photos. Par exemple pour cette photo, les robes sont présentées dans la même position.

Il y a cette année un très gros travail de scénographie avec un nouveau partenaire, l’agence Alighieri. Beaucoup de nouveautés muséographiques avec des blocs vitrines remodelés qui incluent un vrai sol technique.

Toutes les parties de la maison ont été reprises, en particulier le bureau du père de Christian Dior.   Une salle tendue de toile de Jouy rappelle la boutique Colifichets de 1947, et montre des photos ayant trait au voyage.   Il y a aussi d’autres tableaux : De Paris à Versailles pour les thèmes en extérieurs ou encore le cycle d’une journée. Les vêtements répondent aux photos. La couleur est utilisée de manière monobloc.

Norman Parkinson, 1950. Robe Mozart, collection Haute Couture printemps-été 1950, ligne Verticale. © Copyright Norman Parkinson Ltd/Courtesy Norman Parkinson Archive

Norman Parkinson, 1950.
Robe Mozart, collection Haute Couture printemps-été 1950, ligne Verticale. © Copyright Norman Parkinson Ltd/Courtesy Norman Parkinson Archive

  Au dernier étage c’est le photographe photographié avec le mannequin Bettina portant la robe « Grand Mogol » sur la place de la Concorde.   La dernière pièce restitue le bureau d’une rédactrice en chef et montre à la fois le travail de stylisme avec les robes sur un portant et le travail de photographie qui est fait dans les magazines, en montrant comment l’image peut être modifiée, retravaillée. Cette pièce toute rose est très ludique. Elle présente aussi un all over de couverture de magazine de photos de Dior, comme un jeu dans l’exposition.   A noter le beau catalogue, véritable complément de l’exposition.

Henry Clarke, 1956. Chapeau du modèle Raout, collection Haute Couture printemps-été 1956, ligne Flèche. © Henry Clarke/Galliera/Roger-Viollet, © Henry Clarke, Musée Galliera/Adagp, Paris 2014.

Henry Clarke, 1956.
Chapeau du modèle Raout, collection Haute Couture printemps-été 1956, ligne Flèche. © Henry Clarke/Galliera/Roger-Viollet,
© Henry Clarke, Musée Galliera/Adagp, Paris 2014.

« Dior, images de légende »

http://www.musee-dior-granville.com/ jusqu’au 21 Septembre 2014

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Femmes berbères du Maroc, expo en immersion

Posté le 03 juin 2014 dans 03 juin 2014 dans Billets

Femmes berbères du Maroc, expo en immersion

Entrer dans cette fondation, pour cette exposition en particulier, c’est vivre un vrai dépaysement. On quitte l’avenue Marceau pour se retrouver propulsé directement au Maroc : les couleurs chaudes, la musique, et les photos en noir et blanc, de Jean Besancenot entre autres, projetées au mur, permettent de se plonger dans le sujet. Un préambule à l’exposition met en place le contexte. Il faut retenir que les Imazhigen ou Berbères résistent au brassage culturel et que les femmes sont garantes de la pérennité de la tradition et de la langue. Leur culture propre est reconnue au Maroc officiellement depuis 2011 seulement. Les cartes et les photos permettent d’appréhender un peu la géographie et les distinctions entre les différents costumes.

© Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / photo Luc Castel

© Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent / photo Luc Castel

        Les premières vitrines présentent de nombreux tapis, aux motifs géométriques, issus de tissage traditionnel ainsi que des récipients en terre cuite. Certaines pièces sont techniquement étonnantes comme la cape d’un enfant berger, tissée en une seule pièce, ou encore une couverture de selle qui reprend la forme de celle-ci.La scénographie de cette première salle est particulièrement traditionnelle, elle met en valeur le savoir-faire qui est très souvent l’apanage des femmes : tissage, vannerie, poterie. Les objets s’accumulent pour donner la mesure du répertoire graphique.

© Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / photo Luc Caste

© Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent / photo Luc Caste

       La seconde partie nous transporte au cœur d’un ciel étoilé, émaillé de vitrines et de miroirs et de triptyques vidéo. L’impression de perte de repères s’amplifie. Les installations multimédia sont très réussies et mettent en scène sur mannequins les lourdes parures présentées. L’argent, l’ambre, le verre, les coquillages et l’émail habillent les bustes parés et répondent aux capes de laine tissées, ceintures de coquillages et jambières et mitaines de laine.

Si le goût de l’apparat est bien visible, quelques trop rares explications permettent de comprendre que ces habits avaient des spécificités de lieux, de catégories propres à chaque groupe (comme on pouvait en avoir dans de nombreuses régions du monde).

© Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / photo Luc Castel

© Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent / photo Luc Castel

         Les parures, riches, lourdes et colorées, sont articulées en différentes pièces, dont les poétiques clés de voile, qui servent de contre poids pour les coiffures. Les pièces présentées forment un très bel aperçu de la culture berbère, l’exposition permet de s’immerger. Il n’en reste pas moins que la présentation parcellaire et un peu raide des cartels permet d’apprécier un ensemble mais pas une lecture détaillée ou didactique des pièces présentées.

