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Tout savoir sur la mode médiévale

Posté le 06 juin 2016 dans 06 juin 2016 dans Billets

Tout savoir sur la mode médiévale

Vous connaissez la tour Jean Sans Peur ?

 

Je dois avouer qu’avant de savoir qu’une expo sur la mode au Moyen Age se tenait dans ce lieu un peu secret, je ne le connaissais pas. J’étais souvent passée devant sans y faire très attention. Un peu en retrait derrière les arbres dans la rue Etienne Marcel, elle jouxte une école.

Le site annonce sobrement qu’elle est le dernier vestige du Palais des ducs de Bourgogne au XVe siècle et qu’elle conserve un bel escalier à vis (c’est vrai!). Cela étant, ce monument abrite une exposition temporaire qui a de quoi attiser la curiosité. Une particularité de ce lieu est de proposer des expositions thématiques sur le Moyen Age avec une grande rigueur et des commissaires d’expo passionnés.

La façade de la Tour Jean sans peur, ancien palais parisien des ducs de Bourgogne. © de fil en archive

La façade de la Tour Jean sans peur, ancien palais parisien des ducs de Bourgogne. © de fil en archive

 

Enluminures et reconstitutions

 

Ici vous ne verrez pas de pièces originales car de part son budget, son espace et le thème abordé cette année, le choix a été de faire des reconstitutions, si possibles dans des tissus proches des originaux, et d’illustrer le thème avec des enluminures géantes. En effet, présenter des pièces historiques nécessiterait beaucoup de contraintes. Etonnamment, ce parti-pris permet de déculpabiliser le visiteur en supprimant l’aspect sacré qui aurait pu éloigner certains spectateurs.

J’ai eu la chance, grâce au Séminaire d’histoire de la mode, de pouvoir suivre une visite avec Nadège Gauffre Fayolle, commissaire de l’exposition. Sa passion et ses recherches permettent de faire le point sur la notion relative de mode à cette époque. En effet, dans l’exposition elle insiste sur les grands courants de l’habillement uniquement pour l’aristocratie. Pourquoi ? Parce qu’il faut faire des choix et qu’en plus il est un peu plus facile de trouver des représentation voire des vestiges de l’habillement des nobles de l’époque.

© Tour Jean sans peur

© Tour Jean sans peur

L’éloge de la lenteur

 

L’habillement évolue peu entre les Mérovingiens et le XIème siècle. Les hommes portent une tunique et des braies (pantalon), tenues avec lanières et jambières, tandis que les femmes portent une tunique et un voile manteau (pour comprendre, il suffit de regarder les représentations de la Vierge).

La mode évolue ensuite de manière assez unisexe. Hommes et femmes portent des tuniques et surcots qui se différencient uniquement par la longueur et la présence de fentes sur le devant pour les hommes (plus commode pour bouger). Sans que l’on puisse l’expliquer véritablement, savez-vous quelle est la partie du corps que l’on magnifie ? Le bras ! Les manches sont chauve-souris et cette partie du corps est l’objet de toutes les attentions pour être galbée et remarquée.

Tunique et manche chauve souris © de fil en archive

Tunique et manche chauve souris © de fil en archive

 

L’exposition évoque aussi la coupe des vêtements qui privilégie les formes simples et l’ajout de quilles de tissu pour ne pas gaspiller les étoffes.

Des proportions redessinées

 

La première partie de l’exposition esquisse en quelques silhouettes fortes les canons esthétiques.

Au XIVe siècle, les hommes veulent de la carrure et n’hésitent pas à rembourrer leur pourpoint grâce à un matelassage « en assiette » (qui forme des arrondis et laissent de la liberté de mouvement). Les chausses coupées dans du biais, là encore pour des questions de mobilité, parachèvent une silhouette toute en jambes. Pour s’adapter aux saisons, le grammage de la laine est différent en été et en hiver. Une autre particularité est d’obtenir un tissu velouté proche de l’aspect du velours, mais en utilisant de la laine à longs poils, qui est ensuite rasée. Cette étoffe vient des Flandres.

Reconstitution du pourpoint de Charles de Blois, dernier quart du XIVe siècle, avec matelassage en assiette. © de fil en archive

Reconstitution du pourpoint avec matelassage en assiette. © de fil en archive

 

Cette tendance qui sculpte les jambes augmente au XVème siècle avec des pourpoints plus courts (mi- fesses) et des chausses qui s’adaptent et se cousent à l’entrejambe. Elles présentent la particularité de s’ajuster avec des « aiguillettes » nouées qui nécessitent souvent l’aide d’un domestique pour obtenir un effet parfait. De manière péjorative, cette silhouette masculine est comparée au lévrier.

Silhouette masculine © de fil en archive

Silhouette masculine © de fil en archive

 

Les femmes privilégient une cotte ajustée et lacée avec un buste très étriqué pour allonger la silhouette. La coupe princesse est de mise.

Caleçons, soutien-gorge et slip

 

Une partie étonnante est consacrée aux sous-vêtements masculins et féminins. Les représentations d’hommes en sous-vêtements est usuelle dans la littérature médiévale : scènes de jeux, de lutte, et même de foulage du raisin. En les décortiquant, on apprend beaucoup sur l’évolution du caleçon pourvu de lanières pour être remonté ou au contraire maintenu long, des chemises complètent la tenue et même des slips pas si loin des modèles actuels.

Une découverte surprenante au château de Lengberg en Autriche nous apprend que le maintien de la poitrine faisait l’objet d’une attention marquée : le soutien-gorge et la robe à sachets, qui permettent de maintenir la poitrine, existent déjà. La mode est au buste menu et c’est aussi une préoccupation médicale de l’époque.

Buste court de la silhouette féminine © De fil en archive

Buste court de la silhouette féminine © De fil en archive

Pas de mode jetable

 

Si le tissu est actuellement facile à réaliser et se renouvèle particulièrement vite (trop vite), le Moyen-Age voit le textile très différemment. On parle alors de lin, de soie, et de laine et se vêtir coûte cher. Les vêtements sont entretenus, préservés, transmis et réutilisés.

