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Neyret le mystère de la photo

Posted the 14 Oct 2020 in 14 Oct 2020 in Billets

Neyret le mystère de la photo
Photo De fil en archive aux Puces du Moulin, Neaufles Saint Martin

Chiner aux Puces du Moulin permet souvent de jolies découvertes. La dernière en date est un cadre en cuir blanc abritant une photo en noir et blanc d’une femme vêtue d’une robe à jupe plissée soulignée de nervures claires et un haut à double boutonnage. Au-dessus l’inscription Neyret et en dessous le logo de la marque dans un losange rouge.

Neyret est pour moi une référence au fond de la boutique de mes arrière-grands-parents à Crèvecœur-le-Grand : Nouveautés, postiches, activité de modiste et vêtements de deuil. Neyret, ce sont aussi des piles de gants crème, beurre frais, à trous, en cuir, en coton, en résille conservés religieusement dans les sous-pentes familiales. En revanche il n’a jamais été question de vêtements dans la mémoire de ma grand-mère.

Publicité circa 1950

Quelques recherches me permettent de découvrir des publicités graphiques pour les fameux gants. Typographie art déco, mouvements nonchalants de la main ou gant posés en fleurs sont les signes d’une élégance assez éloignée du gant en latex de protection. Le gant fait partie de la silhouette au même titre que le chapeau. Beaucoup de ganterie dans la presse mais quasiment pas de vêtements. En revanche quelques parutions pour des nuisettes apparaissent épisodiquement.

NEYRET “Le Sous-Vêtement favori de l’élégante” : Panonceau de style Art-Déco signé RAP (Armand Rapeno (XIX-XX). Editions Planès à Paris. Pochoir. 30 x 50cm. 

Neyret Paris a aussi commercialisé des sous-vêtements et une ligne sport. Le Victoria & Albert Museum possède un maillot de bain très intéressant en jersey de 1937. Neyret était alors vendu à Londres.   

Une seule mention de robes en jersey dans les années 60. J’essaie alors de remonter l’historique de la société.

Des rubans mais pas de gants 

Mes recherches sur Neyret m’indiquent que c’est une société qui existe encore à St Etienne. Fondée en 1828, elle a négocié avec succès les révolutions technologiques et les demandes du marché de la mode. Rubans, mais aussi rubans personnalisés, étiquettes griffe des vêtements, packaging sur mesure pour des produits de luxe, les secteurs d’activités sont pointus et performants. Au cœur de l’actualité, Neyret a aussi créé un site dédié pour des masques grand-public. Renseignements pris, les gants et le prêt à porter n’ont jamais fait partie des activités de cette entreprise, retour à la case départ.

Autre piste et cette fois-ci des cartes postales oubliées alignent les ouvrières d’une usine de gants à Céton dans l’Orne. Des écrits de la fin du XIXe siècle et unemonographie étayée relatent le développement de cette industrie dans cette ville touchée par la crise du textile en 1846 qui fabriquait à l’origine “(…) des étoffes de laine appelées droguets, serges d’Agen et étamines. Ces dernières, avant 1789, se vendaient aux maisons religieuses des environs”. *

Carte postale de l’usine Neyret à Céton dans l’Orne

L’entreprise Neyret s’implante en 1858, à Céton et ouvre une usine de ganterie. Une partie du travail se fait à domicile et le paiement est effectué à la pièce. En 1955 la société emploie encore 10% de la population du bourg et des documents mentionnent l’industrie du gant et des sous-vêtements. 

Les gants sont réputés et les publicités s’exposent au fil des décennies. Toujours pas de mention de vêtements, mais de la lingerie ! De fil en aiguille, j’apprends que Maison Neyret SA est une entreprise parisienne domiciliée 17 rue D’Uzès dans le 2e arrondissement. Un passionné de Citroën a même retrouvé le bail commercial de la société (Neyret était installé au-dessus de ce garage). Cet immeuble ancien, siège du groupe Le Moniteur, a depuis été détruit. La rue d’Uzès est mentionnée régulièrement sur les publicités pour les gants. 

Une publication de 1924 extraite de Ganterie : revue technique des industries du gant : organe de la ganterie française mentionne les grande qualité et finesse des gants ainsi que de la lingerie pour femme et enfants et tissage à Fleury sur Andelle dans l’Eure.  

