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L’institut Giacometti s’installe à Paris

Posté le 25 juin 2018 dans 25 juin 2018 dans Billets

L’institut Giacometti s’installe à Paris

Le 5 rue Victor Schoelcher se réinvente grâce à la fondation Giacometti. Cet hôtel particulier de style Art Déco, ayant appartenu à Paul Follot, accueille désormais une reconstitution de l’atelier d’Alberto Giacometti et un espace d’expositions temporaires. 

 

L’architecture 

L’hôtel particulier, construit entre 1912 et 1914 est symptomatique de la transition entre l’Art Nouveau et l’Art Déco. Tout l’enjeu de l’architecte Pascal Grasso a été de respecter ce monument historique fermé depuis 60 ans tout en y intégrant Giacometti et en en faisant un lieu contemporain. Le résultat est magnifique : vitraux de branches de gui, motifs abstraits, décors muraux géométriques et surtout la mosaïque comme fil conducteur. On la retrouve sur la façade, mais aussi sur les sols en damiers de lapis et d’or et les murs en fils métalliques. L’architecture de l’atelier est conservée grâce aux verrières, et à la structure métallique de la mezzanine. Un soin particulier a été apporté à la réversibilité de ce lieu classé.  

Le résultat est un ensemble harmonieux de détails ornementaux riches, de clarté et de matériaux bruts comme le bois du parquet ou les socles qui répondent au plâtre des sculptures. L’ensemble donne un lieu chaleureux, et intimiste. 

Institut Giacometti, Exposition Genet – Giacometti, Photo Xavier Bejot, ┬⌐ Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris)

Institut Giacometti, Exposition Genet – Giacometti, Photo Xavier Bejot, ┬⌐ Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris)

 

Sol mosaïque restauré de l’institut Giacometti (c) De fil en archive

 

L’atelier de l’artiste 

Une envie de la fondation était de pouvoir présenter une reconstitution de l’atelier de l’artiste. Annette Giacometti (son épouse) a conservé aussi bien les murs (peints par l’artiste) que les œuvres en plâtre ou encore des boîtes de couleurs ou des œuvres personnelles. Cet ensemble très fragile est pour la première fois présenté ici. Le dispositif scénique permet au visiteur d’être au plus près de la reconstitution grâce à des gradins et une ouverture vitrée sur 2 côtés. L’atelier apparait pour la première fois dans toute sa subtilité chromatique. A force de voir des photos en noir et blanc, on n’imagine pas que tout ne soit pas gris… 

Un buste d’art égyptien et une œuvre de l’époque de Gudea, permettent aussi de comprendre le rapport du sculpteur à l’archaïsme et sa présence en filigrane dans son œuvre.

Murs de latelier de Giacometti – Institut Giacometti, Atelier d’Alberto Giacometti, Photo Marc Domage, ┬⌐ Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris)

 

Détails d’atelier – Institut Giacometti, Atelier d’Alberto Giacometti, Photo Marc Domage, ┬⌐ Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris)

 

L’atelier reconstitution – Institut Giacometti, Exposition Genet – Giacometti, Photo Xavier Bejot, ┬⌐ Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris)

 

L’exposition L’atelier de Giacometti par Jean Genet 

L’écrivain et l’artiste ont entretenu une profonde amitié. Il en résulte des échanges épistolaires, des portraits de l’écrivain par le peintre et un manuscrit par l’écrivain. Jean Genet pouvait venir à l’improviste dans l’atelier, fait suffisamment rare pour être souligné. Cette première exposition met en scène dans le cabinet graphique le manuscrit de Jean Genêt « L’atelier d’Alberto Giacometti », et en regard de nombreux dessins du peintre qui a accumulé plus de 5 000 esquisses, gravures et lithographies.  

Les protagonistes ont un thème en commun : les prostituées. Pour l’écrivain, elles représentent la quintessence de la solitude. Giacometti les transforme en déesses : magnifiées sur un socle (qui représente le parquet de la pièce), ou encore dans la Cage qui suggère l’espace d’une chambre, statiques et irréelles elles renforcent cette impression de sacré et de référence à l’Egypte ancienne 

Jean Genet demandera d’ailleurs à Giacometti d’illustrer sa pièce le Balcon, dont l’action se déroule dans un bordel. 