Une pièce entière de l’exposition (au sous-sol) nous emmène dans un atelier de couture.

La garde robe est une vraie préoccupation (et une vraie fonction). Pas question de laisser les vêtements en vrac sur le sol. Ils sont suspendus sur des perches (pour éviter le grignotage des rongeurs), régulièrement aérés pour éviter les moisissures, entreposés dans des coffres pour éviter les puces.

Et les taches ? Les marchands ambulants vendent des préparations pour détacher et entretenir. Le fiel de bœuf, le blanc d’œuf, l’urine, l’argile sont une partie des ingrédients qui rentrent dans la composition des produits.

© de fil en archive

© de fil en archive

Perches © de fil en archive

Perches © de fil en archive

Plus blanc que blanc

 

On brosse, on époussette, mais on lave aussi en fonction des textiles. Le linge blanc doit rester immaculé car il est souvent visible. Grâce à des fentes et par coquetterie, il est suggéré ou exposé.

Il est aussi utilisé en contraste avec les autres vêtements colorés qui sont eux même doublés différemment.

Le poids de la morale et comment s’en affranchir

Il faut garder en tête que les moralistes et le clergé ont une force énorme à l’époque. Les lois somptuaires fixent les règles sur le luxe. La société est organisée et chacun doit rester à sa place, ni se surélever, ni se rabaisser. C’est valable aussi dans l’habillement. Pour adoucir ces dogmes la population a plusieurs subterfuges : les détails, les accessoires et les occasions spéciales.

Pour mettre en valeur les étoffes précieuses on voit par exemple l’apparition de fentes non utilitaires sur les vêtements, comme la « monstre » qui permet de dévoiler au niveau de la taille les étoffes du dessous. Elle part à la base d’un aspect pratique, qui était d’accéder à ses affaires nouées à la ceinture. Les belles n’avaient pas de sac à main !

Un ornement visible au XIVe siècle est la freppe. Ce découpage du tissu comme le canivet de papier, permet d’embellir son vêtement par un détail dans un tissu plus précieux et plus dense. Il peut se changer s’il est défraichi. Ce souci de la pérennité des ornements se retrouvait dans l’exposition Indigo avec les broderies.

 

Détail de freppe © de fil en archive

Détail de freppe © de fil en archive

Un autre aspect important est le couvre-chef. Pas de femme tête nue (sauf les prostituées). Il prend plusieurs formes mais a tendance à s’élever jusqu’à la démesure.

Grace au fil archal (fil métallique).

Le hénin, coiffe à corne, est en fait une mauvaise appellation (liée à une insulte aux femmes portant cette coiffure et évoquant le diable). Il faut en fait parler de flocard.

Pour les hommes on utilise un chaperon (comme pour le petit chaperon rouge), mais il est souvent détourné (en inversant la manière dont on le pose sur la tête pour obtenir une coiffure en crête de coq par exemple), l’ancêtre de la casquette à l’envers.

© Tour Jean sans peur

© Tour Jean sans peur

 

L’exposition est d’une richesse incroyable de documentation. Pour le vêtements de bal, j’ai découvert les costumes d’homme sauvage en étoupe de lin et cire qui sont célèbres pour le tragique bal des Ardents, ou encore le costume du fou du roi et sa signification ; les décors temporaires à la feuille d’or (la batture) qui donne l’illusion d’un vêtement précieux.

Costume d'homme sauvage en étoupe de lin et cire © De fil en archive

Costume d’homme sauvage en étoupe de lin et cire © De fil en archive

Le fou du roi © De fil en archive

Le fou du roi © De fil en archive

 

Les chaussures sont jetables et le fameux cousu retourné utilisé encore aujourd’hui par une célèbre marque de chausson de danse… On achète les chaussures en grande quantité et la démarche est dansante. Elle accompagne les grelots qui provoque une mode sonore !

On pourrait écrire trois articles avec la quantité des informations de cette exposition temporaire. Et il est frustrant de ne pas tout raconter : une seule solution, allez-y ! Un seul regret peut être c’est l’absence d’un glossaire sur les termes des vêtements.

Découverte des tissus © De fil en archive

Découverte des tissus © De fil en archive

 

Le petit fascicule (7 euros) qui accompagne l’exposition reprend une grande partie des informations de celle-ci, et permet de se remémorer ou de compléter sa visite.

Les anciennes expositions tournent dans d’autres région comme Dourdan, ou le château du Clos Vougeot.

EDIT : Un glossaire est en cours de réalisation : réactivité de la Tour Jean sans peur !

 

La mode au Moyen Age, Tour Jean sans peur jusqu’au 15 janvier 2017

 

 

 

 

 

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Anatomie d’une collection

Posté le 24 mai 2016 dans 24 mai 2016 dans Billets

Anatomie d’une collection

Le palais Galliera change de rythme et propose une exposition très séduisante. Exit pour cette saison, les monographies ou les collaborations et retour aux fondamentaux avec un focus sur la propre collection du musée.

 

Si les thèmes récents s’orientaient davantage vers le XXe siècle, il ne faut pas oublier que le fond de Galliera était lié à l’histoire du vêtement dès 1907. La Société de l’histoire du costume entend alors s’intéresser à tout ce qui se rapporte au corps de tous les membres de la société (société civile, clergé,etc). Ce n’est qu’à partir de 1977 que la mode apparaît dans le nom du musée.

Le vêtement relique ou relique de contact

La première grande salle est à mon sens la plus touchante. Elle présente des pièces anciennes voir très anciennes, mais toute la magie de l’expo réside dans son sens du détail. Chaque vêtement ou accessoire a le droit à une description et un cartel fourni qui justifie sa présence dans cette sélection.

