Posts Tagged "mode"

Des expo de mode pas parisiennes (partie 1) : Balenciaga magicien de la dentelle

Posté le 23 juin 2015 dans 23 juin 2015 dans Billets

Des expo de mode pas parisiennes (partie 1) : Balenciaga magicien de la dentelle

Pas de revue d’expo cette fois-ci, parce que je n’ai pas encore eu l’occasion de la voir. Cependant le sujet et le lieu sont attrayants. La cité de la dentelle à Calais est ouverte depuis 5 ans dans une ancienne usine et se fait force de présenter à la fois le savoir-faire intrinsèque de la région et les innovations actuelles. Loin d’être anecdotique ce thème transversal permet de comprendre que Balenciaga a utilisé cette technique sous toutes ses formes tout au long de ses années de création

Catherine Join-Diéterle, commissaire de l’exposition est intervenue lors d’une session du séminaire de l’histoire de la mode pour expliquer les dessous de l’exposition ainsi que ses choix thématiques et scénographiques. Elle a travaillé en collaboration avec Hubert de Givenchy pour la cohésion de l’ensemble. L’écouter est un pur régal, car loin de sacraliser le rôle du conservateur, elle permet de comprendre par quelles étapes, quelles interrogations elle est passée pour construire son propos. Trouver les bonnes pièces, croiser les prêteurs pour avoir un propos cohérent qui rende le vrai travail du couturier…

Faire aussi parfois avec ce qui existe encore ou ce qu’il faut recréer sans trahir l’esprit de la maison. L’équilibre est subtil, mais son enthousiasme est tel qu’il donne vraiment envie de se précipiter à Calais.

Catherine Join-Diéterle au séminaire de l’histoire de la mode  © De fil en archive

Catherine Join-Diéterle au séminaire de l’histoire de la mode © De fil en archive

Pour introduire le goût de Balenciaga pour la dentelle, les premières pièces proposées datent de sa période espagnole : robe en tulle avec un plissé en diagonales inversées par exemple. On retrouve à la fois l’influence de Jeanne Lanvin et de Madeleine Vionnet. Il assimile rapidement ce qui se fait à Paris.

Cristóbal Balenciaga, détail de robe du soir courte en taffetas et tulle, vers 1927 © Manuel Outumuro / Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

Cristóbal Balenciaga, détail de robe du soir courte en taffetas et tulle, vers 1927
© Manuel Outumuro / Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

Dans cette période précise, on retrouve bon nombre de détails liés à sa culture hispanique, une manche historicisante avec de petites pinces, une robe gitane griffée EISA (du nom de famille de sa mère).

Pour bien comprendre et faire comprendre le poids des conventions liées à l’habillement pour la femme de cette époque, l’exposition présente des exemples de tenues : tailleur, robe d’après-midi, robe de cocktail, robe du soir courte, robe du soir longue, robe de mariage… Toute la virtuosité du couturier consiste à bousculer les conventions en inventant des artifices pour les faire évoluer.

Cristóbal Balenciaga, robe de grand soir en dentelle de Dognin, 1951 Griffe BALENCIAGA (Paris) © Henry Clarke/Corbis

Cristóbal Balenciaga, robe de grand soir en dentelle de Dognin, 1951 Griffe BALENCIAGA (Paris) © Henry Clarke/Corbis

 

La dentelle

Si la dentelle est présente aujourd’hui à toute heure du jour, il n’en va pas de même dans les années 50. Balenciaga aime véritablement innover et jouer avec la matière. La guipure (dentelle dont on a enlevé le fond) fait un compromis pour égayer une robe d’après-midi. En s’inspirant de la technique utilisée sur un bavoir (et conservé aux archives Balenciaga) il utilise la technique du créponné, à partir de l’entre-deux de Valenciennes. Il le reprend périodiquement. Le rendu est assez lourd, un peu comme des chenilles.

La technique l’amuse et certaines robes s’ornent d’énormes motifs de passementerie qui ressemblent au style de dentelles qu’il voyait dans son enfance, assez baroques et inspirée de l’architecture palatiale. Cette inspiration espagnole est récurrente, il aime orner ses modèles de mantilles de dentelle. L’influence du peintre Goya n’est jamais très loin. C’est le cas par exemple avec une robe à taille basculée avec son étole cousue.

Cocktail ? vite une robe !

Une section entière de l’exposition est consacrée aux robes de cocktail. Le principe est une robe avec un manteau que l’on ouvrait mais que l’on ne quittait pas. L’idée était de transformer une tenue en deux. Par exemple une robe de satin blanc était portée avec un manteau en dentelle fermé par de petits rubans. Certaines tenues sont plus inhabituelles aujourd’hui comme une tunique qui pouvait se porter avec une jupe ou droite ou un panty.

