
Chiner aux Puces du Moulin permet souvent de jolies découvertes. La dernière en date est un cadre en cuir blanc abritant une photo en noir et blanc d’une femme vêtue d’une robe à jupe plissée soulignée de nervures claires et un haut à double boutonnage. Au-dessus l’inscription Neyret et en dessous le logo de la marque dans un losange rouge.
Neyret est pour moi une référence au fond de la boutique de mes arrière-grands-parents à Crèvecœur-le-Grand : Nouveautés, postiches, activité de modiste et vêtements de deuil. Neyret, ce sont aussi des piles de gants crème, beurre frais, à trous, en cuir, en coton, en résille conservés religieusement dans les sous-pentes familiales. En revanche il n’a jamais été question de vêtements dans la mémoire de ma grand-mère.

Quelques recherches me permettent de découvrir des publicités graphiques pour les fameux gants. Typographie art déco, mouvements nonchalants de la main ou gant posés en fleurs sont les signes d’une élégance assez éloignée du gant en latex de protection. Le gant fait partie de la silhouette au même titre que le chapeau. Beaucoup de ganterie dans la presse mais quasiment pas de vêtements. En revanche quelques parutions pour des nuisettes apparaissent épisodiquement.

Neyret Paris a aussi commercialisé des sous-vêtements et une ligne sport. Le Victoria & Albert Museum possède un maillot de bain très intéressant en jersey de 1937. Neyret était alors vendu à Londres.
Une seule mention de robes en jersey dans les années 60. J’essaie alors de remonter l’historique de la société.
Mes recherches sur Neyret m’indiquent que c’est une société qui existe encore à St Etienne. Fondée en 1828, elle a négocié avec succès les révolutions technologiques et les demandes du marché de la mode. Rubans, mais aussi rubans personnalisés, étiquettes griffe des vêtements, packaging sur mesure pour des produits de luxe, les secteurs d’activités sont pointus et performants. Au cœur de l’actualité, Neyret a aussi créé un site dédié pour des masques grand-public. Renseignements pris, les gants et le prêt à porter n’ont jamais fait partie des activités de cette entreprise, retour à la case départ.
Autre piste et cette fois-ci des cartes postales oubliées alignent les ouvrières d’une usine de gants à Céton dans l’Orne. Des écrits de la fin du XIXe siècle et unemonographie étayée relatent le développement de cette industrie dans cette ville touchée par la crise du textile en 1846 qui fabriquait à l’origine “(…) des étoffes de laine appelées droguets, serges d’Agen et étamines. Ces dernières, avant 1789, se vendaient aux maisons religieuses des environs”. *

L’entreprise Neyret s’implante en 1858, à Céton et ouvre une usine de ganterie. Une partie du travail se fait à domicile et le paiement est effectué à la pièce. En 1955 la société emploie encore 10% de la population du bourg et des documents mentionnent l’industrie du gant et des sous-vêtements.
Les gants sont réputés et les publicités s’exposent au fil des décennies. Toujours pas de mention de vêtements, mais de la lingerie ! De fil en aiguille, j’apprends que Maison Neyret SA est une entreprise parisienne domiciliée 17 rue D’Uzès dans le 2e arrondissement. Un passionné de Citroën a même retrouvé le bail commercial de la société (Neyret était installé au-dessus de ce garage). Cet immeuble ancien, siège du groupe Le Moniteur, a depuis été détruit. La rue d’Uzès est mentionnée régulièrement sur les publicités pour les gants.

Une publication de 1924 extraite de Ganterie : revue technique des industries du gant : organe de la ganterie française mentionne les grande qualité et finesse des gants ainsi que de la lingerie pour femme et enfants et tissage à Fleury sur Andelle dans l’Eure.