Femmes de Venise – Institut Giacometti, Exposition Genet – Giacometti, Photo Xavier Bejot, ┬⌐ Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + Adagp, Paris)

Le balcon illustré par Giacometti, calque pour la couverture (c) De fil en archive

Quatre femmes sur socle, bronze de 1950 (c) De fil en archive

Ce nouveau lieu consacré à Giacometti, est un musée intimiste, qui choisit de présenter les œuvres avec un minimum de vitrines ou de socles pour instituer avec le visiteur un rapport assez personnel. Pour le visiter, il faut passer par le site internet pour réserver un créneau horaire. Le support pédagogique sorte de mini catalogue reprend les grandes lignes car volontairement les textes de salle sont limités. N’hésitez pas à pousser la porte, vous ne serez pas déçus… 

 

Institut Giacometti 

5 rue Victor Schoelcher 75014 PARIS 

www.fondation-giacometti.fr/institut 

 

 

 

 

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Indigo, pour l’amour du bleu !

Posté le 31 mars 2015 dans 31 mars 2015 dans Billets

Indigo, pour l’amour du bleu !

Il y a des expositions discrètes (avec des heures d’ouvertures discrètes aussi) qui rencontrent un très vif succès. C’est le cas d’Indigo à la bibliothèque Forney. Visite guidée.

Le lieu

 

La bibliothèque Forney est située dans le quartier du Marais. C’est l’ancien hôtel de Sens, construit à la fin du XVe siècle par Tristan de Salazar, évêque… de Sens (c’est bon vous suivez). Très dégradé après avoir eu de multiples fonctions, il est racheté en 1911 par la ville de Paris. En 1973, le fond de la bibliothèque Forney est transféré dans ce bâtiment. Ces collections sont constituées d’ephemera (entre autres étiquettes publicitaires) mais aussi de livres anciens, papiers peints, tissus….. Bref une vraie mine d’or.

La bibliothèque accueille régulièrement des expositions.

Hötel de Sens, blibliothèque Forney, cour intérieure © De fil en archive

Hötel de Sens, blibliothèque Forney, cour intérieure © De fil en archive

 

Un Plongeon dans le bleu

 

A l’origine de ce voyage dans la teinture, on retrouve une femme qui préfère laisser parler sa collection. Catherine Legrand, créatrice de la marque A la bonne renommée, rassemble ces pièces teintées par l’indigo à travers le monde. Elle est commissaire de l’exposition.

« Cette exposition souhaite contribuer à la sauvegarde des traditions textiles liées à l’indigo, de l’extraction à la teinture, jusqu’aux techniques décoratives qui y sont attachées. Elle participe à une démarche entreprise par certains pays pour que l’indigo soit inscrit par L’UNESCO comme élément du patrimoine immatériel de l’humanité. » Catherine Legrand

 

Teinturière un « brin d’indigo » dans la main – Guizhou,  CHINE  © Catherine Legrand

Teinturière un « brin d’indigo » dans la main – Guizhou, CHINE
© Catherine Legrand

 

L’indigo VS le pastel

 

Si l’indigo et le pastel sont tous les deux des plantes, la seconde s’adapte dans les régions tempérées. C’est pourquoi le pastel était utilisé en Europe. Son bleu est plus pâle. La première salle présente surtout des vêtements de travail, des costumes traditionnels. Ce qui est frappant c’est la similitude de formes pour des régions du monde très éloignées.

© De fil en archive

© De fil en archive

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En changeant de pièce, on change de pays : Japon et Chine, puis Maghreb et Afrique noire, pour conclure par l’Inde, le Laos, le Vietnam et le Pérou.De grands panneaux didactiques expliquent les particularités techniques et les habitudes de chaque peuple. Au Japon, la mode de l’indigo est initiée par les samouraïs au XIIe siècle. Comme le coton ne pousse pas dans le nord du pays, les kimonos étaient précieux et donc réutilisés. Même si la mécanisation a eu lieu au XIXe siècle, l’indigo est travaillé par des artisans « trésors vivants» encore aujourd’hui.

Veste de femme du groupe ethnique Zhuang. Patchwork d’indigo Guangxi. Chine  © Catherine Legrand

Veste de femme du groupe ethnique Zhuang. Patchwork d’indigo Guangxi. Chine
© Catherine Legrand

Chine © De fil en archive

Chine © De fil en archive

Chine © De fil en archive

Chine © De fil en archive

 

En Afrique du nord, on utilise du coton mais aussi de la laine, qui n’absorbe pas l’indigo. Cela crée des nuances plus claires et donc des motifs. Les grands pagnes dogons présentent une diversité de motifs graphiques et symétriques magnifiques (cou de corbeau, croisillons de la falaise). On utilise un système de nœuds et de ligatures qui créent des parties « en réserve » sur le tissu. La teinture se fait après cette étape. Quelques centres subsistent encore au Mali et au Nigéria, malgré la situation politique et les tissus synthétiques.