Cristóbal-Balenciaga-manteau-et-robe-de-cocktail-en-dentelle-Chantilly-1953_Photo-de-dépôt-de-modèle-©-Photo-et-modèle-conservés-dans-les-Archives-Balenciaga-Paris

Cristóbal Balenciaga, manteau et robe de cocktail en dentelle de Marescot, mannequin Tania, 1963 Photo de dépôt de modèle avec échantillon © Photo et modèle conservés dans les Archives Balenciaga, Paris

La couleur n’était pas en reste car le couturier aime la couleur. Vert olive mais aussi or et chocolat ou violet. Une autre particularité est la dentelle peinte. C’est le cas sur la spectaculaire robe de 1953 brodée par Lesage. Le fond est peint à la main et brodé de petits rubans. Le raffinement de la robe est aussi dans les détails de coupe : décolleté en cœur et dos en pointe.

Cristóbal Balenciaga, robe de cocktail en dentelle peinte et brodée, 1953 © Henry Clarke/Corbis Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais Collection Cité de la dentelle et de la mode, Calais

Cristóbal Balenciaga, robe de cocktail en dentelle peinte et brodée, 1953 © Henry Clarke/Corbis
Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais Collection Cité de la dentelle et de la mode, Calais

Cette section présente aussi des formes chères au créateur : forme droite, très caractéristique de son style, forme babydoll, au style très féminin ou encore robes bustiers.

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

Les robes noires font l’objet d’un thème particulier. Pour les mettre en valeur, Catherine Join-Diéterle a paré les mannequins de gants, bouts de pieds et coiffures.

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

Cristóbal Balenciaga, robe et manteau de cocktail en dentelle noire, ceinture corselet rose, 1951 © Henry Clarke/Corbis 10 Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais

Cristóbal Balenciaga, robe et manteau de cocktail en dentelle noire,
ceinture corselet rose, 1951 © Henry Clarke/Corbis
10 Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais

 

Connaissez-vous l’ancêtre du snood (mais si vous le connaissez, c’est le chouchou de l’hiver) ? C’est le tube ! Pour délivrer les femmes des contraintes de l’étole à tenir en plus de leur sac, Balenciaga la coud. Ce détail est à la fois très élégant et permet de dissimuler gracieusement les zones de peau qui vieillissent mal (cou et bras).

Certains accessoires complètent la tenue, comme des manches amovibles transparentes. Elles permettent de varier les effets. Pour mettre en valeur la beauté des détails, l’éclairage choisi illumine le dessous des robes.

Une dernière section est consacrée à des pièces exceptionnelles, souvent rebrodées. Le ruban de crin, permet d’obtenir du volume, certains modèles sont entièrement brodés de paille ou de jais synthétique moins fragile que l’original.

L’incroyable boléro de 1962, rebrodé par Lesage appartenait à la comtesse von Bismarck. Les broderies représentent des raisins et des feuilles de vigne, des grappes de raisin en fils de soie, chenille, strass, canetille, laminettes, tubes, fils d’or, paillettes et pierreries.

Cristóbal Balenciaga, boléro du soir brodé par Lesage, 1959 © Manuel Outumuro Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

Cristóbal Balenciaga, boléro du soir brodé par Lesage, 1959 © Manuel Outumuro
Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

La broderie aussi raffinée que délicate fait de cet ensemble une sorte de vêtement-bijou, de coupe très sobre : il est sans col, fermé bord à bord et à manches longues. La princesse Grace de Monaco possédait un boléro équivalent.

Plus de 70 pièces sont à découvrir à Calais pour comprendre l’interaction du couturier avec cette technique. Pour faciliter la compréhension des modèles, sont présentées tout au long de l’exposition à côté des cartels quelques photographies de dépôts de modèle parfois avec leurs échantillons de tissu ou de broderies. Avec soixante- quinze tenues, complétées d’accessoires, d’échantillons, de photographies, de dessins originaux, cette exposition offre un panorama de la création du couturier espagnol et permet aux visiteurs de retrouver l’élégance des deux décennies postérieures à la Seconde Guerre mondiale.

Balenciaga, magicien de la dentelle

Cité de la dentelle de Calais, jusqu’au 31 Août 2015

Read More

[Livre] L’histoire de la haute couture

Posté le 02 juin 2015 dans 02 juin 2015 dans Billets

[Livre] L’histoire de la haute couture

Lors d’une séance du Séminaire de l’histoire de la mode, j’ai eu la possibilité d’écouter Guénolée Milleret. Elle a travaillé comme archiviste chez Yves Saint Laurent et se consacre maintenant à la transmission, en donnant des cours, et à la recherche, en écrivant des livres. Elle est aussi une collectionneuse passionnée de mode.

Son dernier opus vient d’être publié. Il a pour thème la haute couture. Encore un livre sur la couture ? Pourriez-vous me rétorquer. Oui, mais pas uniquement. Dans son ouvrage, on trouve vraiment des informations et pas seulement des jolies photos. Divisé en grandes périodes, jusqu’en 2015, ce livre retrace la naissance de la couture qui s’appuie sur le savoir-faire qui l’a précédée. On découvre que  les ouvrières luttent dès 1675 pour se faire reconnaître comme corporation indépendamment des tailleurs. On apprend de nouvelles expressions comme les « lapins de couloir », le rôle des merciers du Palais Royal, ou la personnalité de la fameuse Rose Bertin qui devient marchande de mode à la fin du 18e siècle.