 

Par exemple la petite garde-robe de Louis XVII pourrait sembler anecdotique : deux costumes et une fine chemise. Mais l’intelligence du propos est de montrer au visiteur un portrait de l’enfant avec la même chemise, d’expliquer pourquoi le tissu est de moindre qualité et la forme si caractéristique de la mode de l’époque. Par tous ces détails le vêtement reprend vie et raconte une histoire. Le détail de la minuscule couronne brodée devient un symbole dérisoire de la vie de l’enfant.

Habit, gilet et pantalon ayant appartenu à Louis XVII, Louis Charles de France, duc de Normandie (1785-1795), vers 1792 Toile de coton rayée beige-marron ; boutons de bois recouverts de tissu Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Habit, gilet et pantalon ayant appartenu à Louis XVII, Louis Charles de France, duc de Normandie (1785-1795), vers 1792
Toile de coton rayée beige-marron ; boutons de bois recouverts de tissu
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Couronne au point de croix, chemise de Louis XVII. © De fil en archive

Couronne au point de croix, chemise de Louis XVII.
© De fil en archive

J’ai pris cet exemple touchant, mais chaque cartel raconte une histoire différente : la matière, le tissage, la teinture sont autant de détails qui permettent de comprendre comme dans une enquête que sous un gilet en maille d’apparence presque anodine se cache le raffinement de Condorcet. Ou qu’une ombrelle à tête de grue est en fait un « En cas » c’est à dire une ombrelle sans décor pour qu’elle puisse aussi protéger de la pluie…

Gilet tricoté ayant appartenu à Condorcet (1743-1794). Ce gilet à la simplicité trompeuse est en fait un tricotage qui montre les progrès de la maille à la fin du XVIIIe siècle. © De fil en archive

Gilet tricoté ayant appartenu à Condorcet (1743-1794). Ce gilet à la simplicité trompeuse est en fait un tricotage qui montre les progrès de la maille à la fin du XVIIIe siècle. © De fil en archive

Les robes de l’épouse du docteur Gachet, préservées telles qu’au jour de ses noces, la canne de Jacques Doucet, le magnifique costume brodé du Prince de Ligne qui aimait les jardins au point des les porter sur lui, cet inventaire à la Prévert est vraiment attachant.

Robes portées par Madame Gachet lors de ses noces avec le Docteur Gachet, 1868 Robe de mariée  : faille de soie ivoire Robe de lendemain de noces : faille de soie gris parme Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Robes portées par Madame Gachet lors de ses noces avec le Docteur Gachet, 1868 Robe de mariée  : faille de soie ivoire
Robe de lendemain de noces : faille de soie gris parme
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Gilet d’homme ayant appartenu à Claude-Lamoral II, prince de Ligne et du Saint Empire (1685-1766), Collection Palais Galliera© Pierre Antoine

Gilet d’homme ayant appartenu à Claude-Lamoral II, prince de Ligne et du Saint Empire (1685-1766), Collection Palais Galliera© Pierre Antoine

 

Faire cohabiter le sublime et le quotidien

Un des aspects qui m’a beaucoup plu dans cette exposition est le parti pris de présenter en même temps que ces pièces d’exception les vêtements ordinaires ou codifiés de la société.

Les lourdes jupes amples en gros lainage ou cette veste recoupée dans un surgé de laine bleu mal teint présentent ces habits usuels qui sont modelés par l’usage et en deviennent universels. Ce sont ces pièces qui forment un fil conducteur avec la salle suivante, celle des clientes haute-couture. Elles cohabitent avec les tabliers de jardiniers ou de bonnes.

 

© De fil en archive

© De fil en archive

Ensemble de vêtements quotidien © Pierre Antoine

Ensemble de vêtements quotidien
© Pierre Antoine

© De fil en archive

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Garde-robes particulières

Les pièces qui arrivent jusqu’au musée sont bien souvent données ou vendues par les clientes elles-mêmes ou leur famille.

Cette section regorge de robes et accessoires regroupés pour évoquer les couturiers et leurs fidèles. L’idée est de redonner vie au vestiaire d’une cliente, son style qui finit par faire corps avec la vision du couturier. Mitzah Bricard et Christian Dior ou Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy. Si l’on y voit de très belles pièces, on est parfois un peu perdu par l’organisation. Là encore j’ai beaucoup apprécié l’évocation des femmes qui se vêtissent chez les couturiers : tempéraments de ces femmes libres comme Daisy Fellowes ou bien sur la duchesse de Windsor. Les artifices pour être élégante en toute circonstance sont assez amusant, en particulier le chapeau d’équitation en forme de canotier avec monocle intégré.

Incroyable carnet de commande d'une première d'atelier chez Christian Dior © De fil en archive

Incroyable carnet de commande d’une première d’atelier chez Christian Dior © De fil en archive

 

 Bottines de chez Hellstren & Sons en cuir camel, lacet de soie, ayant apprtenues à Daisy Fellowes (1890-1962) connue pour sa grande beauté et journaliste au Harper's Bazaar © De fil en archive

Bottines de chez Hellstren & Sons en cuir camel, lacet de soie, Daisy Fellowes (1890-1962) connue pour sa grande beauté et journaliste au Harper’s Bazaar © De fil en archive

Givenchy, robe en deux parties portée par Audrey Hepburn (1929-1993), 1966 Lainage ivoire Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Givenchy, robe en deux parties portée par Audrey Hepburn (1929-1993), 1966 Lainage ivoire
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Les demi-mondaines et les actrices

Cette courte section présentée dans le magnifique meuble vitrine, utilisé précédemment, est là aussi très impressionnante. Il montre que les actrices portent facilement en ville des pièces d’abord destinées à la scène et surtout qu’elles se créent souvent leur propre mode. Les chaussures en croco vert de Sacha Guitry , la robe en plumes bleues de Mistinguette ou la jaquette d’amazone de Cléo de Mérode (malheureusement moins mise en valeur) sont très parlantes sur leur indépendance. Elles font la mode et lancent les tendances.