Conclusion la société Neyret Paris a bien commercialisé des gants, de la lingerie, des vêtements et une ligne sport. Elle a fermé ses portes en 1971. A Ceton, l’usine a été transformée en maison de retraite. Renseignement pris, les marques Neyret gants et Neyret Paris ont été rachetées mais la raison sociale n’a pas été réactualisée et correspond à une boîte postale à la poste du Louvre. La prochaine fois que vous croiserez un article Neyret, vous saurez que cette marque a été synonyme de qualité et d’inventivité (Karl Lagerfeld a travaillé avec eux aussi), spécialiste du gant, du jersey avec un essai dans le prêt-à-porter.
Read MoreSi vous n’avez pas encore entendu parler du Festival International des Textiles extra-ordinaires, c’est le moment idéal. Il s’est tenu toute la semaine dernière à Clermont-Ferrand. Il est unique en son genre, car il n’existe pas d’autre manifestation de ce type consacrée au textile. Plusieurs expositions seront visibles jusqu’en octobre et en janvier.
Créé en 2012, il prend ses marques tous les deux ans en Auvergne avant de s’exporter l’année suivante dans un pays partenaire de l’évènement. Le thème de cette année est Déviation et le pays retenu pour 2019 est la Roumanie. Cette seconde version sera enrichie par des travaux en collaboration entre Clermont et les artistes roumains retenus toute cette année. Loin d’être une juxtaposition, il s’agit d’agrémenter ce deuxième volet.
Ce festival réunit des artistes, des créateurs textiles, des photographes et des collectifs locaux. Son point central est le musée Bargoin, avec une exposition qui lie objets patrimoniaux et créations contemporaines autour d’une réflexion bien articulée.
Mais le festival se diffuse aussi dans la ville pour toucher tous les publics : spécialistes et habitants. Il essaime à travers différents lieux : le conservatoire de musique avec des travaux sur les codes du wax et leur réinterprétation par les étudiants, avec les travaux conjoints de deux écoles d’art. Dans la chapelle de l’ancien hôpital général, l’ENSATT de Lyon, en conception costume, s’intéresse au détournement du corps, un travail sur la fragilité.


Wax Mark Zukerberg par Camille BARA
Dans la rue le collectif Outrage de dames avec Paule Kingleur et le Flax café ont fait naître des coraux sur les façades noires et blanches de la ville, des patchwork de laine autour des arbres, faisant de la ville une oeuvre gigantesque. Le résultat est très réussi, les couleurs vives mettant en valeur l’architecture de la ville.

Corail imaginaire Paule Kingleur et le collectif Outrages de dames
Jusque début-octobre il est possible d’admirer, à Notre Dame du Port, l’oeuvre de cette artiste japonaise. Constituée d’une multitude de pétales allant du blanc en passant par différentes nuances d’indigo, elle occupe toute la nef avec légèreté. Amour et indigo se prononcent de la même manière en japonais, d’où le titre.

Forêt d’amour de Rieko Koga
C’est le clou du festival. Elle exploite le détournement aux travers d’oeuvres fortes autour du textile à travers 4 thèmes : la transgression, la circulation, la collision et la transcendance.
Une très courte sélection en image vous donnera une idée (même si on peut y passer beaucoup de temps tant le contenu et la scénographie sont intéressants).

Waxology

Masque de Damselfrau, liberté et métamorphose
La pièce phare de l’exposition est celle de Jérémy Gobet. Cet artiste explique que pour un projet comme celui-ci il est primordial pour lui de s’intéresser à la matière et aux techniques locales pour les faire revivre. Il a travaillé avec la SCOP Fontanille. Cette usine de dentelle et de ruban, reprise par ses salariés, a su se renouveler (par exemple les genouillères de l’équipe de France). Il y a un vrai travail de continuité et d’innovation. Leur spécialité était le point d’esprit. Jérémy Gobet travaille conjointement sur l’art et la science. Il est parti de ce point de broderie pour le rapprocher du squelette du corail. Il a trouvé de nombreuses similitudes. Pour que le corail se fixe sur un support, celui-ci doit être biodégradable (le coton), souple et non opaque. Les machines de production ont été améliorées pour fabriquer des lés et non des bandes de dentelle comme c’était le cas avant. Corail artefact a aussi une dimension industrielle et scientifique car un brevet a été déposé. Quatre points de broderies sont maintenant utilisés pour s’adapter aux espèces de coraux. Enfin en 2021 le textile sera réellement déposé sur la barrière de corail. Cette oeuvre est donc à la fois artistique, mais aussi scientifique, économique et sociale : une vraie réussite.
Pour montrer le savoir-faire de cette usine, Jérémy Gobet a rempli la salle de ses archives d’échantillons de broderies. L’ancien propriétaire avait commencé à jeter cet incroyable trésor technique… Les échantillons sont présentés avec des coraux complétés de l’artiste, avec par exemple des chevilles en plastique pour réparer le vivant.