Détails de motifs de pagnes © De fil en archive

Détails de motifs de pagnes © De fil en archive

Broderie sur grand boubou  © Catherine Legrand

Broderie sur grand boubou
© Catherine Legrand

Au Laos, le bleu est saturé, presque noir et le décor est omniprésent. Les fillettes apprennent à broder tôt. Les ouvrages sont de petites tailles pour être transportés facilement. Ces broderies sont cousues sur le vêtement déjà teint. S’il est trop abimé ou éclairci, les motifs sont conservés et réutilisés. Rien ne se perd tout se recycle !

manteau d'homme à brandebourgs Vietnam  © De fil en archive

manteau d’homme à brandebourgs Vietnam
© De fil en archive

En Inde, l’indigo a été symbole de rébellion. En effet commercialisé sous forme de blocs séchés le commerce de l’indigoterie a occasionné au XIXe siècle un durcissement des conditions de travail des ouvriers indiens par les colons anglais. La révolte a été cautionnée par Gandhi. Les motifs brodés en Inde sont d’inspiration naturelle.

Scénographie

 

Le parti pris est de présenter les vêtements principalement à plat, tendus sur les murs. Certaines pièces (sûrement moins fragiles ?) sont posées sur des cintres métalliques ou tenus par des pinces. Des stockmans (mannequins) sont utilisés pour présenter silhouettes les plus richement ornées.  Peu de vitrines, mais un système de marquage au sol et de fils tendus pour matérialiser les espaces d’exposition. Au début c’est un peu déstabilisant (vieillot ?) d’avoir un accrochage très ethnographique. Cependant les pièces sont tellement variées et très souvent magnifiques, que le visiteur se laisse gagner par cette accumulation. Cette alternance de motifs bleu et blanc, de broderies et de couleurs vives avec toujours en arrière plan ce bleu vibrant, changeant qui dépayse totalement.

Un des points forts d’Indigo c’est aussi les informations sur les oeuvres. Elles sont distillées pièce par pièce souvent à l’aide d’une grande étiquette carrée qui donne bien sur la provenance et le lieu de conservation, mais aussi quelques détails pratiques ou techniques.

Indigo est vraiment une exposition passionnante qui va au delà d’une analyse technique. Elle permet de voyager, et de voir qu’à partir d’une variété de pigment, le bleu est réinventé en permanence en fonction du pays dans lequel il est utilisé. C’est une manière réjouissante de montrer l’imagination et la diversité de réalisations humaines.

Les mains d’un teinturier-imprimeur autrichien tenant deux blocs de pigment indigo indien  © Catherine Legrand

Les mains d’un teinturier-imprimeur autrichien tenant deux blocs de pigment indigo indien
© Catherine Legrand

A noter que le catalogue (Edition de la Martinière) qui accompagne l’exposition est très beau et particulièrement bien documenté avec une multitude de photos in situ.   Indigo Bibliothèque Forney Du mardi au samedi de 13h à 19h jusqu’au 2 Mai 2015

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Déboutonner la mode : plongez dans une boite à boutons !

Posté le 23 févr. 2015 dans 23 févr. 2015 dans Billets

Déboutonner la mode : plongez dans une boite à boutons !

Déboutonner la mode est la nouvelle grande exposition du musée de la mode et du textile. Enfant je pouvais passer des heures à jouer avec la boîte à boutons de ma maman. Tout retourner, les trier, par couleurs, formes, motifs, c’était un vrai trésor ! Entrer dans cette exposition c’est un peu retrouver ce plaisir, les explications en plus.

En 2012, le collectionneur Loïc Allio fait don de sa collection de boutons au musée. Véronique Belloir, commissaire de l’exposition et chargée des collections au musée Galliera raconte le travail minutieux qu’elle a réalisé avec son équipe et le photographe Patrick Gries pour organiser, classifier, répertorier.