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France 

Conclusion la société Neyret Paris a bien commercialisé des gants, de la lingerie, des vêtements et une ligne sport. Elle a fermé ses portes en 1971. A Ceton, l’usine a été transformée en maison de retraite. Renseignement pris, les marques Neyret gants et Neyret Paris ont été rachetées mais la raison sociale n’a pas été réactualisée et correspond à une boîte postale à la poste du Louvre. La prochaine fois que vous croiserez un article Neyret, vous saurez que cette marque a été synonyme de qualité et d’inventivité (Karl Lagerfeld a travaillé avec eux aussi), spécialiste du gant, du jersey avec un essai dans le prêt-à-porter.

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Déviations, la nouvelle édition du FITE Clermont-Ferrand

Posted the 01 Oct 2018 in 01 Oct 2018 in Billets

Déviations, la nouvelle édition du FITE Clermont-Ferrand

Si vous n’avez pas encore entendu parler du Festival International des Textiles extra-ordinaires, c’est le moment idéal. Il s’est tenu toute la semaine dernière à Clermont-Ferrand. Il est unique en son genre, car il n’existe pas d’autre manifestation de ce type consacrée au textile. Plusieurs expositions seront visibles jusqu’en octobre et en janvier.

 

Petit rappel 

 

Créé en 2012, il prend ses marques tous les deux ans en Auvergne avant de s’exporter l’année suivante dans un pays partenaire de l’évènement. Le thème de cette année est Déviation et le pays retenu pour 2019 est la Roumanie. Cette seconde version sera enrichie par des travaux en collaboration entre Clermont et les artistes roumains retenus toute cette année. Loin d’être une juxtaposition, il s’agit d’agrémenter ce deuxième volet.

 

Fonctionnement

 

Ce festival réunit des artistes, des créateurs textiles, des photographes et des collectifs locaux. Son point central est le musée Bargoin, avec une exposition qui lie objets patrimoniaux et créations contemporaines autour d’une réflexion bien articulée.

Mais le festival se diffuse aussi dans la ville pour toucher tous les publics : spécialistes et habitants. Il essaime à travers différents lieux : le conservatoire de musique avec des travaux sur les codes du wax et leur réinterprétation par les étudiants, avec les travaux conjoints de deux écoles d’art. Dans la chapelle de l’ancien hôpital général, l’ENSATT de Lyon, en conception costume, s’intéresse au détournement du corps, un travail sur la fragilité.

Wax Mark Zukerberg par Camille BARA

Dans la rue le collectif Outrage de dames avec Paule Kingleur et le Flax café ont fait naître des coraux sur les façades noires et blanches de la ville, des patchwork de laine autour des arbres, faisant de la ville une oeuvre gigantesque. Le résultat est très réussi, les couleurs vives mettant en valeur l’architecture de la ville.

Corail imaginaire Paule Kingleur et le collectif Outrages de dames

 

La forêt d’amour de Rieko Koga

 

Jusque début-octobre il est possible d’admirer, à Notre Dame du Port, l’oeuvre de cette artiste japonaise. Constituée d’une multitude de pétales allant du blanc en passant par différentes nuances d’indigo, elle occupe toute la nef avec légèreté. Amour et indigo se prononcent de la même manière en japonais, d’où le titre.

Forêt d’amour de Rieko Koga

 

L’exposition du musée Bargoin

 

C’est le clou du festival. Elle exploite le détournement aux travers d’oeuvres fortes autour du textile à travers 4 thèmes : la transgression, la circulation, la collision et la transcendance.

Une très courte sélection en image vous donnera une idée (même si on peut y passer beaucoup de temps tant le contenu et la scénographie sont intéressants).

Waxology

Masque de Damselfrau, liberté et métamorphose

Corail Artefact

 

La pièce phare  de l’exposition est celle de Jérémy Gobet. Cet artiste explique que pour un projet comme celui-ci il est primordial pour lui de s’intéresser à la matière et aux techniques locales pour les faire revivre. Il a travaillé avec la SCOP Fontanille. Cette usine de dentelle et de ruban, reprise par ses salariés, a su se renouveler (par exemple les genouillères de l’équipe de France). Il y a un vrai travail de continuité et d’innovation. Leur spécialité était le point d’esprit. Jérémy Gobet travaille conjointement sur l’art et la science. Il est parti de ce point de broderie pour le rapprocher du squelette du corail. Il a trouvé de nombreuses similitudes. Pour que le corail se fixe sur un support, celui-ci doit être biodégradable (le coton), souple et non opaque. Les machines de production ont été améliorées pour fabriquer des lés et non des bandes de dentelle comme c’était le cas avant. Corail artefact a aussi une dimension industrielle et scientifique car un brevet a été déposé. Quatre points de broderies sont maintenant utilisés pour s’adapter aux espèces de coraux. Enfin en 2021 le textile sera réellement déposé sur la barrière de corail. Cette oeuvre est donc à la fois artistique, mais aussi scientifique, économique et sociale : une vraie réussite.