Si Worth est bien connu pour son rôle dans l’élaboration même de la couture, l’auteur raconte la manière dont il a remis à la mode les motifs un peu oubliés des soyeux lyonnais, réveillant ainsi les industries textiles. Etre mannequin était alors un métier assez ingrat, loin de l’image glamour des années 90.

L’arrivée des femmes

L’auteur propose un portrait croisé de Jeanne Lanvin et de Gabrielle Chanel, deux femmes avec deux manières différentes de faire grandir leur maison de couture. La chambre syndicale, l’avènement des défilés dont le nombre de modèles est très encadré, le rôle de Lucien Lelong, les règles régissant ce métier, tout est passant en revue. Même le comportement des petites mains quand elles partent en vacances organisées par Mademoiselle Chanel.

 ©Patrimoine Lanvin

©Patrimoine Lanvin

Lors de ces recherches, Guénolée Milleret a fait une jolie découverte en retrouvant des négatifs non développés dans un fond photographique (Eugène Kammerman). Ces  photographies inédites donnent une autre vision, du premier défilé de Christian Dior en 1947 : une ambiance très calme, ainsi que des photos du backstage et des petites mains.

Le fléau de la contrefaçon est abordé et se pose déjà, bien avant la mondialisation.

Premier défilé Dior 1947 ©Eugène Kammerman/Rapho

Premier défilé Dior 1947 ©Eugène Kammerman/Rapho

 

De 1960 à 2015, la haute couture en question

 

La disparition progressive des maisons de couture, et l’avènement du prêt à porter pose régulièrement le problème de la persistance de cette industrie. Le livre fait le point sur les licences, les parfums, mais aussi le renouveau (encore) des métiers d’art et l’apparition de nouveaux talents comme Christian Lacroix. C’est aussi comprendre que  l’image de marque s’est quelquefois perdue dans les nombreuses licences (Cardin) et enfin la prise de conscience des maisons à changer de modèle et à se fédérer pour être plus solides.

 

Une dernière partie est consacrée au 21e siècle, aux rôles des grands groupes financiers et aux innovations. Chanel a par exemple racheté des entreprises de métiers d’art qui auraient disparu faute d’argent. Un défilé leur est dédié chaque année par la maison de couture, avec une inspiration fondée sur un pays et un lieu nouveau à chaque fois (par exemple l’Autriche en 2014). Les règles de la chambre syndicale ont évolué pour admettre une catégorie d’invités parmi les jeunes maisons. Aujourd’hui les maisons de mode sont obligées de prendre en compte l’aspect entrepreneurial de l’activité. Alexis Mabille ou Iris Van Herpen sont des exemples de réussites contemporaines.

©Pierro Biason -Alexis Mabille

©Pierro Biason -Alexis Mabille

« La haute couture ne s’enferme dans aucun postulat. Tradition et innovation reste les deux mots de la haute couture » G. Milleret

Le label haute couture reste synonyme d’excellence et la liberté de style est fondamentale.

Ce livre est riche et permet aux novices comme aux plus experts de mieux comprendre ce secteur adoré et décrié (et ça n’est pas spécifique à notre époque).

Haute couture de Guénolée Milleret, éditions Eyrolles

Photo à la une : Fourreau du soir en crêpe romain plissé, Grès, vers 1979. ©Photo Marc Tomasi pour l’étude Thierry de Maigret, Paris

Read More

Déboutonner la mode : plongez dans une boite à boutons !

Posté le 23 févr. 2015 dans 23 févr. 2015 dans Billets

Déboutonner la mode : plongez dans une boite à boutons !

Déboutonner la mode est la nouvelle grande exposition du musée de la mode et du textile. Enfant je pouvais passer des heures à jouer avec la boîte à boutons de ma maman. Tout retourner, les trier, par couleurs, formes, motifs, c’était un vrai trésor ! Entrer dans cette exposition c’est un peu retrouver ce plaisir, les explications en plus.

En 2012, le collectionneur Loïc Allio fait don de sa collection de boutons au musée. Véronique Belloir, commissaire de l’exposition et chargée des collections au musée Galliera raconte le travail minutieux qu’elle a réalisé avec son équipe et le photographe Patrick Gries pour organiser, classifier, répertorier.

« C’était un travail colossal » Véronique Belliard

La thématique

Pour comprendre le bouton, l’exposition commence par une vitrine sur les matériaux utilisés. Si la nacre ou le bois sont connus de tous, le champ des possibles est immense, métal, papier, passementerie de soie mais aussi par exemple peau d’éléphant ou pain… Ces grandes boîtes qui font correspondre objets et boutons sont très esthétiques et didactiques.