Corail Artefact
Toutes les informations sont à retrouver sur http://fite.hs-projets.com/
Exposition au musée Bargoin jusqu’au 6 janvier 2019
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Après une très longue pause sans articles, me revoici pour parler d’Irving Penn. Le grand Palais présente une magnifique rétrospective initiée il y a quelques mois à New-York et qui se prolongera en 2018 à Berlin.
Irving Penn a commencé à faire des photos en 1938 et dès ses débuts il met en place ses caractéristiques : goût pour les natures mortes, l’esthétique des traces, la sculpture des formes par la lumière et une vision très intime de ses portraits. Il voit la photographie comme un prolongement des autres arts que sont la peinture et la sculpture.

Lisa Fonssagrives-Penn
Irving Penn at Work in New Guinea
1970
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © The Lisa-Fonssagrives-Penn Trust
A partir de Juin 1943, Alexandre Liberman, directeur artistique de Vogue, embauche Irving Penn. Il va lui confier des portraits de célébrités, souvent intimidantes pour le jeune photographe qu’il est. Il choisit de les installer toujours selon le même procédé, dans un angle pour canaliser leur attention. Ses portraits sont incroyables et préfigurent d’autres séries plus tardives. On peut admirer des personnalités comme Truman Capote, Charles James, Elsa Schiaparelli. Loin de chercher uniquement un critère esthétique, il cherche à faire ressortir l’âme de son modèle au travers d’un processus long et assez ritualisé. Dans les années 50, il sera très sollicité par les célébrités, la mode et la publicité. On retrouve quand même toujours la même concision graphique et sa volonté de révéler son modèle.

Irving Penn
Truman Capote
New York, 1948
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © The Irving Penn Foundation

Irving Penn
Ungaro Bride Body Sculpture (Marisa Berenson)
Paris, 1969
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast
Parti réaliser une série mode à Cuzco au Pérou, il aura l’idée de photographier les Indiens pendant trois jours à la fin de son reportage. En effet, à l’occasion de Noël la population venait se faire immortaliser une fois dans l’année. Il loue le studio d’un photographe local et enchaine des portrait d’une incroyable émotion. Cette série sera un prologue à beaucoup d’autres au cours de sa carrière. Entre 1967 et 1971 il utilisera, en guise de studio, une tente et sillonnera l’Afrique, l’Asie et le Pacifique, toujours pour Vogue. Il ne s’agit en aucun cas d’une approche anthropologique mais d’une recherche esthétique.

Irving Penn Cafe in Lima (Jean Patchett) – 1948 The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast

Irving Penn
Cuzco Children 1948
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast
Sur le même principe, Irving Penn décide de photographier les petits métiers de Paris : livreur de charbon, marchand de journaux, boucher, vendeur de peau de chamois ou de concombres. Il pérennisera cette série à Londres et à New-York avec toujours le même cadrage, le même fond neutre, et la même lumière naturelle. Ses clichés seront publiés en France et à l’étranger.

Irving Penn Foundation
©De fil en archive
Le photographe ne se cantonne pas à la série de mode (au demeurant exceptionnelle), mais continue ses propres recherches sur les traces du passé ou la nature morte. Tout trouve grâce à ses yeux : les résidus de cigarettes, les objets du caniveau, les fleurs fanées. Le tout en très gros plan, modifiant la perception du sujet. Pour les cigarettes c’est aussi une manière pour lui de critiquer l’industrie du tabac.