Pour montrer le savoir-faire de cette usine, Jérémy Gobet a rempli la salle de ses archives d’échantillons de broderies. L’ancien propriétaire avait commencé à jeter cet incroyable trésor technique… Les échantillons sont présentés avec des coraux complétés de l’artiste, avec par exemple des chevilles en plastique pour réparer le vivant.

Corail Artefact

Toutes les informations sont à retrouver sur http://fite.hs-projets.com/

Exposition au musée Bargoin jusqu’au 6 janvier 2019

 

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Le musée Yves Saint Laurent à Paris : un écrin préservé

Posted the 11 Oct 2017 in 11 Oct 2017 in Billets

Le musée Yves Saint Laurent  à Paris : un écrin préservé

Ca y est le musée tant voulu par Pierre Bergé a ouvert ses portes au public. Il prend place dans la maison de couture historique à l’endroit même où la fondation faisait ses expositions (Femmes berbères du Maroc ou 1971, la collection du scandale par exemple). Le lieu est petit, assez intimiste, cossu. Il place le visiteur dans une position confortable, comme un invité dans les coulisses de la maison de couture.

 

Les codes de la maison

Le fil conducteur de cette exposition est de donner les clés de l’univers du couturier. Ses quatre pièces iconiques sont placées dès l’entrée : La saharienne, le smoking, le trench et le jumpsuit. Dans cette première salle on présente l’élaboration d’une collection (idée déjà exploitée dans la collection du scandale). Pour cette première rotation, c’est l’année 1962 qui est à l’honneur avec des modèles de jour et du soir de l’automne et de l’été.

Saharienne d’Yves Saint Laurent, ©De fil en archive

Elle fait face à un mur de chartes de collection (bibles) et de croquis. Yves Saint Laurent conserve la même technique que celle qu’il a apprise auprès de Christian Dior, avec la même rigueur.

Musée Yves Saint Laurent Paris, salle de la collection de 1962, photo Luc Castel

Le musée magnifie aussi le travail des métiers d’art : sublimes vestes brodées dont les noms des artisans sont valorisés, fait rare dans les cartels de musées.

Veste Tournesole, hommage à Vincent Van Gogh, affinités artistiques. ©De fil en archive

 

Explosion de couleur

Yves Saint Laurent aimait l’ailleurs, l’exotisme qu’il imaginait grâce aux écrivains et aux œuvres d’art. Il ne souhaitait ni être ethnologue, ni déguiser les femmes. Il intègre dans ses collections des influences de Russie, d’Afrique sub-saharienne, du Maroc, ou de l’Extrême-Orient. Les modèles seront vecteurs de création comme Amalia Vairelli. Dans cette salle, les mannequins sont dorés, et soulignent l’importance des couleurs et des influences.

La dernière salle donnera les affinités artistiques du créateur et sa famille idéale : Picasso, Van Gogh, Mondrian…

L’exotisme d’Yves Saint Laurent ©De fil en archive

Robe hommage à Piet Mondrian, Alexandre Guirkinger

 

Pierre & Yves l’aigle à deux têtes

 

Si le musée célèbre la création d’Yves Saint Laurent, il raconte aussi, à travers des photos, mais surtout d’une salle spécifique le couple Berger/ Saint Laurent. Une petite salle à la moquette épaisse est occupée entièrement par un écran où les vies des deux hommes, de leur rencontre à leur mort, sont racontées par l’un et par l’autre au travers d’un film sensible et intime qu’il faut regarder en entier. Il narre ce couple exceptionnel, mais aussi leurs tempéraments, leur goût pour l’art qui transformera leur appartement en musée, ou leur amour du Maroc. Peut être la proximité de la mort de Pierre Bergé rend-elle cette salle encore plus émouvante.

L’aigle à 2 têtes ©De fil en archive

 

Histoire de la mode et studio

 

L’étage supérieur est occupé par deux salles très différentes. La première raconte une histoire de la mode au travers des modèles d’Yves Saint Laurent : Antiquité, Moyen-âge réinterprété etc. Cette section présente des œuvres qui ont été peu exposées. Il faut savoir que la politique de conservation de la maison Saint Laurent a été très novatrice. Le couturier lui même choisissait quelles œuvres seraient conservées dès la fin de la collection.