Matières ©De fil en archive

Matières ©De fil en archive

Le costume masculin

Si la fonction du bouton est évidente, on apprend que son usage commence vraiment au XIIIe siècle. Le plus ancien spécimen de cette collection remonte au Ve siècle avant J-C et provient de la région de l’Ordos en Chine. Ici on comprend que le bouton au XVIIIe siècle et d’abord une histoire d’homme. Il orne le costume masculin et peut être la déclinaison du motif principal du tissu. Ame d’os, ou de bois il est recouvert de métal lamé et de passementerie.

Il devient aussi une manière d’afficher des penchants et des opinions avec des scènes miniatures. Le vêtement masculin est très codifié et à la fin du siècle, un habit comporte 18 boutons et seuls 2 ou 3 sont fonctionnels. Le bouton devient alors un objet de luxe d’orfèvrerie qui perd sa fonction première.

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

La mode à la hussarde

En 1808 les vêtements adoptent des proportions « à l’antique » et la passementerie en tresses et triple rang de boutons du Dolman (veste du folklore hongrois).

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

L’anglomanie

C’est avec cette mode que le bouton devient aussi un élément du vestiaire féminin. La robe dite redingote se porte avec un gros jupon de linon blanc. Les coupes et les tissus sont sobres. C’est un grand succès de la fin du XVIIIe siècle.

©De fil en archive

©De fil en archive

Le second empire

Pour la femme, d’ornement le bouton reprend une place fonctionnelle. Séparant sagement le vêtement symétriquement, il enferme chastement le corps, pour laisser la place à l’esprit, à la pensée selon les idées en vogue. De même pour l’homme le boutonnage prend le pas sur le bouton (différence subtile). Il continue néanmoins par sa position sur les gilets à dicter les codes de l’élégance. Brumell inspire ces nouveaux usages.

Le japonisme

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, ce courant touche tous les domaines : mobilier, bijoux, vêtements et… boutons. Les lignes deviennent sinueuses et les motifs sont stylisés. Le bouton devient tellement précieux qu’il devient alors un cadeaux à part entière, présenté par série dans des écrins comme pour un bijou.

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

©De fil en archive

©De fil en archive

Fermer et orner

1880, le corset est bien fermé. Les boutons prennent une autre dimension sociale, car ils sont boutonnés dans le dos. Difficile alors de s‘habiller seule… Le devant de l’habit reste sage. On trouve néanmoins quelques boutons dissimulés au niveau du col qui cache parfois des scènes érotiques.

Peu à peu, le bouton prend son envol. Trente mille personnes travaillent pour cette industrie. De véritables capitales industrielles se créent. Méru dans l’Oise travaille la nacre, Briare la céramique émaillée avec un procédé industriel innovant. Les vitrines présentent nombres de planches de boutons, un « tire bouton » utilisé pour les minuscules boutons de bottines, ainsi que de nombreux exemples de sous-vêtements.

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

Le point d’équilibre

La silhouette féminine évolue et l’ornement aussi. C’est l’apparition de minuscules boutons « en soutane ». Paul Poiret les place au cœur de ses créations. Pour illustrer cette période la scénographie utilise des tirages grandeur nature de photos en fond de vitrine qui se juxtaposent aux mannequins portant les vêtements, donnant une impression vivante sans artifice numérique.

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

La dernière salle du rez-de-chaussée est consacrée à Henri Hamm (1871-1961). Neuf cents pièces issues de son atelier sont présentées, se démultipliant dans les miroirs. Peints ou teints, sa production est variée et présente un goût marqué pour la couleur. Ces inspirations sont issues de la faune et de la flore. Cette multitude n’est en rien monotone grâce à des regroupements par couleurs, matières, formes…

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

Hamm ©Luc Boeglj

Hamm ©Luc Boeglj

Le second étage de l’exposition consacre la création du XXe siècle. Deux matières apparaissent : la Galalithe et le celluloïd, permettant d’obtenir de la brillance et une infinité de formes.

Les années 30 et 40 marque l’émergence des paruriers. Ces artisans se spécialisent : Rousselet travaille la perle, Lemarchand, le cuir et Scemama le bouton fantaisie. C’est aussi la période où la géométrie, la coupe et l’abstraction sont à l’honneur. Le bouton répond au tissu. Chez Vionnet on trouve de gros boutons boules et plats. C’est l’apogée de la simplicité des formes.

Ce qui est intéressant avec les boutons, c’est leur adaptation à la situation. Par exemple en 1925, les robes raccourcissent et la mode est aux bas de soie couleur chair. Les jarretelles sont amovibles et les petits boutons de nacre fantaisies se placent à cet endroit caché. L’exposition présente de ravissants exemples de visages peints sur de la soie.

©Patrick Gries

©Patrick Gries

En 1940, le bouton devient patriotique, il égaye les habits de l’occupation en étant parfois la seule touche de couleur. A la libération il devient un moyen d’exprimer ses convictions.