Irving Penn
Theatre Accident, New York, 1947
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast
Pour les nus, il utilise un autre procédé photographique qui lui permet d’obtenir une texture poudrée qui va avec la volupté de ses clichés.
Cette exposition est une très belle rétrospective qui permet de redécouvrir les séries modes d’Irving Penn, mais aussi de découvrir d’autres facettes de son univers, au travers une scénographie sobre et des textes de salle lisibles. Une occasion à savourer.
Irving Penn, Grand Palais
Jusqu’au 29 janvier 2018
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Lors d’une séance du Séminaire de l’histoire de la mode, j’ai eu la possibilité d’écouter Guénolée Milleret. Elle a travaillé comme archiviste chez Yves Saint Laurent et se consacre maintenant à la transmission, en donnant des cours, et à la recherche, en écrivant des livres. Elle est aussi une collectionneuse passionnée de mode.
Son dernier opus vient d’être publié. Il a pour thème la haute couture. Encore un livre sur la couture ? Pourriez-vous me rétorquer. Oui, mais pas uniquement. Dans son ouvrage, on trouve vraiment des informations et pas seulement des jolies photos. Divisé en grandes périodes, jusqu’en 2015, ce livre retrace la naissance de la couture qui s’appuie sur le savoir-faire qui l’a précédée. On découvre que les ouvrières luttent dès 1675 pour se faire reconnaître comme corporation indépendamment des tailleurs. On apprend de nouvelles expressions comme les « lapins de couloir », le rôle des merciers du Palais Royal, ou la personnalité de la fameuse Rose Bertin qui devient marchande de mode à la fin du 18e siècle.
Si Worth est bien connu pour son rôle dans l’élaboration même de la couture, l’auteur raconte la manière dont il a remis à la mode les motifs un peu oubliés des soyeux lyonnais, réveillant ainsi les industries textiles. Etre mannequin était alors un métier assez ingrat, loin de l’image glamour des années 90.
L’auteur propose un portrait croisé de Jeanne Lanvin et de Gabrielle Chanel, deux femmes avec deux manières différentes de faire grandir leur maison de couture. La chambre syndicale, l’avènement des défilés dont le nombre de modèles est très encadré, le rôle de Lucien Lelong, les règles régissant ce métier, tout est passant en revue. Même le comportement des petites mains quand elles partent en vacances organisées par Mademoiselle Chanel.
Lors de ces recherches, Guénolée Milleret a fait une jolie découverte en retrouvant des négatifs non développés dans un fond photographique (Eugène Kammerman). Ces photographies inédites donnent une autre vision, du premier défilé de Christian Dior en 1947 : une ambiance très calme, ainsi que des photos du backstage et des petites mains.
Le fléau de la contrefaçon est abordé et se pose déjà, bien avant la mondialisation.
La disparition progressive des maisons de couture, et l’avènement du prêt à porter pose régulièrement le problème de la persistance de cette industrie. Le livre fait le point sur les licences, les parfums, mais aussi le renouveau (encore) des métiers d’art et l’apparition de nouveaux talents comme Christian Lacroix. C’est aussi comprendre que l’image de marque s’est quelquefois perdue dans les nombreuses licences (Cardin) et enfin la prise de conscience des maisons à changer de modèle et à se fédérer pour être plus solides.
Une dernière partie est consacrée au 21e siècle, aux rôles des grands groupes financiers et aux innovations. Chanel a par exemple racheté des entreprises de métiers d’art qui auraient disparu faute d’argent. Un défilé leur est dédié chaque année par la maison de couture, avec une inspiration fondée sur un pays et un lieu nouveau à chaque fois (par exemple l’Autriche en 2014). Les règles de la chambre syndicale ont évolué pour admettre une catégorie d’invités parmi les jeunes maisons. Aujourd’hui les maisons de mode sont obligées de prendre en compte l’aspect entrepreneurial de l’activité. Alexis Mabille ou Iris Van Herpen sont des exemples de réussites contemporaines.
« La haute couture ne s’enferme dans aucun postulat. Tradition et innovation reste les deux mots de la haute couture » G. Milleret
Le label haute couture reste synonyme d’excellence et la liberté de style est fondamentale.
Ce livre est riche et permet aux novices comme aux plus experts de mieux comprendre ce secteur adoré et décrié (et ça n’est pas spécifique à notre époque).
Haute couture de Guénolée Milleret, éditions Eyrolles
Photo à la une : Fourreau du soir en crêpe romain plissé, Grès, vers 1979. ©Photo Marc Tomasi pour l’étude Thierry de Maigret, Paris
Read MoreA l’institut suédois à Paris se tient une exposition pour découvrir l’essence même de la mode suédoise. Quand on pense Suède, on visualise évidemment des marques comme H&M ou COS (même groupe) ou des matières brutes, le jean omniprésent (Acne) et des matières chaudes, du jacquard, des semelles de bois traditionnelles (Kerstin Adolphson) et de ravissants bracelets en cuir de renne. Eh bien dans cette exposition on enrichit sensiblement notre vision.
L’exposition est tirée de celle qui s’est tenue à Stockholm cet été au Sven-Harry’s Art Museum, orchestrée par Cia Jansson du Elle Suède et Michael Elmenbeck. L’exposition est courte, mais percutante. Chaque pièce représente presque un manifeste à elle seule.
La photo de mode suédoise est intrinsèquement liée aux paysages, et à un sentiment de tranquillité. Cependant il ne faut pas s’y fier, car la nature dans les clichés de Johan Sandberg agit comme une toile de fond, muette. Son rapport à la lumière est directement lié à l’importance de celle-ci en Suède (journées sans fin ou au contraire nuits très longues). Il joue avec les ombres et les différentes nuances de gris, mettant ainsi en valeur les expressions personnelles de ses sujets.
Dans les œuvres présentées, ce qui domine c’est une esthétique très froide, mais avec une lumière maîtrisée qui nimbe et ne découpe pas les sujets. Ils sont mis en avant avec subtilité, sans optimisme mais avec précision.
Dans les années 2000, les créateurs suédois comme Sandra Backlund, Bea Szvenfeld ou Fifth Avenue Shoe repair remettent l’artisanat à l’honneur. Les créations sont souvent des pièces uniques, ce qui permet un travail très élaboré sans contrainte de production. Les matières les plus variées sont alors choisies : papier, laine, métal, paillettes. Tout est bon pour créer des œuvres très graphiques. Il s’agit d’utiliser les techniques traditionnelles pour un résultat innovant. La laine devient sculpture, le papier est utilisé comme un savant origami géant à mi-chemin entre la plume et la représentation d’une molécule, les sequins créent une cuirasse de pastilles brillantes.