« C’était un travail colossal » Véronique Belliard

La thématique

Pour comprendre le bouton, l’exposition commence par une vitrine sur les matériaux utilisés. Si la nacre ou le bois sont connus de tous, le champ des possibles est immense, métal, papier, passementerie de soie mais aussi par exemple peau d’éléphant ou pain… Ces grandes boîtes qui font correspondre objets et boutons sont très esthétiques et didactiques.

Matières ©De fil en archive

Matières ©De fil en archive

Le costume masculin

Si la fonction du bouton est évidente, on apprend que son usage commence vraiment au XIIIe siècle. Le plus ancien spécimen de cette collection remonte au Ve siècle avant J-C et provient de la région de l’Ordos en Chine. Ici on comprend que le bouton au XVIIIe siècle et d’abord une histoire d’homme. Il orne le costume masculin et peut être la déclinaison du motif principal du tissu. Ame d’os, ou de bois il est recouvert de métal lamé et de passementerie.

Il devient aussi une manière d’afficher des penchants et des opinions avec des scènes miniatures. Le vêtement masculin est très codifié et à la fin du siècle, un habit comporte 18 boutons et seuls 2 ou 3 sont fonctionnels. Le bouton devient alors un objet de luxe d’orfèvrerie qui perd sa fonction première.

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

La mode à la hussarde

En 1808 les vêtements adoptent des proportions « à l’antique » et la passementerie en tresses et triple rang de boutons du Dolman (veste du folklore hongrois).

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

L’anglomanie

C’est avec cette mode que le bouton devient aussi un élément du vestiaire féminin. La robe dite redingote se porte avec un gros jupon de linon blanc. Les coupes et les tissus sont sobres. C’est un grand succès de la fin du XVIIIe siècle.

©De fil en archive

©De fil en archive

Le second empire

Pour la femme, d’ornement le bouton reprend une place fonctionnelle. Séparant sagement le vêtement symétriquement, il enferme chastement le corps, pour laisser la place à l’esprit, à la pensée selon les idées en vogue. De même pour l’homme le boutonnage prend le pas sur le bouton (différence subtile). Il continue néanmoins par sa position sur les gilets à dicter les codes de l’élégance. Brumell inspire ces nouveaux usages.

Le japonisme

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, ce courant touche tous les domaines : mobilier, bijoux, vêtements et… boutons. Les lignes deviennent sinueuses et les motifs sont stylisés. Le bouton devient tellement précieux qu’il devient alors un cadeaux à part entière, présenté par série dans des écrins comme pour un bijou.

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

©De fil en archive

©De fil en archive

Fermer et orner

1880, le corset est bien fermé. Les boutons prennent une autre dimension sociale, car ils sont boutonnés dans le dos. Difficile alors de s‘habiller seule… Le devant de l’habit reste sage. On trouve néanmoins quelques boutons dissimulés au niveau du col qui cache parfois des scènes érotiques.

Peu à peu, le bouton prend son envol. Trente mille personnes travaillent pour cette industrie. De véritables capitales industrielles se créent. Méru dans l’Oise travaille la nacre, Briare la céramique émaillée avec un procédé industriel innovant. Les vitrines présentent nombres de planches de boutons, un « tire bouton » utilisé pour les minuscules boutons de bottines, ainsi que de nombreux exemples de sous-vêtements.

©De fil en archive

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©De fil en archive

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Le point d’équilibre

La silhouette féminine évolue et l’ornement aussi. C’est l’apparition de minuscules boutons « en soutane ». Paul Poiret les place au cœur de ses créations. Pour illustrer cette période la scénographie utilise des tirages grandeur nature de photos en fond de vitrine qui se juxtaposent aux mannequins portant les vêtements, donnant une impression vivante sans artifice numérique.

©Luc Boeglj

©Luc Boeglj

La dernière salle du rez-de-chaussée est consacrée à Henri Hamm (1871-1961). Neuf cents pièces issues de son atelier sont présentées, se démultipliant dans les miroirs. Peints ou teints, sa production est variée et présente un goût marqué pour la couleur. Ces inspirations sont issues de la faune et de la flore. Cette multitude n’est en rien monotone grâce à des regroupements par couleurs, matières, formes…

©De fil en archive

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Hamm ©Luc Boeglj

Hamm ©Luc Boeglj

Le second étage de l’exposition consacre la création du XXe siècle. Deux matières apparaissent : la Galalithe et le celluloïd, permettant d’obtenir de la brillance et une infinité de formes.