François Hugo

Ce célèbre parurier, descendant de Victor Hugo, est au cœur même de l’avant garde artistique et de la haute-couture. Il travaille avec Picasso, côtoie Arp, Matta, Ernst, Derain et Cocteau… De 1939 à 1955, il fabrique des boutons pour la haute-couture. Ses matériaux ne sont pas conventionnels. Il peut partir de fils électriques tordus, plissés, tressés, aplatis, mais aussi de cailloux sertis d’or.

©Patrick Gries

©Patrick Gries

Les grands couturiers lui font confiance, comme Christian Dior, Jacques Fath ou Gabrielle Chanel. Il développe une grande complicité avec Schiaparelli pour laquelle il utilisera des refusés de Chanel. Sa production est très variée et créative.

Les couturiers des années 50 et les paruriers

La dernière partie de l’exposition s’intéresse aux couturiers célèbres et à leur usage du bouton. C’est en effet pendant cette période que les paruriers font du bouton un pendant du vêtement, véritable bijou fantaisie unique.

Elsa Schiparelli puise son inspiration dans le surréalisme. Elle propose des défilés à thèmes comme l’astrologie, le cirque, les papillons. Elle envisage les boutons comme des détails précieux, surdimensionnés et décoratifs. Les boutons deviennent papillons, cigales mordorées ou coléoptères. Pour ce travail incroyable, c’est Jean Schlumberger qui réalise les idées d’Elsa. Il invente dans son atelier de joallerie boutons, broches, peignes. Il emploie de l’émail du métal, des perles de verre comme sur ce couple d’autruches à pendeloques.

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

Jean Clément travaille lui aussi pour Schiaparelli avec de la résine et de l’émail, produisant entre autre des formes d’objets ou d’instruments de musique.   Christian Dior renouvelle ses formes de boutons à chaque nouvelle collection. Il travaille avec Roger Jean-Pierre et Francis Winter. La maison Gripoix produit les boutons de Chanel qui leur donnent une allure quasiment militaire. Pour Balenciaga, le boutonnage rythme le vêtement et les boutons sont ouvragés et plats.

©De fil en archive

©De fil en archive

Yves Saint Laurent leur accorde tellement de place qu’ils sont préfigurés sur les toiles des vêtements. La scénographie reproduit les plateaux de boutons qui étaient toujours disponible dans son studio de création.

©De fil en archive

©De fil en archive

Courrège avec ses silhouettes simples et graphiques choisit de simples pastilles de plastique.

@Musée de la mode et du textile

@Musée de la mode et du textile

Une dernière salle accentue cette proximité entre artiste et bouton d’art en présentant les travaux de nombreux artistes comme Sonia Delaunay ou Line Vautrin.

L’article est long mais l’exposition est fleuve. La scénographie donne une proximité plaisante avec les œuvres car les mannequins sont proches des vitrines, sans piedestal. Pas de lassitude car chaque section se renouvelle, alternant des séries de photos, des boutons bien sûr, mais aussi des univers propres aux paruriers ou aux créateurs. A noter un effort important sur la taille des cartels et les numéros auxquels ils se réfèrent. L’obscurité est de mise et rend l’ensemble solennel.

Deboutonner la mode

Musée de la mode et du textile

jusqu’au 19 juillet 2015

 

Read More

Sonia Delaunay : explosion de couleur et de joie

Posté le 09 févr. 2015 dans 09 févr. 2015 dans Billets

Sonia Delaunay : explosion de couleur et de joie

Au musée d’art moderne de Paris se tient une exposition immanquable sur l’œuvre de Sonia Delaunay. Plus de 400 œuvres qui illustrent sa carrière entière. L’exposition met en place un parcours chronologique qui permet de s’immerger dans son œuvre.

Sonia Delaunay est russe et cette dimension fait partie intégrante de son art.

Influences

L’importance des fauves et de Gauguin dans certains tableaux est très forte avec déjà des aplats de couleurs. On admire aussi de très beaux portraits dont les seuls rehauts sont donnés par du blanc en petit touche, non sans rappeler des influences très classiques de Dürer.

Sonia Delaunay Nu Jaune, 1908 Musée des Beaux-arts de Nantes © Pracusa 2013057

Sonia Delaunay
Nu Jaune, 1908 Musée des Beaux-arts de Nantes
© Pracusa 2013057

Simultanisme et abstraction

A partir de 1912, c’est le début de l’abstraction et l’œuvre de Sonia Delaunay se décline alors sur une multitude de supports. Elle expérimente librement le tissu, inclue la poésie dans ses toiles ou travail pour la publicité. Un très bel exemple de cette recherche est la couverture de berceau de son fils Charles, patchwork de tissus satinés dans lequel on peut imaginer une tour Eiffel. Le coffre à jouet reprend aussi cette abstraction colorée. Cette diversité correspond à l’envie de coller avec l’esprit du temps.