H. J. Nicoll (Londres et Paris), jaquette d'amazone de Cléo de Mérode (Cléopâtre-Diane de Mérode, dite, 1875-1966), vers 1896-1898 Sergé de laine noir Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

H. J. Nicoll (Londres et Paris), jaquette d’amazone de Cléo de Mérode (Cléopâtre-Diane de Mérode, dite, 1875-1966), vers 1896-1898
Sergé de laine noir
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Chapeaux © de fil en archive

Chapeaux © de fil en archive

Les muses

Là encore une bonne idée, le témoignage écrit au travers de vêtements des inspiratrices. Jean Charles de Castelbajac, Adeline André et Elli Medeiros restent mes préférés (Vous vous souvenez de « Toi, mon toit »? voici le clip) . La chanteuse raconte comment elle a porté les robes présentées et quelle joie elle a eue à le faire.

Robes d'Elli Medeiros de Jean-Charles de Castelbajac et Adeline André (la rouge). Portées à l'occasion du clip de Toi toi mon toit. © de fil en archive

Robes d’Elli Medeiros de Jean-Charles de Castelbajac et Adeline André (la rouge). Portées à l’occasion du clip de Toi toi mon toit. © de fil en archive

 

La dernière partie montre des vêtements de défilés qui n’ont été portés qu’une fois, qui ne sont pas aussi incarnés mais qui retranscrivent au plus près l’idée originelle du créateur. Ces prototypes aussi ont droit à leur anecdote. La robe de Yohji Yamamoto en toile est d’une délicatesse incroyable.

 

Seule la scénographie m’a laissée sur ma faim. La volonté de renouer avec un accrochage XIXe en accord avec le lieu est un peu déroutante, les coffrages hauts, les mannequins sur des pieds surdimensionnés sont des effets originaux mais rendent moins lisible le propos.

© Pierre Antoine

© Pierre Antoine

 

Anatomie d’une collection Palais Galliera, jusqu’au 23 Octobre 2016

 

 

 

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La garde-robe de la comtesse Greffullhe

Posté le 04 déc. 2015 dans 04 déc. 2015 dans Billets

La garde-robe de la comtesse Greffullhe

La nouvelle exposition du musée Galliera remonte le temps pour présenter un don majeur de ses collections, celui des vêtements ayant appartenu à la comtesse Greffulhe. S’il n’est pas forcément évident d’intéresser le public à la mode de la fin du siècle dernier, il faut vraiment courir voir cette très belle exposition tant pour ses œuvres que pour sa scénographie.

Mais qui est la comtesse Greffullhe ?

La comtesse Greffulhe, Élisabeth de Caraman-Chimay, est née en 1860 et meurt en 1952. Nièce de Robert de Montesquiou, passée à la postérité sous la plume de Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu, la comtesse prête ses traits à la duchesse de Guermantes. Elle épouse le comte Henry Greffulhe et devient une figure emblématique par sa richesse, sa beauté et ses actions en matière de vie culturelle et intellectuelle. Grand mécène pour la musique et les ballets russes, elle soutient aussi le capitaine Dreyfus et se passionne pour la science et en particulier Marie Curie. La comtesse Greffulhe est très éclectique, et sa garde-robe est à la hauteur de sa personnalité.

Illustrations d’Aurore de la Morinerie © Aurore de la Morinerie

Illustrations d’Aurore de la Morinerie
© Aurore de la Morinerie

 

 

L’ exposition

La première salle choisit de présenter la comtesse par petites touches pour la rendre vivante. Une série de dessins contemporains, deux films d’époque où elle pose sur une terrasse, et cette jeune femme n’est plus abstraite. La scénographie (de Béatrice Abonyi) joue sur les faux semblants en utilisant des éléments qui évoquent la scène : des tréteaux, des caisses en trompe-l’œil qui ménagent des coulisses et qui reprennent le style très Napoléon III des boiseries noires et des murs au coloris brique. Ce système de boîte est utilisé notamment pour une somptueuse robe à traîne. Comme souvent à Galliera, les vitrines ont disparu et abolissent la distance avec le spectateur.

zibelinebroderie

Robe aux broderies byzantines et zibeline Worth © Pierre Antoine

Worth

 

Ce qui est frappant c’est l’évolution de son style. Les premières robes, très fortes, sont longues, taille fine et manches gigots, souvent vieux rose ou vert cru. Mais les tissus sont somptueux : velours ciselé pour une robe d’après-midi de Worth, broderies byzantines et bordure de zibeline (toujours Worth), réemploi d’un cadeau russe (un khalat) pour créer une cape d’apparat (qui sera retransformée huit ans plus tard pour suivre la mode). Elles démentent l’allure stricte de ce genre de forme. Elles montrent aussi une perfection du détail, un goût pour les motifs floraux et géométriques.

Tea-gown en velours ciselé et Khalat transformé par Worth © Pierre Antoine

Tea gown en velours ciselé et Khalat transformé cd Worth © Pierre Antoine

 

 Détail de Khalat -Worth© De fil en archive

Détail de Khalat -Worth© De fil en archive

 

 

Japonisme

Une autre tendance dans cette somptueuse garde-robe, c’est le goût pour les kimonos et autres vêtements d’influence orientale. Vers 1910, la maison Vitaldi Babani importe des soieries et des pièces traditionnelles et diffuse aussi le style de Mario Fortuny. Elle crée plus tard ces propres modèles à partir de ces influences croisées. Une robe de l’exposition est d’ailleurs inspirée du célèbre châle blanc Cnossos.