Les années 30 et 40 marque l’émergence des paruriers. Ces artisans se spécialisent : Rousselet travaille la perle, Lemarchand, le cuir et Scemama le bouton fantaisie. C’est aussi la période où la géométrie, la coupe et l’abstraction sont à l’honneur. Le bouton répond au tissu. Chez Vionnet on trouve de gros boutons boules et plats. C’est l’apogée de la simplicité des formes.

Ce qui est intéressant avec les boutons, c’est leur adaptation à la situation. Par exemple en 1925, les robes raccourcissent et la mode est aux bas de soie couleur chair. Les jarretelles sont amovibles et les petits boutons de nacre fantaisies se placent à cet endroit caché. L’exposition présente de ravissants exemples de visages peints sur de la soie.

©Patrick Gries

©Patrick Gries

En 1940, le bouton devient patriotique, il égaye les habits de l’occupation en étant parfois la seule touche de couleur. A la libération il devient un moyen d’exprimer ses convictions.

François Hugo

Ce célèbre parurier, descendant de Victor Hugo, est au cœur même de l’avant garde artistique et de la haute-couture. Il travaille avec Picasso, côtoie Arp, Matta, Ernst, Derain et Cocteau… De 1939 à 1955, il fabrique des boutons pour la haute-couture. Ses matériaux ne sont pas conventionnels. Il peut partir de fils électriques tordus, plissés, tressés, aplatis, mais aussi de cailloux sertis d’or.

©Patrick Gries

©Patrick Gries

Les grands couturiers lui font confiance, comme Christian Dior, Jacques Fath ou Gabrielle Chanel. Il développe une grande complicité avec Schiaparelli pour laquelle il utilisera des refusés de Chanel. Sa production est très variée et créative.

Les couturiers des années 50 et les paruriers

La dernière partie de l’exposition s’intéresse aux couturiers célèbres et à leur usage du bouton. C’est en effet pendant cette période que les paruriers font du bouton un pendant du vêtement, véritable bijou fantaisie unique.

Elsa Schiparelli puise son inspiration dans le surréalisme. Elle propose des défilés à thèmes comme l’astrologie, le cirque, les papillons. Elle envisage les boutons comme des détails précieux, surdimensionnés et décoratifs. Les boutons deviennent papillons, cigales mordorées ou coléoptères. Pour ce travail incroyable, c’est Jean Schlumberger qui réalise les idées d’Elsa. Il invente dans son atelier de joallerie boutons, broches, peignes. Il emploie de l’émail du métal, des perles de verre comme sur ce couple d’autruches à pendeloques.

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

©De fil en archive

Jean Clément travaille lui aussi pour Schiaparelli avec de la résine et de l’émail, produisant entre autre des formes d’objets ou d’instruments de musique.   Christian Dior renouvelle ses formes de boutons à chaque nouvelle collection. Il travaille avec Roger Jean-Pierre et Francis Winter. La maison Gripoix produit les boutons de Chanel qui leur donnent une allure quasiment militaire. Pour Balenciaga, le boutonnage rythme le vêtement et les boutons sont ouvragés et plats.

©De fil en archive

©De fil en archive

Yves Saint Laurent leur accorde tellement de place qu’ils sont préfigurés sur les toiles des vêtements. La scénographie reproduit les plateaux de boutons qui étaient toujours disponible dans son studio de création.

©De fil en archive

©De fil en archive

Courrège avec ses silhouettes simples et graphiques choisit de simples pastilles de plastique.

@Musée de la mode et du textile

@Musée de la mode et du textile

Une dernière salle accentue cette proximité entre artiste et bouton d’art en présentant les travaux de nombreux artistes comme Sonia Delaunay ou Line Vautrin.

L’article est long mais l’exposition est fleuve. La scénographie donne une proximité plaisante avec les œuvres car les mannequins sont proches des vitrines, sans piedestal. Pas de lassitude car chaque section se renouvelle, alternant des séries de photos, des boutons bien sûr, mais aussi des univers propres aux paruriers ou aux créateurs. A noter un effort important sur la taille des cartels et les numéros auxquels ils se réfèrent. L’obscurité est de mise et rend l’ensemble solennel.

Deboutonner la mode

Musée de la mode et du textile

jusqu’au 19 juillet 2015

 

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Le mercredi c’est permis : des expos et des enfants !

Posté le 10 nov. 2014 dans 10 nov. 2014 dans Billets

Le mercredi c’est permis : des expos et des enfants !