 

Le studio, lieu de travail du couturier, est lumineux, meublé et richement décoré (photos, livres, croquis, fétiches, mais aussi boutons et bijoux). Le lieu est encore habité et donne l’impression qu’Yves St Laurent va revenir d’un instant à l’autre.

Studio d’Yves Saint Laurent, Luc Castel

 

Dernière section : les témoignages

Ce qui fait la force de ce musée c’est aussi la parole donnée aux acteurs de la maison de couture. Laurence Benaïm a recueilli le témoignage des anciens collaborateurs d’Yves Saint Laurent : presse, ateliers de création, salons de Haute Couture. Ces courtes interviews racontent l’effervescence de la société à son apogée ainsi que le sentiment d’une période révolue.

Témoignages de la maison Yves Saint Laurent ©De fil en archive

J’ai vraiment beaucoup aimé ce musée,  justement car j’avais l’impression d’être dans une bulle spatio-temporelle. Il est à taille humaine, la signalétique manque quelquefois de clarté, mais c’est sans doute voué à s’améliorer. D’autres chantiers comme le pôle pédagogique vont s’étoffer au cours des prochains mois mais un livret en partenariat avec la revue Dada permet un parcours famille.

Je n’ai pas tout dévoilé : la galerie des bijoux, les illustrations, beaucoup d’autres trésors sont à découvrir dans la scénographie de Nathalie Crinière (Dior, couturier du rêve aux arts décos, c’est elle aussi).

 

Musée Yves Saint Laurent Paris, 5 avenue Marceau, 75116 Paris,

exposition inaugurale jusqu’en septembre 2018

 

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Tout savoir sur la mode médiévale

Posted the 06 Jun 2016 in 06 Jun 2016 in Billets

Tout savoir sur la mode médiévale

Vous connaissez la tour Jean Sans Peur ?

Je dois avouer qu’avant de savoir qu’une expo sur la mode au Moyen Age se tenait dans ce lieu un peu secret, je ne le connaissais pas. J’étais souvent passée devant sans y faire très attention. Un peu en retrait derrière les arbres dans la rue Etienne Marcel, elle jouxte une école.

Le site annonce sobrement qu’elle est le dernier vestige du Palais des ducs de Bourgogne au XVe siècle et qu’elle conserve un bel escalier à vis (c’est vrai!). Cela étant, ce monument abrite une exposition temporaire qui a de quoi attiser la curiosité. Une particularité de ce lieu est de proposer des expositions thématiques sur le Moyen Age avec une grande rigueur et des commissaires d’expo passionnés.

Dix ans après sa première édition, l’exposition revient, enrichie et toujours aussi intéressante.

La façade de la Tour Jean sans peur, ancien palais parisien des ducs de Bourgogne. © de fil en archive
La façade de la Tour Jean sans peur, ancien palais parisien des ducs de Bourgogne. © de fil en archive

Enluminures et reconstitutions

Ici vous ne verrez pas de pièces originales car de part son budget, son espace et le thème abordé cette année, le choix a été de faire des reconstitutions, si possibles dans des tissus proches des originaux, et d’illustrer le thème avec des enluminures géantes. En effet, présenter des pièces historiques nécessiterait beaucoup de contraintes. Etonnamment, ce parti-pris permet de déculpabiliser le visiteur en supprimant l’aspect sacré qui aurait pu éloigner certains spectateurs.

J’ai eu la chance, grâce au Séminaire d’histoire de la mode, de pouvoir suivre une visite avec Nadège Gauffre Fayolle, commissaire de l’exposition. Sa passion et ses recherches permettent de faire le point sur la notion relative de mode à cette époque. En effet, dans l’exposition elle insiste sur les grands courants de l’habillement uniquement pour l’aristocratie. Pourquoi ? Parce qu’il faut faire des choix et qu’en plus il est un peu plus facile de trouver des représentation voire des vestiges de l’habillement des nobles de l’époque.

© Tour Jean sans peur
© Tour Jean sans peur

 

L’éloge de la lenteur

L’habillement évolue peu entre les Mérovingiens et le XIème siècle. Les hommes portent une tunique et des braies (pantalon), tenues avec lanières et jambières, tandis que les femmes portent une tunique et un voile manteau (pour comprendre, il suffit de regarder les représentations de la Vierge).