Sonia Delaunay 1911, MNAM © Pracusa

Sonia Delaunay
1911, MNAM © Pracusa

La danse

Le couple aime la danse, et s’intéresse aux nouveautés latines, comme le tango. Il faut regarder le bal Bullier de près puis de loin pour voir apparaître les couples enlacés, les globes électriques irradiants la lumière. C’est aussi le moment ou Sonia crée des vêtements simultanés, gilet pour Robert Delaunay et robe pour elle, une manière de promouvoir leur art directement vers les autres lors de leurs sorties. En 1918, le couple crée pour Diaghilev et les ballets russes les costumes et décors de Cléopâtre. C’est un succès. Le vêtement et le costume font partis intégralement de l’œuvre de Sonia Delaunay.

(Malheureusement pas de reproductions autorisées, il faudra se rendre sur place)

L’atelier du 19 boulevard Malesherbes

1921 marque le retour définitif des Delaunay à Paris. C’est aussi le début de la maison de couture. Dans son appartement atelier, l’artiste crée des vêtements, des motifs de tissus, fait broder et tricoter des pièces par des ouvrières russes.

Studio REP, 1925 © Pracusa 2013057 © BNF Robert mallet-Stevens © Adagp, Paris 2014 Jacques Heim © DR

Studio REP, 1925
© Pracusa 2013057
© BNF
Robert mallet-Stevens © Adagp, Paris 2014 Jacques Heim © DR

Les codes graphiques des arts décoratifs explosent : chevrons, escaliers, lignes brisées. Comme à son habitude la créatrice expérimente les matériaux et les techniques : tenues de plages, manteaux en laine aux teintes dégradées, ravissantes chaussures au point hongrois… La salle des tissus est impressionnante de diversité, de couleurs bien sûr et de modernité. Sonia Delaunay avait fait un don conséquent en 1977 de ses échantillons de tissus et archives photographiques à la Bibliothèque national de France, ainsi qu’au musée de l’impression sur étoffe de Mulhouse.

Sonia Delaunay Broderie de laine Collection particulière © Pracusa

Sonia Delaunay
Broderie de laine
Collection particulière
© Pracusa

Monumental

Les œuvres présentées au musée d’art moderne sont représentatives de la diversité des expériences de l’artiste. C’est l’occasion de voir aussi les trois grands décors muraux du Palais de l’Air de l’exposition internationale des arts et techniques, présentés pour la première fois à Paris depuis 1937. Ces très grands panneaux nous immergent dans une sensation jubilatoire de démesure et de vitesse. Conçue sur les plans de Félix Aublet, la coupole du Palais de l’Air, entièrement transparente, permet au visiteur d’apercevoir de l’extérieur, de jour comme de nuit, les orbes en Rhodoïd colorés et la spirale de la passerelle intérieure entourant un avion en suspension.

7Sonia Delaunay, Exposition Internationale des Arts et Techniques, Paris 1937 © Pracusa 2013057 © Skissernas Museum, Lund, Sweden/Emma Krantz

7Sonia Delaunay, Exposition Internationale des Arts et Techniques, Paris 1937
© Pracusa 2013057
© Skissernas Museum, Lund, Sweden/Emma Krantz

 

Salles grises ou blanches, malgré l’importance des visiteurs le parcours est assez fluide. Certaines vitrines basses font offices de séparation d’une pièce à l’autre, permettant de revenir sur certains sujets.

Après la mort de Robert Delaunay en 1941, son épouse réinvente encore un langage, une autre abstraction et pousse ces expériences de couleurs en changeant d’effets. L’utilisation de la gouache donne un aspect brut à ses compositions.

9Sonia Delaunay Rythme Couleur, 1964, © Pracusa 2013057 © Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris / Roger-Viollet

9Sonia Delaunay
Rythme Couleur, 1964,
© Pracusa 2013057
© Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris / Roger-Viollet

Cette exposition retrace magnifiquement le caractère ouvert et polymorphe de cette artiste, fascinée par la couleur et qui en véritable touche à tout, sait se renouveler tout au long de sa vie.

8Sonia Delaunay Composition pour jazz, 2e série, No F 344

Sonia Delaunay
Composition pour jazz, 2e série, No F 344″,Paris 1952
© Pracusa 2013057
© Courtesy Natalie Seroussi et Galerie Zlotowski, Paris

Musée d’art moderne de la ville de Paris Jusqu’au 22 Février Présentée à la Tate Modern de Londres du 15 avril au 9 août 2015. A noter le flipbook pour voir les oeuvres de chez soi ainsi que la reconstitution du Palais de l’air :

Read More

Fashion Mix = le bon mix !

Posté le 18 déc. 2014 dans 18 déc. 2014 dans Billets

Fashion Mix = le bon mix !

Dans le cadre de sa programmation [hors les murs], le Palais Galliera, en partenariat avec le Musée de l’histoire de l’Immigration, propose une réflexion thématique sur la place des cultures étrangères dans l’histoire de la création en France. Quand on pense créateurs étrangers en France, on visualise rapidement John Galliano ou Alexander Mac Queen à la fin des années 90. Cependant l’exposition permet de pointer l’étendue de ces créateurs venus travailler en France, et pas uniquement à la fin du XXe siècle.