J’ai décidé d’inaugurer un nouveau tag dans ce blog. Même si ça n’est pas quelque chose que je mets en avant (évidemment) sur ce site, j’ai aussi des enfants, à qui j’essaie de faire partager mon goût des expositions. Alors quand c’est possible je les traine emmène en fonction de leurs goûts et de l’actualité. Intéresser en même temps des enfants de 6, 9 et 11 ans c’est un challenge. Cette semaine de vacances était propice en découvertes, au programme :

Le cerveau, ombres et lumières et les transports à la cité des sciences ainsi que Les animaux font le mur et Voyager au Moyen-Age au musée de Cluny.

Bon d’accord avec la Cité des sciences, j’ai commencé avec une valeur sûre. D’abord si vous hésitez encore, je vous conseille vivement le pass famille (2 adultes et toute la fratrie pour 85 euros annuels). Deux visites dans l’année et c’est rentabilisé. La cité des enfants est toujours un must, mais j’essaie aussi de leur faire découvrir les autres richesses du lieu.

Ombres et lumière

Ce matin là, personne dans l’expo (Titeuf et son zizi sexuel et la Géode devaient faire le plein). Une délicieuse scénographie de manoir hanté, grincements de porte, et mobilier suspendu. Mais il ne faut pas s’y tromper les enfants adorent ! On peut entre autre étirer son ombre, la manipuler, la photographier, découvrir des angles de son visage grâce à des lampes latérales, jouer au cuisinier des couleurs ou visualiser un film avec des canivets qui pendent comme une lessive sur un fil.

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Ombres et lumière © De fil en archive

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Ombres et lumière © De fil en archive

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Ombres et lumière © De fil en archive

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Ombres et lumière © De fil en archive

Chacun y trouve son compte selon son envie d’apprendre et d’expérimenter. Le jour de notre visite, un seul dispositif était en panne. On retrouve toute l’intelligence des expos de la cité : une part d’imaginaire, une part d’expérimentation et une part d’explication.

L’exposition se prolonge par un site spécifique toujours ludique et intelligent. L’ombre photographiée dans l’ombromaton est disponible un mois sur le site et peut être imprimée.

C3RV34U,  L’EXPO NEUROLUDIQUE

Cette nouvelle exposition permanente est un enchantement. On appréhende le cerveau à tout point de vue : caractéristiques, construction, fonctionnement. Les synapses et les neurones deviennent des mots simples pour les enfants. Les vidéos explicatives sont bien construites et suffisamment courtes pour être vues en entier. Là encore la scénographie est très belle. Le bleu est omniprésent et les lampes chapeaux melons donnent une touche surréaliste à l’ensemble.

Les expériences à réaliser sont nombreuses et variées. Les adultes comme les enfants se prennent au jeu.

©PH.Lèvy / EPPDCSI

©PH.Lévy / EPPDCSI

Le dernier volet de l’exposition sur le cerveau social est formidable de second degré et d’informations, rires garantis avec le film des chevreaux suprématistes.

Au final, un bon moment (qui a bien dû nous occuper 2 heures sans lassitude). Nombreuses ressources vidéo à retrouver sur le site.

Des transports et des hommes

 

C’est aussi une exposition permanente comme « Le Cerveau ». Elle s’adresse aux enfants à partir de 6 ans et fait le point sur la mobilité et les hommes à travers le monde. Dit comme cela c’est vaste, mais l’expo est truffée d’écrans, de quizz, de cartes interactives et d’énigmes. On apprend entre autre à optimiser un avion pour qu’il vole mieux. Une joyeuse installation artistique fait un carton auprès des visiteurs, Le manège : une œuvre interactive et collective, de Pierrick Sorin. Le principe : les visiteurs se prennent en photo pour apparaître quasi instantanément sur le mur d’écrans animés pour chevaucher une moto, un bus ou même un poisson ! Même les plus timides ne résistent pas à la tentation car le résultat est très drôle. L’artiste se met lui même en scène dans son installation, cherchez-le ! A noter qu’une exposition de Pierrick Sorin sera présentée à la galerie Pièce unique à partir du 20 novembre.

© De fil en archive – Le manège, Pierrick Sorin, Cité des sciences et de l’industrie

Là encore la vidéo est omniprésente et donne lieu à de réjouissants petits films comme par exemple celui sur la RATP et les rencontres dans la ville.

Seconde séance des expositions et direction le musée de Cluny : Les animaux font le mur , et Voyager au Moyen-Age.