La mode évolue ensuite de manière assez unisexe. Hommes et femmes portent des tuniques et surcots qui se différencient uniquement par la longueur et la présence de fentes sur le devant pour les hommes (plus commode pour bouger). Sans que l’on puisse l’expliquer véritablement, savez-vous quelle est la partie du corps que l’on magnifie ? Le bras ! Les manches sont chauve-souris et cette partie du corps est l’objet de toutes les attentions pour être galbée et remarquée.

Tunique et manche chauve souris © de fil en archive

L’exposition évoque aussi la coupe des vêtements qui privilégie les formes simples et l’ajout de quilles de tissu pour ne pas gaspiller les étoffes.

Des proportions redessinées

La première partie de l’exposition esquisse en quelques silhouettes fortes les canons esthétiques.

Au XIVe siècle, les hommes veulent de la carrure et n’hésitent pas à rembourrer leur pourpoint grâce à un matelassage « en assiette » (qui forme des arrondis et laissent de la liberté de mouvement). Les chausses coupées dans du biais, là encore pour des questions de mobilité, parachèvent une silhouette toute en jambes. Pour s’adapter aux saisons, le grammage de la laine est différent en été et en hiver. Une autre particularité est d’obtenir un tissu velouté proche de l’aspect du velours, mais en utilisant de la laine à longs poils, qui est ensuite rasée. Cette étoffe vient des Flandres.

Reconstitution du pourpoint de Charles de Blois, dernier quart du XIVe siècle, avec matelassage en assiette. © de fil en archive
Reconstitution du pourpoint avec matelassage en assiette. © de fil en archive

Cette tendance qui sculpte les jambes augmente au XVème siècle avec des pourpoints plus courts (mi- fesses) et des chausses qui s’adaptent et se cousent à l’entrejambe. Elles présentent la particularité de s’ajuster avec des « aiguillettes » nouées qui nécessitent souvent l’aide d’un domestique pour obtenir un effet parfait. De manière péjorative, cette silhouette masculine est comparée au lévrier.

Silhouette masculine © de fil en archive
Silhouette masculine © de fil en archive

Les femmes privilégient une cotte ajustée et lacée avec un buste très étriqué pour allonger la silhouette. La coupe princesse est de mise.

Caleçons, soutien-gorge et slip

Une partie étonnante est consacrée aux sous-vêtements masculins et féminins. Les représentations d’hommes en sous-vêtements est usuelle dans la littérature médiévale : scènes de jeux, de lutte, et même de foulage du raisin. En les décortiquant, on apprend beaucoup sur l’évolution du caleçon pourvu de lanières pour être remonté ou au contraire maintenu long, des chemises complètent la tenue et même des slips pas si loin des modèles actuels.

Une découverte surprenante au château de Lengberg en Autriche nous apprend que le maintien de la poitrine faisait l’objet d’une attention marquée : le soutien-gorge et la robe à sachets, qui permettent de maintenir la poitrine, existent déjà. La mode est au buste menu et c’est aussi une préoccupation médicale de l’époque.

Buste court de la silhouette féminine © De fil en archive
Buste court de la silhouette féminine © De fil en archive

Pas de mode jetable

Si le tissu est actuellement facile à réaliser et se renouvèle particulièrement vite (trop vite), le Moyen-Age voit le textile très différemment. On parle alors de lin, de soie, et de laine et se vêtir coûte cher. Les vêtements sont entretenus, préservés, transmis et réutilisés.

Une pièce entière de l’exposition (au sous-sol) nous emmène dans un atelier de couture.

La garde robe est une vraie préoccupation (et une vraie fonction). Pas question de laisser les vêtements en vrac sur le sol. Ils sont suspendus sur des perches (pour éviter le grignotage des rongeurs), régulièrement aérés pour éviter les moisissures, entreposés dans des coffres pour éviter les puces.

Et les taches ? Les marchands ambulants vendent des préparations pour détacher et entretenir. Le fiel de bœuf, le blanc d’œuf, l’urine, l’argile sont une partie des ingrédients qui rentrent dans la composition des produits.

© de fil en archive
© de fil en archive
Perches © de fil en archive
Perches © de fil en archive

Plus blanc que blanc

On brosse, on époussette, mais on lave aussi en fonction des textiles. Le linge blanc doit rester immaculé car il est souvent visible. Grâce à des fentes et par coquetterie, il est suggéré ou exposé.