Manteau du soir. Lamé or ; broderies de paillettes, de tubes bleus, et de perles bleues. Lacet de fils métalliques. Vers 1925. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

Manteau du soir. Lamé or ; broderies de paillettes, de tubes bleus, et de perles bleues. Lacet de fils métalliques. Vers 1925. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

 

Graphisme et robes brodées

Un autre espace est consacré aux robes du soir dans un esprit très contemporain. Les robes noires et blanches souvent de Jeanne Lanvin pourraient très facilement être adaptées à notre époque. Un manteau de soie, de la couturière orné d’un motif de briques est particulièrement moderne. On retrouve là encore les influences byzantines, égyptiennes (hiéroglyphes) qui sont dans l’air du temps. Les vêtements sont accompagnés de pièces d’archives : factures du trousseau de la comtesse, écrits personnels, comme ce texte très surprenant qui explique dans le détail ce que devra être sa tenue mortuaire : un contrôle total de son apparence jusqu’à sa mort et un goût certain de la mise en scène.

 © Pierre Antoine

© Pierre Antoine

 

Des accessoires d’exception

 

Une salle entière est consacrée aux souliers, éventails, chapeaux, épingles à cheveux,   ainsi qu’aux accessoires de son époux. Un meuble à vitrines et tiroirs ouverts, donne l’impression de rentrer dans le dressing du couple, tout en protégeant ces accessoires fragiles.

 © Pierre Antoine

© Pierre Antoine

 

La photographie, une autre passion

Elle s’initie à la photographie dès 1883 et posera régulièrement dans le studio de Nadar (la référence artistique est primordial) mais aussi dans celui d’Otto Wegener, d’origine suédoise, qui ouvre son atelier place de la Madeleine en 1883 et attire une clientèle élégante issue de la haute société. La comtesse, qui s’aime beaucoup, diffuse ses portraits à ses proches et les accrochent aussi dans ses maisons. La série d’Otto est très vaporeuse et montrent la comtesse portant certaines des robes de l’exposition : la robe exposée dans un nuage de papier de soie, ainsi que la fameuse cape russe.

La meilleure idée de l’exposition est d’avoir diffusée particulièrement dans cette salle de la musique correspondant à l’époque. Ce petit plus permet au spectateur de se laisser envahir par les photos et  l’atmosphère romantique.

 © Pierre Antoine

© Pierre Antoine

Photographie de Otto, la comtesse Greffulhe dans une robe de bal, vers 1887 © Otto / Galliera / Roger-Viollet

Photographie de Otto, la comtesse Greffulhe dans une robe de bal, vers 1887 © Otto / Galliera / Roger-Viollet

L’exposition se termine en apothéose avec la robe aux lys de Worth. Elle présente une coupe « princesse », sans couture à la taille, inhabituelle pour l’époque, mettant en valeur la minceur de celle qui la portait. La berthe, sorte de col, qui pouvait se replier en ailes de chauve-souris constitue une allusion à l’animal tutélaire de son oncle Robert de Montesquiou, tandis que le motif de fleurs de lys fait référence au poème que ce dernier avait composé en l’honneur de la comtesse.

 

Je suis sortie de cette exposition en ayant l’impression d’avoir passé une heure dans une bulle de beauté. Ça n’est jamais désagréable et encore plus en ce moment !

Palais Galliera  Jusqu’au 20 mars 2016 puis Museum du FIT de New York en septembre 2016.

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Des idées d’expo pour les enfants : dinosaures, lumière et licorne

Posté le 28 oct. 2015 dans 28 oct. 2015 dans Billets

Des idées d’expo pour les enfants : dinosaures, lumière et licorne

Dans la série le mercredi c’est permis, j’ai emmené mes testeurs de 7 et 10 ans voir la nouvelle expo Autour des dinosaures, un voyage du Jurassique au Crétacé.

Ce qui est particulièrement intéressant ici et qui tend à se généraliser c’est que le visiteur quitte son rôle de spectateur. Il est sollicité pour entrer dans le vif du sujet. La frise chronologique en entrant permet déjà de situer correctement la période des dinosaures et de voir notre place à nous, petits humains, présents depuis si peu de temps à l’échelle de la vie sur terre. En face de cette frise, on découvre une empreinte à trois doigts, immense et qui laisse présager de la taille de l’animal dans sa globalité (un T.rex). Une carapace de tortue, un tronc fossilisé et une tête de crocodile, illustrent aussi très bien une faune et une flore riche. Au Jurassique la végétation n’était pas très différente de la nôtre…

L’exposition s’articule en grandes plages temporelles qui s’appuie sur la biodiversité sous-marine, la faune terrestre ; les plantes et animaux du Crétacé.

La scénographie

La démarche de l’exposition est vraiment de faire réagir les enfants et les adultes qui viennent ici. Les cartels sont grands, clairs, pas besoin de chercher les petits nombres avec difficulté. Les vitrines sont variées et posent des questions qui permettent de se placer dans la posture d’un scientifique. Les ammonites (qui existaient déjà 150 millions d’années avant les dinosaures) sont examinées à la loupe pour comprendre leur forme spiralée (ou pas). Les ophiures, et les crinoïdes livrent leurs secrets grâce à l’observation des fossiles.

 Ce questionnement est le même pour les oiseaux et leurs ancêtres ainsi que les poissons avec de vrais exemples et des dessins explicatifs.

Vitrine des ammonites  ©De fil en archive

Vitrine des ammonites
©De fil en archive

 

Coup de cœur : les animatronics

Même si les squelettes, les dessins, les films même, peuplent notre imaginaire sur les dinosaures, un rêve fou serait de pouvoir se téléporter au crétacé pour les observer en action. Le Palais de la découverte ne recule devant aucun sacrifice et fait jouer Retour vers le futur au temps des dinos !

®N Breton

®N Breton

Pas moins de 7 scènes sont mises en placent avec entre autre un Tarbosaurus un carnivore très semblable au T-tex, qui vivait en Mongolie et en Chine ou encore un Camarasaurus qui vivait aux alentours de 155 millions d’années en Amérique du nord et au Portugal. Se nourrissant de fougères et de conifères il est plus haut qu’une girafe.