Le lieu

Je n’étais pas retournée au Palais de la Porte Dorée depuis son changement d’affectation (ancien musée des arts d’Afrique et d’Océanie, non je ne suis pas un dinosaure…). Il reste impressionnant par ses proportions de temple art déco et sa nouvelle mise en valeur plus majestueuse que dans mon souvenir. En ce premier jour d’exposition, la visite se déroule dans des conditions optimales de tranquillité.

Palais de la porte dorée, colonnade. (c) De fil en archive

Palais de la porte dorée, colonnade. (c) De fil en archive

 

La scénographie

Nichée à l’intérieur de l’espace de l’exposition permanente, l’exposition temporaire prend place dans une immense salle verticale totalement blanche au parquet clair à chevrons. La scénographie se déploie comme un grand fil conducteur par thèmes qui s’imbriquent. Ce qui frappe d’emblée c’est l’absence de monotonie. En effet vitrines, robes mannequinées, dessins, croquis, documents officiels et personnels liés à l’immigration des créateurs se succèdent et captent l’attention. Les stockmans ne sont pas au sol mais en légère surélévation. Les œuvres sont hors de portée de main des visiteurs, même si elles ne sont pas sous vitrines.

Scénographie

Scénographie

Thématique

L’intelligence de l’exposition est de proposer plusieurs points de vue. D’abord les grandes familles géographiques avec une chronologie des créateurs venus tenter leur chance à Paris. Puis le foisonnement des créateurs à partir des années 50 jusqu’à 2014.

Worth ouvre le bal des créateurs étrangers en France, dessinant les contours d’une collaboration étroite avec le Royaune-Uni. Avec lui c’est l’invention de la haute-couture, le début des saisons, de la griffe et la possibilité pour des maisons britanniques de s’implanter en France : Redfern, Creed, Lucile. Son excentricité se retrouve avec ces successeurs. La flamboyante robe Victoire de Christian Dior par John Galliano en 2005 en donne une belle illustration. Les cartels sont très riches et donnent de précieuses informations. On y apprend par exemple les origines de la maison Chloé et sa constance à distiller un style féminin, fluide et léger.

Robe Victoire, Christian Dior par John Galliano

Robe Victoire, Christian Dior par John Galliano

Le thème des innovations textiles permet de présenter le travail de Fortuny, si célèbre pour ses plissés et ses velours encore tellement contemporains. Les correspondances sont mises en valeurs en présentant par exemple un ensemble d’Issé Miyaké à côté de la robe Delphos de Fortuny. La grande modernité de cette dernière pièce saute d’ailleurs au visage. Comme souvent maintenant, les documents relatifs aux brevets et dépôts de modèles prennent une place intégrante dans les vitrines.

Mariano Fortuny, tea-gown, vers 1912 Velours de soie rouge imprimé or, perles de verre rouges Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © R. Briant et L. Degrâces / Galliera / Roger-Viollet

Mariano Fortuny, tea-gown, vers 1912 Velours de soie rouge imprimé or, perles de verre rouges Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © R. Briant et L. Degrâces / Galliera / Roger-Viollet

Brevet déposé par Mariano Fortuny y Madrazo (1871-1949 ) pour un genre d'étoffe plissée ondulée. Source  Archives INPI

Brevet déposé par Mariano Fortuny y Madrazo (1871-1949 ) pour un genre d’étoffe plissée ondulée. Source Archives INPI

Une grande révélation pour moi est la place des maisons de broderies créées par l’aristocratie russe fuyant leur pays en 1917. La maison KITMIR (créée par Marie de Russie en 1922) réalise pendant six ans des broderies magnifiques pour Chanel. De même Irfé (contraction d’Irène et Félix Youssoupoff) installe en 1919 une école d’arts appliqués de broderie et de tissage en France. Lola Prusac originaire de Pologne travaillera pour Hermès et utilisera les motifs traditionnels de son pays dans ses créations.

Irène Youssopof

Duplicata du certificat de réfugié de Félix Youssoupoff émis le 9 mars 1955. © Archives Ofpra

Là encore cette filiation trouve son héritier avec Dries Van Noten et son goût pour les couleurs et les motifs décoratifs. Karl Lagerfeld et Sonia Delaunay sont aussi représentés.

 

Schiaparelli et les italiens.

Figure de proue du surréalisme « Schiap » chahute la mode. Ces modèles deviennent de vraies œuvres d’art. On a tous en tête le chapeau chaussure de Gala réalisé avec Dali. On connaît moins ces petits sweaters à effet de trompe-l’œil extrêmement contemporains réalisés avec l’Arménienne Aroosiag Mikaelian, qui travaillait avec elle. Là encore la filiation stylistique est mise en évidence avec Popy Moreni mais aussi Ricardo Tisci et Chiuri et Pierpaolo chez Valentino. La mode italienne reste démonstrative et baroque.