Il est aussi utilisé en contraste avec les autres vêtements colorés qui sont eux même doublés différemment.

Le poids de la morale et comment s’en affranchir

 

Il faut garder en tête que les moralistes et le clergé ont une force énorme à l’époque. Les lois somptuaires fixent les règles sur le luxe. La société est organisée et chacun doit rester à sa place, ni se surélever, ni se rabaisser. C’est valable aussi dans l’habillement. Pour adoucir ces dogmes la population a plusieurs subterfuges : les détails, les accessoires et les occasions spéciales.

Pour mettre en valeur les étoffes précieuses on voit par exemple l’apparition de fentes non utilitaires sur les vêtements, comme la « monstre » qui permet de dévoiler au niveau de la taille les étoffes du dessous. Elle part à la base d’un aspect pratique, qui était d’accéder à ses affaires nouées à la ceinture. Les belles n’avaient pas de sac à main !

Un ornement visible au XIVe siècle est la freppe. Ce découpage du tissu comme le canivet de papier, permet d’embellir son vêtement par un détail dans un tissu plus précieux et plus dense. Il peut se changer s’il est défraichi. C’est le cordonnier qui réalise cet ornement. Ce souci de la pérennité des ornements se retrouvait dans l’exposition Indigo avec les broderies.

Détail de freppe © de fil en archive
Détail de freppe © de fil en archive

Un autre aspect important est le couvre-chef. Pas de femme tête nue (sauf les prostituées). Il prend plusieurs formes mais a tendance à s’élever jusqu’à la démesure.

Grace au fil archal (fil métallique).

Le hénin, coiffe à corne, est en fait une mauvaise appellation (liée à une insulte aux femmes portant cette coiffure et évoquant le diable). Il faut en fait parler de flocard.

Pour les hommes on utilise un chaperon (comme pour le petit chaperon rouge), mais il est souvent détourné (en inversant la manière dont on le pose sur la tête pour obtenir une coiffure en crête de coq par exemple), l’ancêtre de la casquette à l’envers.

© Tour Jean sans peur
© Tour Jean sans peur

L’exposition est d’une richesse incroyable de documentation. Pour le vêtements de bal, j’ai découvert les costumes d’homme sauvage en étoupe de lin et cire qui sont célèbres pour le tragique bal des Ardents, ou encore le costume du fou du roi et sa signification ; les décors temporaires à la feuille d’or (la batture) qui donne l’illusion d’un vêtement précieux.

Costume d'homme sauvage en étoupe de lin et cire © De fil en archive
Costume d’homme sauvage en étoupe de lin et cire © De fil en archive
Le fou du roi © De fil en archive
Le fou du roi © De fil en archive

Les chaussures sont jetables et le fameux cousu retourné utilisé encore aujourd’hui par une célèbre marque de chausson de danse… On achète les chaussures en grande quantité et la démarche est dansante. Elle accompagne les grelots qui provoque une mode sonore !

On pourrait écrire trois articles avec la quantité des informations de cette exposition temporaire. Et il est frustrant de ne pas tout raconter : une seule solution, allez-y ! Un glossaire sur les termes des vêtements est visible au sein de l’exposition.

Découverte des tissus © De fil en archive
Découverte des tissus © De fil en archive

Le petit fascicule (8 euros) qui accompagne l’exposition reprend une grande partie des informations de celle-ci, et permet de se remémorer ou de compléter sa visite.

La visite se fait dans la totalité des espaces, jusqu’à la rencontre des ducs de Bourgogne sous les toits.

Ducs de Bourgogne © De fil en archive

La voute de L’escalier

L’escalier en vis se termine par un chef-d’œuvre de la sculpture flamboyante. Taillée dans le liais, calcaire très dur et peint à l’origine en bleu du ciel et feuillage vert. Elle est attribue à l’atelier de Claus de Werve qui a participé avec son oncle Claus Sluter au tombeau de Philippe le Hardi à Dijon. On observe des feuilles de chêne, du houblon et des rameaux d’aubépines, faisant référence à la filiation des ducs de Bourgogne.

Voute de l’escalier de la tour Jean sans peur © De fil en archive

La mode au Moyen Age, Tour Jean sans peur jusqu’au 7 mars 2027

Un très riche cycle de conférences accompagne l’exposition : https://www.instagram.com/tourjsp/

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Anatomie d’une collection

Posted the 24 May 2016 in 24 May 2016 in Billets

Anatomie d’une collection

Le palais Galliera change de rythme et propose une exposition très séduisante. Exit pour cette saison, les monographies ou les collaborations et retour aux fondamentaux avec un focus sur la propre collection du musée.