Cette exposition est présentée à la fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et se fait en association avec le musée berbère du jardin Majorelle à Marrakech.

Collier de mariage ou de fête Ambre, corail, amazonite, coquillages, pièces de monnaie Région du Souss © Musée berbère / photo Nicolas Mathéus

Collier de mariage ou de fête
Ambre, corail, amazonite, coquillages, pièces de monnaie
Région du Souss
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus

Fondation PB-YSL

Paris, Jusqu’au 20 Juillet 2014

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Dries Van Noten, une lucarne dans la tête d’un créateur

Posté le 26 mars 2014 dans 26 mars 2014 dans Billets

Dries Van Noten, une lucarne dans la tête d’un créateur

 

       Au musée de la mode et du textile se tient une expo qui permet à tous de comprendre l’origine d’une collection de mode. Un tableau, une vidéo, un film, un papillon : les sources sont innombrables et dépendent de l’imaginaire de chacun. Dans le cas de Dries VAN NOTEN tout l’enjeu de la scénographie a été de nous immerger dans sa tête, comme si nous avions la possibilité pendant quelques heures de suivre les mécanismes de sa création.

       Chaque vitrine est conçue comme une petite cellule sur un rayonnage de la mémoire. La muséographie nous immerge dans des espaces clos et recouverts entièrement soit de mots et d’anciennes photos de presse (pour la partie contexte), soit de la magnifique œuvre commandée pour l’exposition  de l’artiste Azuma MAKOTO.  On a alors l’impression de se promener dans un jardin luxuriant. Ce thème revient souvent dans les références de Dries.  Du costume de lapin un peu fou de Cecil Beaton, aux broderies de Schiaparelli, en passant par le treillis militaire. 

Exposition Dries Van Noten, Inspirations (c) Les Arts Décoratifs, Paris.  Photo : Luc Boegly

Exposition Dries Van Noten, Inspirations (c) Les Arts Décoratifs, Paris.
Photo : Luc Boegly

    Le rez-de-chaussée est lui plongé dans le noir, permettant de se concentrer sur chaque installation. Les vidéos de défilés font partie prenante de l’exposition et sont projetées sur les vitrines. C’est le cas aussi pour le film la leçon de piano de Jane Campion ou la Vierge à l’enfant de Fouquet (conservée au musée royal d’Anvers, trop fragile pour être transportée ?). 

     Une autre idée judicieuse est de répéter les cartels de part et d’autre d’un thème. Les spectateurs ont ainsi le loisir de revenir sur un détail sans allers retours. Ne pas avoir de support écrit sous les mannequins est intéressant pour la perception des vêtements. Le spectateur n’est pas guidé, il doit réfléchir seul,  se laisser surprendre, s’appuyer sur sa propre perception.

    La grande originalité des Arts déco est de pouvoir rassembler dans un seul espace un portrait de  Bronzino, l’incroyable vidéo des trichoptères et leurs cocons d’or d’Hubert Duprat, le polo en faïence de Lacoste Héritage et Rapture de Damien Hirst. Le créateur a sûrement réalisé un rêve généralisé : changer son mur de cartes postales ou son Pinterest contre un vrai musée personnel.

Exposition Dries Van Noten, Inspirations (c) Les Arts Décoratifs, Paris.  Photo : Luc Boegly.

Exposition Dries Van Noten, Inspirations (c) Les Arts Décoratifs, Paris.
Photo : Luc Boegly.

     Dries Van Noten est un couturier très attaché aux arts appliqués, en particulier les broderies qu’il fait réaliser en Inde, mais aussi une multitude d’accessoires ornés comme les chaussures. Il crée pour la femme et l’homme pour lequel il apporte son savoir faire et une touche d’excentricité très aristocratique.

Exposition Dries Van Noten, Inspirations (c) Les Arts Décoratifs, Paris.  Photo : Luc Boegly.

Exposition Dries Van Noten, Inspirations (c) Les Arts Décoratifs, Paris.
Photo : Luc Boegly.

      Cette exposition m’apparaît d’une grande richesse émotionnelle, à l’image du créateur. Elle raconte admirablement la diversité d’un goût et les nombreuses sources qui lui permettent de se nourrir et d’évoluer. Dans son entretien avec Pamela Golbin, le créateur annonce clairement que cette exposition n’est en aucun cas une rétrospective. Je l’ai vraiment perçue ainsi. Même si on retrouve bien évidemment des caractéristiques de son style, on est surtout plongé dans l’intimité de Dries Van Noten.

A noter la dernière partie  de l’exposition qui présente la collection 2014 pour laquelle le créateur anversois a travaillé sur les réserves du musée de la mode et du textile : une manière de boucler l’inspiration…

Dries Van Noten, huile sur toile, 2009, Aurélie Galois

Dries Van Noten, huile sur toile, 2009, Aurélie Galois

Musée de la Mode et du Textile

Dries Van Noten Inspirations

Jusqu’au 31 Août 2014

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Mettre en lumière le patrimoine unique des marques de luxe : des trésors à redécouvrir