Camarasaurus animatronic ©De fil en archive

Camarasaurus animatronic
©De fil en archive

 

A la fin de l’exposition 4 tables écrans permettent aux visiteurs de voir s’ils ont retenu certaines informations sous forme d’un quizz et d’une recherche archéologique virtuelle. Si l’intention y est, le dispositif est un peu décevant. Disponible en français et en anglais, les enfants et leurs parents avaient du mal à saisir le fonctionnement : taper, toucher, balayer comme sur un smartphone ? A revoir peut être…

L’expo est en tous les cas est passionnante et la taille parfaite si on décide de lire et de prendre le temps de s’imprégner. A noter que le livre édité pour l’exposition n’est pas cher (moins de 10 euros) et récapitule les étapes de l’exposition.

XYZT © De fil en archive

XYZT © De fil en archive

XYZT : joue avec la lumière

Changement d’univers, on retrouve ici tout le plaisir que l’on peut ressortir dans les expositions interactives du Palais de la découverte ou de la Villette. Deux niveaux de lecture : le propos scientifique et le plaisir de voir la lumière bouger, s’animer grâce aux mouvements, au souffle. Immersion totale dont les enfants ne se lassent pas.

XYZT © De fil en archive

XYZT © De fil en archive

XYZT © De fil en archive

XYZT © De fil en archive

® M.A. Tondu

® M.A. Tondu

La dame à la licorne se décline en BD

Au musée de Cluny, la célèbre Dame à la licorne devient le sujet d’étude de 16 étudiants en bande dessinée de l’école Estienne. Quelques unes de leurs planches sont exposées dans 3 salles du musée. Différences de style, de scenarii, on a affaire à des imaginaires très personnels et variés du romantique au trash. Si l’idée est intéressante, la scénographie est un peu pauvre (sauf pour la première salle de présentation). Il aurait été intéressant d’avoir à disposition dans les salles le livre final pour le plaisir lire le recueil achevé. Le livre est néanmoins disponible à la librairie. Une bonne idée si vous voulez emmener des ados récalcitrants au musée du Moyen-Age. C’est aussi l’occasion de savourer la salle des des vitraux  au coeur de la scénographie.

Le concours des 3 lunes d'argent - Henri LEMAHIEU (extrait du site du musée de Cluny)

Le concours des 3 lunes d’argent – Henri LEMAHIEU
(extrait du site du musée de Cluny)

 

Palais de la découverte pour  Autour des dinosaures  jusqu’au 16 Août 2016 et XYZT, jouer avec la lumière jusqu’au 3 janvier 2016

Musée national du Moyen-Age pour La dame à la licorne revisitée par 16 étudiants de l’école Estienne jusqu’au 29 février 2016

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Révélation au Grand Palais : catalyseur de talents

Posté le 06 oct. 2015 dans 06 oct. 2015 dans Billets

Révélation au Grand Palais : catalyseur de talents

La deuxième édition de ce salon consacré aux métiers d’art s’est tenue à Paris du 10 au 13 septembre. Des entreprises au savoir-faire ancien ou modernisé ont pu présenter leurs œuvres et leurs services.

Conjointement une exposition de créateurs coréens sélectionnés par la Korean craft & design foundation était mise en valeur. La Corée du sud (dont c’est l’année en France) est réputée pour l’excellence de ses métiers d’art.

Difficile de décrire le plaisir procuré par cette manifestation : la nef du Grand Palais sous le soleil et des stands plus beaux les uns que les autres. Céramique, textile, bronzier, joaillier… La liste est longue des spécialités présentes. Plutôt que de dérouler un inventaire à la Prévert long et un peu soporifique, j’ai préféré me concentrer sur le portrait de quelques entreprises ou personnalités qui m’ont touchée par leur esthétique et leur savoir-faire.

Nef du Grand Palais, salon Révélations © De fil en archive

Nef du Grand Palais, salon Révélations
© De fil en archive

La pièce coréenne qui m’a le plus impressionnée est celle de Jaehyo Lee. Douce au toucher, elle est très antinomique car constituée de troncs de pins polis au millimètre.

Jaehyo Lee, salon Révélations  @De fil en archive

Jaehyo Lee, salon Révélations @De fil en archive

Place au cuir !

 

Sur le grand stand consacré aux métiers du cuir, on pouvait admirer quelques réalisations en matière de gants et de souliers : Perugia, Roger Vivier, etc. Ce qui était plus inhabituel c’était de voir les formes pour couper les gants, les différentes textures de cuir, la gamme des couleurs.

Peau et gants ©De fil en archive

Peau et gants
©De fil en archive

 Forme de coupe de gant ©De fil en archive

Forme de coupe de gant ©De fil en archive

Qui dit cuir dit aussi chaussure dit ici bottier. Hervé SALABERT est meilleur ouvrier du France. Avec gentillesse et pédagogie il a présenté son travail pendant le salon expliquant le patient travail de la mesure. Pour une paire de soulier sur-mesure, on commence par travailler sur la toile d’essayage (cuir moins noble que le cœur de la peau, utilisé pour le montage final). Pour vérifier que la forme est confortable, la toile est ouverte à différents endroits pour vérifier le confort du chaussant. Une paire de soulier sur mesure (à l’atelier John Lobb) nécessite 40 à 50 heures de travail, ce qui explique le prix. Il faut savoir qu’une paire fabriquée de cette manière peut être réparée au moins 7 fois et peut vivre 30 ans au pied de son propriétaire.

©De fil en archive

©De fil en archive

Une anecdote touchante est celle d’un jeune homme qui est venu le voir avec la paire de soulier de son grand-père. Son vœu étant de pouvoir les porter le jour de son mariage. Cette paire avait été remarquablement entretenue et les morphologies étaient très proches. Les chaussures ont été remontées pour être remises en forme et le souhait du jeune homme a été exaucé : un bel exemple de transmission !