Elsa Schiaparelli, manteau du soir ayant appartenu à Elsa Schiaparelli, haute couture A/H 1949 Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Spassky Fischer

Elsa Schiaparelli, manteau du soir ayant appartenu à Elsa Schiaparelli, haute couture A/H 1949 Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Spassky Fischer

Elsa Schiaparelli, chapeau-chaussure, hiver 1937-1938 Feutre noir Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

Elsa Schiaparelli, chapeau-chaussure, hiver 1937-1938 Feutre noir Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

L’Espagne

La figure tutélaire de Balenciaga flotte sur les créateurs hispaniques. Ayant fui l’Espagne pour des raisons politiques, il marquera la mode française par ses volumes et la construction de ses pièces. Del Castillo a assuré pendant 13 ans la création des collections Lanvin.

Cristóbal Balenciaga, ensemble robe et cape, haute couture P/E 1962. Faille de soie imprimée Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Spassky Fischer

Cristóbal Balenciaga, ensemble robe et cape, haute couture P/E 1962. Faille de soie imprimée Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Spassky Fischer

Paco Rabanne est arrivé enfant dans le Finistère, après la mort de son père (fusillé). Ce couturier si innovant dans les matériaux qu’il a utilisé, a étudié aux beaux-arts de Rennes.

« Je suis breton » déclare-t-il faisant abstraction de sa culture espagnole.  il invente une mode innovante et décomplexée.

 

Le monde est un terrain de jeux

La seconde partie de l’exposition met en avant l’émergence de destins différents qui forment un tout dans l’histoire de la mode française. Les années 50 marque le début d’une aventure cosmopolite avec les couturiers Piguet, d’origine suisse, Dessès qui se singularise par ses plissés.

D’autres stylistes ou artisans sont mis en lumière dans cette exposition. C’est le cas de Sarkis Der Balian, bottier arménien qui fut meilleur ouvrier de France ou encore Catherine de Karolyi qui travailla chez Piguet et Hermès et qui est à l’origine de la fameuse boucle H de ce dernier.

Titre d’identité et de voyage délivré par l’administration française à Catherine Karolyi, le 18 août 1953. © Archives familiales

Titre d’identité et de voyage délivré par l’administration française à Catherine Karolyi, le 18 août 1953.
© Archives familiales

 

S’ajoute encore à ce très complet panorama le bouleversement de l’arrivée des créateurs japonais, Kenzo d’abord puis, Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto et Issey Miyaké. Leur travail est caractérisé par le déstructuré, le non-fini, l’asymétrique, Le noir et le blanc sont leurs couleurs.

Issey Miyake, combinaison réalisée à partir des tenues du créateur enflammées par l’artiste Cai Guo Qiang le 5 octobre 1998, dans le cadre de la performance « Dragon Explosion » à la Fondation Cartier, Paris, 1998 © Spassky Fischer

Issey Miyake, combinaison réalisée à partir des tenues du créateur enflammées par l’artiste Cai Guo Qiang le 5 octobre 1998, dans le cadre de la performance « Dragon Explosion » à la Fondation Cartier, Paris, 1998 © Spassky Fischer

Les chaussures de Tokio Kumaga à partir de 1981 sont des trésors de raffinement avec des thèmes très variés comme les animaux. En regardant certaines balerines, on aimerait voir celles de Marc Jacobs en résonnance.

 

L’école belge, un laboratoire d’apprentissage

 

Si les « six d’Anvers » ont d’abord préféré Londres à Paris, il n’en reste pas moins vrai que la capitale les a accueillis avec beaucoup d’enthousiasme. Martin Margiela a même décidé d’y créer sa maison, dans un quartier très loin de l’avenue Montaigne. Plus de griffe mais une étiquette blanche, pas de mise en avant mais un travail d’équipe revendiqué. Ce fut une vraie révolution !

Martin Margiela, ensemble body troué et jupe rideau, A/H 1990. Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Spassky Fischer

Martin Margiela, ensemble body troué et jupe rideau, A/H 1990. Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Spassky Fischer

 

Depuis 1990, il y a une accélération culturelle. Sur 164 défilés présentés à paris, 50 sont réalisés par des créateurs étrangers. Installation de leur maison ou juste défilés, sages ou excentriques, il n’y a plus de règles. Tout s’accélère et foisonne. La jeune génération dont font partie Haider Ackermann, Gareth Pugh, Thom Browne ou Iris Van Herpen proposent des expériences poétiques et expérimentales.

 

Au final Fashion Mix, par sa double dimension mode et immigration, donne une vision concrète de la richesse de la mode française dont chaque créateur est une facette vivante et intégrante. Prenez le temps d’y aller.

Un seul regret, le catalogue qui m’a laissé sur ma faim. Avec un tel manifeste je m’attendais à un objet plus attirant.

 

Fashion Mix

Palais de la porte dorée

Jusqu’au 31 mai 2015

 

 

 

 

 

 

 

Read More

Mettre en lumière le patrimoine unique des marques de luxe : des trésors à redécouvrir