Bea Szenfeld robe de papier, 2014, créée exclusivement pour l’exposition Swedish fashion 2000-2015 ©Defilenarchive
Cette profusion de techniques et d’amoncellements conduit naturellement à une autre évidence : la mode suédoise aime le volume. Les vêtements ne cherchent pas à magnifier une ligne ou une courbe, ils en créent de nouvelles ! Le corps disparaît, enveloppé, support d’une allure inédite. Tricot, papier, sont autant de petits modules qui semblent proliférer harmonieusement mais indépendamment du vêtement lui même. C’est particulièrement vrai pour le travail de Sandra Backlund, gagnante du Festival de Hyères en 2007.
Dans la mode suédoise, on trouve aisément du blanc, du noir, toute une palette de teintes sourdes et quelquefois des explosions de couleurs vives: un rouge incandescent, un rose tyrien, un jaune éclatant. Dans les exemples de l’exposition c’est surtout l’équation une pièce = une couleur. Ca brille sans être clinquant. Les pièces sont fortes, graphiques et parfois agressives. Elles ne laissent pas indifférent.
Les créateurs pour le prêt à porter, privilégient une approche mixte (pas pour tout bien sûr…). Beaucoup de vestes, de chemises, de pantalons cigarettes, de boots et de chaussures inspirées du vestiaire masculin. L’idée reste de mélanger le meilleur des deux, de mélanger les formes et d’obtenir un nouveau répertoire.
Si ne vous connaissez pas l’institut suédois, c’est l’occasion de programmer une petite balade dans le Marais. Le lieu est superbe, l’hôtel de Marle abrite entre autre une cour intérieure et un jardin.
La scénographie se présente comme une grande vague d’ardoise noire, ponctuée de mannequins. Seuls le nom du créateur et la date du vêtement exposé sont écrits directement à la craie sur le socle. Pas de vitrine pour protéger les œuvres (comme pour l’exposition sur les années 50 à Galliera). Les photos et les illustrations répondent en contre-point. Une vidéo du Beckman’s College of Design complète le dispositif.
A ne pas manquer non plus les nombreuses illustrations exposées (en particulier dans la montée d’escalier). Elles témoignent de la richesse de techniques employées, avec beaucoup de dessins et d’aquarelles, qui montrent la vivacité de la création suédoise.
Exposition visible à l’Institut Suédois jusqu’au 19 octobre 2014 11 rue Payenne, 75003 (métro Saint Paul) https://paris.si.se/ Plusieurs activités sont proposées autour de l’exposition.
Read MoreMettre en lumière le patrimoine unique des marques de luxe : des trésors à redécouvrir