LES ANIMAUX FONT LE MUR

 

A l’occasion de l’anniversaire de la grande galerie du Muséum d’histoire naturelle, plusieurs manifestations mettent en scène des prêts hors les murs. Au musée de Cluny, l’exposition tourne autour de la Dame à la licorne. Un fascicule ludique est offert eux enfants (pas vraiment spontanément…) pour rechercher des animaux et des herbiers dans les œuvres. Le support est attractif et permet d’aiguiser l’observation tout en apportant des éléments sur les correspondances avec les sens.

Il est dommage que la salle 17, dans laquelle se trouvent les animaux et fleurs du muséum soit si mal indiquée. Elle est à côté du cycle de la licorne mais tous les visiteurs refaisaient le trajet dans l’autre sens… une flèche ou un numéro visible fluidifierait l’ensemble. La vitrine des animaux est extraordinaire par la ressemblance frappante entre le tissage et la réalité. C’est aussi l’occasion de découvrir la genette (au premier plan dans la photo).

© De fil en archive - La vitrine des animaux du Museum et rapport avec le cycle de la Dame à la licorne.

© De fil en archive La vitrine des animaux du Museum et rapport avec le cycle de la Dame à la licorne.

Le pari est gagné, les enfants ont joué le jeu de l’observation et ont pu découvrir cet élément important qu’est la tenture dans l’habitat du Moyen-Age, et relier les notions étudiées à l’école et le musée.

Voyager au Moyen-Age

 

Cette nouvelle exposition permet de découvrir la diversité des voyageurs, leurs pratiques et leurs croyances au Moyen-Age. De la carte à l’horizontale, table de Peutinger  indiquant sur plus de 6 mètres toutes les routes de l’Europe, en passant par le rouleau des morts de Saint Bénigne de Dijon qui contribuait au souvenir des morts des abbayes, le panorama est éclectique. Là encore sur le très beau site web du musée de Cluny était signalé un fascicule pour enfant en partenariat avec Paris Mômes. J’ai pu en imprimer un seul grâce à ma merveilleuse imprimante et j’en ai demandé d’autres à l’accueil du musée. A ma grande surprise, alors que l’exposition avait commencé deux jours avant, aucun livret enfant…Un peu dommage non ?

Ce support pédagogique est intéressant en soi, mais difficile à utiliser pendant la visite, je le vois davantage comme un récapitulatif en complément de la visite. L’exposition est plongée dans la pénombre certainement pour la conservation des pièces fragiles, mais cela ajoute à la difficulté pour les enfants de se repérer dans les thématiques. L’exposition est en revanche passionnante pour les adultes, son cadre dans le frigidarium des thermes la met bien en valeur, mais elle reste à mon sens un peu complexe pour un jeune public. Avec un peu de chance ils auront quand même retenu le rôle de St Christophe pour les voyageurs !

© De fil en archive

© De fil en archive – Voyager au Moyen-Age.

Le défi est relevé, les enfants ont tous trouvé des centres d’intérêts à ces visites de vacance. A suivre…

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Swedish Fashion Goes Paris : à la découverte de la mode suédoise !

Posté le 06 oct. 2014 dans 06 oct. 2014 dans Billets

Swedish Fashion Goes Paris : à la découverte de la mode suédoise !

A l’institut suédois à Paris se tient une exposition pour découvrir l’essence même de la mode suédoise. Quand on pense Suède, on visualise évidemment des marques comme H&M ou COS (même groupe) ou des matières brutes, le jean omniprésent (Acne) et des matières chaudes, du jacquard, des semelles de bois traditionnelles (Kerstin Adolphson) et de ravissants bracelets en cuir de renne. Eh bien dans cette exposition on enrichit sensiblement notre vision.

L’exposition est tirée de celle qui s’est tenue à Stockholm cet été au Sven-Harry’s Art Museum, orchestrée par Cia Jansson du Elle Suède et Michael Elmenbeck. L’exposition est courte, mais percutante. Chaque pièce représente presque un manifeste à elle seule.

La photographie

 

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Johan Sandberg, paysage ©Defilenarchive

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Johan Sandberg, photo ©Defilenarchive

silhouette

Johan Sandberg ©Defilenarchive

La photo de mode suédoise est intrinsèquement liée aux paysages, et à un sentiment de tranquillité. Cependant il ne faut pas s’y fier, car la nature dans les clichés de Johan Sandberg agit comme une toile de fond, muette. Son rapport à la lumière est directement lié à l’importance de celle-ci en Suède (journées sans fin ou au contraire nuits très longues). Il joue avec les ombres et les différentes nuances de gris, mettant ainsi en valeur les expressions personnelles de ses sujets.