Le bottier MOF Hervé SALABERT   ©De fil en archive

Le bottier MOF Hervé SALABERT ©De fil en archive

Ce qu’explique ce bottier c’est aussi la complémentarité des profils de l’atelier : mesure, forme, patronage, coupe, piqûre… Chacun a sa spécificité.

Le renouveau du papier peint

 

L’atelier d’Offard est une entreprise familiale crée par François-Xavier Richard, artisan d’art et créateur de papiers peints à la planche, qui a remis au goût du jour les techniques d’impression au tampon du XVIIIe et XIXe siècle. Nouveaux outils, modernisation des techniques, mais au service de la modernité. Cette entreprise maîtrise des savoir-faires traditionnels comme la tontisse ou le gaufrage. Il faut voir de visu ces feuilles peintes, tamponnées, qui offrent un répertoire incroyable de motifs et d’effets. Difficile de ne pas penser à l’impression sur étoffe et ses tampons (Musée de l’impression sur étoffe de Mulhouse) qui part du même concept.

La tontisse consiste à appliquer sur une feuille (préalablement peinte) de la colle et de la poudre de soie ou de laine. L’effet est d’une délicatesse absolue. Cette technique a été utilisée pour une œuvre spécialement présentée pour le salon et réalisée avec la maison d’édition Of XXI, éditeur d’espaces, jeune maison d’édition, invente de nouvelles approches autour de l’espace mural. La collaboration entre Of XXI et l’Atelier d’Offard donne naissance à l’oeuvre «Les Zones Inexplorées», un panoramique imprimé à la planche en 9 couleurs de tontisses (flocage) dans le respect du savoir-faire ancestral des grandes manufactures. Pour ce projet , la maison d’édition interroge le matériau «papier-peint» comme vecteur privilégié des langages.

Les Zones Inexplorées © Atelier d'Offard

Les Zones Inexplorées
© Atelier d’Offard

Les Zones Inexplorées © Atelier d'Offard

Les Zones Inexplorées
© Atelier d’Offard

Capable de s’adapter à des visions graphiques comme Dandelion d’Emmanuel Bossuet, réalisation des papiers dominotés gaufrés pour la galerie Armel Soyer à Paris ou au contraire à des pièces historiques comme le panneau réalisé pour l’exposition Sienne du musée des Beaux Arts de Rouen.

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Dandelion, atelier d’Offard Ph. Gilles Pernet / courtesy galerie Armel Soyer

Dandelion Emmanuel Bossuet, atelier d'Offard Ph. Gilles Pernet / courtesy galerie Armel Soyer

Dandelion Emmanuel Bossuet, atelier d’Offard Ph. Gilles Pernet / courtesy galerie Armel Soyer

D’autres métiers d’arts à découvrir bientôt…

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Des expo de mode pas parisiennes (partie 1) : Balenciaga magicien de la dentelle

Posté le 23 juin 2015 dans 23 juin 2015 dans Billets

Des expo de mode pas parisiennes (partie 1) : Balenciaga magicien de la dentelle

Pas de revue d’expo cette fois-ci, parce que je n’ai pas encore eu l’occasion de la voir. Cependant le sujet et le lieu sont attrayants. La cité de la dentelle à Calais est ouverte depuis 5 ans dans une ancienne usine et se fait force de présenter à la fois le savoir-faire intrinsèque de la région et les innovations actuelles. Loin d’être anecdotique ce thème transversal permet de comprendre que Balenciaga a utilisé cette technique sous toutes ses formes tout au long de ses années de création

Catherine Join-Diéterle, commissaire de l’exposition est intervenue lors d’une session du séminaire de l’histoire de la mode pour expliquer les dessous de l’exposition ainsi que ses choix thématiques et scénographiques. Elle a travaillé en collaboration avec Hubert de Givenchy pour la cohésion de l’ensemble. L’écouter est un pur régal, car loin de sacraliser le rôle du conservateur, elle permet de comprendre par quelles étapes, quelles interrogations elle est passée pour construire son propos. Trouver les bonnes pièces, croiser les prêteurs pour avoir un propos cohérent qui rende le vrai travail du couturier…

Faire aussi parfois avec ce qui existe encore ou ce qu’il faut recréer sans trahir l’esprit de la maison. L’équilibre est subtil, mais son enthousiasme est tel qu’il donne vraiment envie de se précipiter à Calais.

Catherine Join-Diéterle au séminaire de l’histoire de la mode  © De fil en archive

Catherine Join-Diéterle au séminaire de l’histoire de la mode © De fil en archive

Pour introduire le goût de Balenciaga pour la dentelle, les premières pièces proposées datent de sa période espagnole : robe en tulle avec un plissé en diagonales inversées par exemple. On retrouve à la fois l’influence de Jeanne Lanvin et de Madeleine Vionnet. Il assimile rapidement ce qui se fait à Paris.

Cristóbal Balenciaga, détail de robe du soir courte en taffetas et tulle, vers 1927 © Manuel Outumuro / Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

Cristóbal Balenciaga, détail de robe du soir courte en taffetas et tulle, vers 1927
© Manuel Outumuro / Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

Dans cette période précise, on retrouve bon nombre de détails liés à sa culture hispanique, une manche historicisante avec de petites pinces, une robe gitane griffée EISA (du nom de famille de sa mère).

Pour bien comprendre et faire comprendre le poids des conventions liées à l’habillement pour la femme de cette époque, l’exposition présente des exemples de tenues : tailleur, robe d’après-midi, robe de cocktail, robe du soir courte, robe du soir longue, robe de mariage… Toute la virtuosité du couturier consiste à bousculer les conventions en inventant des artifices pour les faire évoluer.