 

Si les thèmes récents s’orientaient davantage vers le XXe siècle, il ne faut pas oublier que le fond de Galliera était lié à l’histoire du vêtement dès 1907. La Société de l’histoire du costume entend alors s’intéresser à tout ce qui se rapporte au corps de tous les membres de la société (société civile, clergé,etc). Ce n’est qu’à partir de 1977 que la mode apparaît dans le nom du musée.

Le vêtement relique ou relique de contact

La première grande salle est à mon sens la plus touchante. Elle présente des pièces anciennes voir très anciennes, mais toute la magie de l’expo réside dans son sens du détail. Chaque vêtement ou accessoire a le droit à une description et un cartel fourni qui justifie sa présence dans cette sélection.

 

Par exemple la petite garde-robe de Louis XVII pourrait sembler anecdotique : deux costumes et une fine chemise. Mais l’intelligence du propos est de montrer au visiteur un portrait de l’enfant avec la même chemise, d’expliquer pourquoi le tissu est de moindre qualité et la forme si caractéristique de la mode de l’époque. Par tous ces détails le vêtement reprend vie et raconte une histoire. Le détail de la minuscule couronne brodée devient un symbole dérisoire de la vie de l’enfant.

Habit, gilet et pantalon ayant appartenu à Louis XVII, Louis Charles de France, duc de Normandie (1785-1795), vers 1792 Toile de coton rayée beige-marron ; boutons de bois recouverts de tissu Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Habit, gilet et pantalon ayant appartenu à Louis XVII, Louis Charles de France, duc de Normandie (1785-1795), vers 1792
Toile de coton rayée beige-marron ; boutons de bois recouverts de tissu
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Couronne au point de croix, chemise de Louis XVII. © De fil en archive

Couronne au point de croix, chemise de Louis XVII.
© De fil en archive

J’ai pris cet exemple touchant, mais chaque cartel raconte une histoire différente : la matière, le tissage, la teinture sont autant de détails qui permettent de comprendre comme dans une enquête que sous un gilet en maille d’apparence presque anodine se cache le raffinement de Condorcet. Ou qu’une ombrelle à tête de grue est en fait un « En cas » c’est à dire une ombrelle sans décor pour qu’elle puisse aussi protéger de la pluie…

Gilet tricoté ayant appartenu à Condorcet (1743-1794). Ce gilet à la simplicité trompeuse est en fait un tricotage qui montre les progrès de la maille à la fin du XVIIIe siècle. © De fil en archive

Gilet tricoté ayant appartenu à Condorcet (1743-1794). Ce gilet à la simplicité trompeuse est en fait un tricotage qui montre les progrès de la maille à la fin du XVIIIe siècle. © De fil en archive

Les robes de l’épouse du docteur Gachet, préservées telles qu’au jour de ses noces, la canne de Jacques Doucet, le magnifique costume brodé du Prince de Ligne qui aimait les jardins au point des les porter sur lui, cet inventaire à la Prévert est vraiment attachant.

Robes portées par Madame Gachet lors de ses noces avec le Docteur Gachet, 1868 Robe de mariée  : faille de soie ivoire Robe de lendemain de noces : faille de soie gris parme Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Robes portées par Madame Gachet lors de ses noces avec le Docteur Gachet, 1868 Robe de mariée  : faille de soie ivoire
Robe de lendemain de noces : faille de soie gris parme
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Gilet d’homme ayant appartenu à Claude-Lamoral II, prince de Ligne et du Saint Empire (1685-1766), Collection Palais Galliera© Pierre Antoine

Gilet d’homme ayant appartenu à Claude-Lamoral II, prince de Ligne et du Saint Empire (1685-1766), Collection Palais Galliera© Pierre Antoine

 

Faire cohabiter le sublime et le quotidien

Un des aspects qui m’a beaucoup plu dans cette exposition est le parti pris de présenter en même temps que ces pièces d’exception les vêtements ordinaires ou codifiés de la société.

Les lourdes jupes amples en gros lainage ou cette veste recoupée dans un surgé de laine bleu mal teint présentent ces habits usuels qui sont modelés par l’usage et en deviennent universels. Ce sont ces pièces qui forment un fil conducteur avec la salle suivante, celle des clientes haute-couture. Elles cohabitent avec les tabliers de jardiniers ou de bonnes.