Dans les œuvres présentées, ce qui domine c’est une esthétique très froide, mais avec une lumière maîtrisée qui nimbe et ne découpe pas les sujets. Ils sont mis en avant avec subtilité, sans optimisme mais avec précision.

L’artisanat et le savoir-faire

 

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© Bea Szenfeld, collection Sur la plage, bustier en sequins géants porté par Björk.

©
laine

Sandra Backlund, top en laine et mohair, tricoté main, printemps 2007 photo ©Defilenarchive

Dans les années 2000, les créateurs suédois comme Sandra Backlund, Bea Szvenfeld ou Fifth Avenue Shoe repair remettent l’artisanat à l’honneur. Les créations sont souvent des pièces uniques, ce qui permet un travail très élaboré sans contrainte de production. Les matières les plus variées sont alors choisies : papier, laine, métal, paillettes. Tout est bon pour créer des œuvres très graphiques. Il s’agit d’utiliser les techniques traditionnelles pour un résultat innovant. La laine devient sculpture, le papier est utilisé comme un savant origami géant à mi-chemin entre la plume et la représentation d’une molécule, les sequins créent une cuirasse de pastilles brillantes.

Le volume

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Bea Szenfeld robe de papier, 2014, créée exclusivement pour l’exposition Swedish fashion 2000-2015 ©Defilenarchive

Cette profusion de techniques et d’amoncellements conduit naturellement à une autre évidence : la mode suédoise aime le volume. Les vêtements ne cherchent pas à magnifier une ligne ou une courbe, ils en créent de nouvelles ! Le corps disparaît, enveloppé, support d’une allure inédite. Tricot, papier, sont autant de petits modules qui semblent proliférer harmonieusement mais indépendamment du vêtement lui même. C’est particulièrement vrai pour le travail de Sandra Backlund, gagnante du Festival de Hyères en 2007.

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Sandra Backlund, top en origami fait à la main, papier, AH 2007 ©Defilenarchive

Les couleurs

 

©Johan-Sandberg

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Dans la mode suédoise, on trouve aisément du blanc, du noir, toute une palette de teintes sourdes et quelquefois des explosions de couleurs vives: un rouge incandescent, un rose tyrien, un jaune éclatant. Dans les exemples de l’exposition c’est surtout l’équation une pièce = une couleur. Ca brille sans être clinquant. Les pièces sont fortes, graphiques et parfois agressives. Elles ne laissent pas indifférent.

Le vestiaire masculin/féminin

 

©-Benjamin-Vnuk

Les créateurs pour le prêt à porter, privilégient une approche mixte (pas pour tout bien sûr…). Beaucoup de vestes, de chemises, de pantalons cigarettes, de boots et de chaussures inspirées du vestiaire masculin. L’idée reste de mélanger le meilleur des deux, de mélanger les formes et d’obtenir un nouveau répertoire.

L’exposition

Si ne vous connaissez pas l’institut suédois, c’est l’occasion de programmer une petite balade dans le Marais. Le lieu est superbe, l’hôtel de Marle abrite entre autre une cour intérieure et un jardin.

Institut suédois, façade vue du jardin ©defilenarchive

Institut suédois, façade vue du jardin ©defilenarchive

La scénographie se présente comme une grande vague d’ardoise noire, ponctuée de mannequins. Seuls le nom du créateur et la date du vêtement exposé sont écrits directement à la craie sur le socle. Pas de vitrine pour protéger les œuvres (comme pour l’exposition sur les années 50 à Galliera). Les photos et les illustrations répondent en contre-point. Une vidéo du Beckman’s College of Design complète le dispositif.

©Defilenarchive

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A ne pas manquer non plus les nombreuses illustrations exposées (en particulier dans la montée d’escalier). Elles témoignent de la richesse de techniques employées, avec beaucoup de dessins et d’aquarelles, qui montrent la vivacité de la création suédoise.

©-Lovisa-Burfitt

©-Lovisa-Burfitt

Exposition visible à l’Institut Suédois jusqu’au 19 octobre 2014 11 rue Payenne, 75003 (métro Saint Paul) https://paris.si.se/ Plusieurs activités sont proposées autour de l’exposition.

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