Cristóbal Balenciaga, robe de grand soir en dentelle de Dognin, 1951 Griffe BALENCIAGA (Paris) © Henry Clarke/Corbis

Cristóbal Balenciaga, robe de grand soir en dentelle de Dognin, 1951 Griffe BALENCIAGA (Paris) © Henry Clarke/Corbis

 

La dentelle

Si la dentelle est présente aujourd’hui à toute heure du jour, il n’en va pas de même dans les années 50. Balenciaga aime véritablement innover et jouer avec la matière. La guipure (dentelle dont on a enlevé le fond) fait un compromis pour égayer une robe d’après-midi. En s’inspirant de la technique utilisée sur un bavoir (et conservé aux archives Balenciaga) il utilise la technique du créponné, à partir de l’entre-deux de Valenciennes. Il le reprend périodiquement. Le rendu est assez lourd, un peu comme des chenilles.

La technique l’amuse et certaines robes s’ornent d’énormes motifs de passementerie qui ressemblent au style de dentelles qu’il voyait dans son enfance, assez baroques et inspirée de l’architecture palatiale. Cette inspiration espagnole est récurrente, il aime orner ses modèles de mantilles de dentelle. L’influence du peintre Goya n’est jamais très loin. C’est le cas par exemple avec une robe à taille basculée avec son étole cousue.

Cocktail ? vite une robe !

Une section entière de l’exposition est consacrée aux robes de cocktail. Le principe est une robe avec un manteau que l’on ouvrait mais que l’on ne quittait pas. L’idée était de transformer une tenue en deux. Par exemple une robe de satin blanc était portée avec un manteau en dentelle fermé par de petits rubans. Certaines tenues sont plus inhabituelles aujourd’hui comme une tunique qui pouvait se porter avec une jupe ou droite ou un panty.

Cristóbal-Balenciaga-manteau-et-robe-de-cocktail-en-dentelle-Chantilly-1953_Photo-de-dépôt-de-modèle-©-Photo-et-modèle-conservés-dans-les-Archives-Balenciaga-Paris

Cristóbal Balenciaga, manteau et robe de cocktail en dentelle de Marescot, mannequin Tania, 1963 Photo de dépôt de modèle avec échantillon © Photo et modèle conservés dans les Archives Balenciaga, Paris

La couleur n’était pas en reste car le couturier aime la couleur. Vert olive mais aussi or et chocolat ou violet. Une autre particularité est la dentelle peinte. C’est le cas sur la spectaculaire robe de 1953 brodée par Lesage. Le fond est peint à la main et brodé de petits rubans. Le raffinement de la robe est aussi dans les détails de coupe : décolleté en cœur et dos en pointe.

Cristóbal Balenciaga, robe de cocktail en dentelle peinte et brodée, 1953 © Henry Clarke/Corbis Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais Collection Cité de la dentelle et de la mode, Calais

Cristóbal Balenciaga, robe de cocktail en dentelle peinte et brodée, 1953 © Henry Clarke/Corbis
Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais Collection Cité de la dentelle et de la mode, Calais

Cette section présente aussi des formes chères au créateur : forme droite, très caractéristique de son style, forme babydoll, au style très féminin ou encore robes bustiers.

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

Les robes noires font l’objet d’un thème particulier. Pour les mettre en valeur, Catherine Join-Diéterle a paré les mannequins de gants, bouts de pieds et coiffures.

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

© Fred Collier, cité de la dentelle, Calais

Cristóbal Balenciaga, robe et manteau de cocktail en dentelle noire, ceinture corselet rose, 1951 © Henry Clarke/Corbis 10 Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais

Cristóbal Balenciaga, robe et manteau de cocktail en dentelle noire,
ceinture corselet rose, 1951 © Henry Clarke/Corbis
10 Modèle conservé à la Cité de la dentelle et de la mode, Calais

 

Connaissez-vous l’ancêtre du snood (mais si vous le connaissez, c’est le chouchou de l’hiver) ? C’est le tube ! Pour délivrer les femmes des contraintes de l’étole à tenir en plus de leur sac, Balenciaga la coud. Ce détail est à la fois très élégant et permet de dissimuler gracieusement les zones de peau qui vieillissent mal (cou et bras).

Certains accessoires complètent la tenue, comme des manches amovibles transparentes. Elles permettent de varier les effets. Pour mettre en valeur la beauté des détails, l’éclairage choisi illumine le dessous des robes.

Une dernière section est consacrée à des pièces exceptionnelles, souvent rebrodées. Le ruban de crin, permet d’obtenir du volume, certains modèles sont entièrement brodés de paille ou de jais synthétique moins fragile que l’original.

L’incroyable boléro de 1962, rebrodé par Lesage appartenait à la comtesse von Bismarck. Les broderies représentent des raisins et des feuilles de vigne, des grappes de raisin en fils de soie, chenille, strass, canetille, laminettes, tubes, fils d’or, paillettes et pierreries.

Cristóbal Balenciaga, boléro du soir brodé par Lesage, 1959 © Manuel Outumuro Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

Cristóbal Balenciaga, boléro du soir brodé par Lesage, 1959 © Manuel Outumuro
Modèle conservé à la Fundación Cristóbal Balenciaga Fundazioa, Getaria, Espagne

La broderie aussi raffinée que délicate fait de cet ensemble une sorte de vêtement-bijou, de coupe très sobre : il est sans col, fermé bord à bord et à manches longues. La princesse Grace de Monaco possédait un boléro équivalent.

Plus de 70 pièces sont à découvrir à Calais pour comprendre l’interaction du couturier avec cette technique. Pour faciliter la compréhension des modèles, sont présentées tout au long de l’exposition à côté des cartels quelques photographies de dépôts de modèle parfois avec leurs échantillons de tissu ou de broderies. Avec soixante- quinze tenues, complétées d’accessoires, d’échantillons, de photographies, de dessins originaux, cette exposition offre un panorama de la création du couturier espagnol et permet aux visiteurs de retrouver l’élégance des deux décennies postérieures à la Seconde Guerre mondiale.

Balenciaga, magicien de la dentelle

Cité de la dentelle de Calais, jusqu’au 31 Août 2015

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Mettre en lumière le patrimoine unique des marques de luxe : des trésors à redécouvrir