 

© De fil en archive

© De fil en archive

Ensemble de vêtements quotidien © Pierre Antoine

Ensemble de vêtements quotidien
© Pierre Antoine

© De fil en archive

© De fil en archive

Garde-robes particulières

Les pièces qui arrivent jusqu’au musée sont bien souvent données ou vendues par les clientes elles-mêmes ou leur famille.

Cette section regorge de robes et accessoires regroupés pour évoquer les couturiers et leurs fidèles. L’idée est de redonner vie au vestiaire d’une cliente, son style qui finit par faire corps avec la vision du couturier. Mitzah Bricard et Christian Dior ou Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy. Si l’on y voit de très belles pièces, on est parfois un peu perdu par l’organisation. Là encore j’ai beaucoup apprécié l’évocation des femmes qui se vêtissent chez les couturiers : tempéraments de ces femmes libres comme Daisy Fellowes ou bien sur la duchesse de Windsor. Les artifices pour être élégante en toute circonstance sont assez amusant, en particulier le chapeau d’équitation en forme de canotier avec monocle intégré.

Incroyable carnet de commande d'une première d'atelier chez Christian Dior © De fil en archive

Incroyable carnet de commande d’une première d’atelier chez Christian Dior © De fil en archive

 

 Bottines de chez Hellstren & Sons en cuir camel, lacet de soie, ayant apprtenues à Daisy Fellowes (1890-1962) connue pour sa grande beauté et journaliste au Harper's Bazaar © De fil en archive

Bottines de chez Hellstren & Sons en cuir camel, lacet de soie, Daisy Fellowes (1890-1962) connue pour sa grande beauté et journaliste au Harper’s Bazaar © De fil en archive

Givenchy, robe en deux parties portée par Audrey Hepburn (1929-1993), 1966 Lainage ivoire Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Givenchy, robe en deux parties portée par Audrey Hepburn (1929-1993), 1966 Lainage ivoire
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Les demi-mondaines et les actrices

Cette courte section présentée dans le magnifique meuble vitrine, utilisé précédemment, est là aussi très impressionnante. Il montre que les actrices portent facilement en ville des pièces d’abord destinées à la scène et surtout qu’elles se créent souvent leur propre mode. Les chaussures en croco vert de Sacha Guitry , la robe en plumes bleues de Mistinguette ou la jaquette d’amazone de Cléo de Mérode (malheureusement moins mise en valeur) sont très parlantes sur leur indépendance. Elles font la mode et lancent les tendances.

H. J. Nicoll (Londres et Paris), jaquette d'amazone de Cléo de Mérode (Cléopâtre-Diane de Mérode, dite, 1875-1966), vers 1896-1898 Sergé de laine noir Collection Palais Galliera - © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

H. J. Nicoll (Londres et Paris), jaquette d’amazone de Cléo de Mérode (Cléopâtre-Diane de Mérode, dite, 1875-1966), vers 1896-1898
Sergé de laine noir
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Chapeaux © de fil en archive

Chapeaux © de fil en archive

Les muses

Là encore une bonne idée, le témoignage écrit au travers de vêtements des inspiratrices. Jean Charles de Castelbajac, Adeline André et Elli Medeiros restent mes préférés (Vous vous souvenez de « Toi, mon toit »? voici le clip) . La chanteuse raconte comment elle a porté les robes présentées et quelle joie elle a eue à le faire.

Robes d'Elli Medeiros de Jean-Charles de Castelbajac et Adeline André (la rouge). Portées à l'occasion du clip de Toi toi mon toit. © de fil en archive

Robes d’Elli Medeiros de Jean-Charles de Castelbajac et Adeline André (la rouge). Portées à l’occasion du clip de Toi toi mon toit. © de fil en archive

 

La dernière partie montre des vêtements de défilés qui n’ont été portés qu’une fois, qui ne sont pas aussi incarnés mais qui retranscrivent au plus près l’idée originelle du créateur. Ces prototypes aussi ont droit à leur anecdote. La robe de Yohji Yamamoto en toile est d’une délicatesse incroyable.

 

Seule la scénographie m’a laissée sur ma faim. La volonté de renouer avec un accrochage XIXe en accord avec le lieu est un peu déroutante, les coffrages hauts, les mannequins sur des pieds surdimensionnés sont des effets originaux mais rendent moins lisible le propos.

© Pierre Antoine

© Pierre Antoine

 

Anatomie d’une collection Palais Galliera, jusqu’au 23 Octobre 2016

 

 

 

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