Il y a des expos dont les sujets sont alléchants et c’est un vrai bonheur de les découvrir. L’expo de Galliera fait partie de celles-ci. Quand on entend années 50, on voit très vite une jupe ample, une taille fine et marquée, le New-look de Christian Dior. C’est aussi une envie d’élégance, de nouvelles expériences, une période joyeuse due au contexte historique.
Eh bien cette exposition permet vraiment de ressentir ce souffle de vie. La scénographie est très agréable. On retrouve un parfait équilibre en photos, vêtements et accessoires. Les vitrines sont variées. Le mur de couvertures de « ELLE », est une constante cette année (Dries Van Noten, Dior et la photographie et bien sûr papier glacé).
Les cartels sont larges et explicatifs ce qui est un vrai plus. Une attention que j’apprécie particulièrement à Galliera, c’est le soin apporté à nommer non seulement les photographes des clichés, mais aussi le plus souvent possible les mannequins. Manière subtile de ne pas les cantonner à un rôle subalterne.
De cette période faste, on redécouvre les différentes tendances, la spécificité des couturiers. Ainsi on découvre que Jacques Fath avait en genèse la silhouette féminine mise en avant par le New-Look. Carven revendique la création pour les femmes petites et menues. Elle assimile les codes de la silhouette en vogue, mais la retravaille dans une esthétique différente.

Carven, P/E 1951 / Alwynn, vers 1950 / Jacques Heim, P/E1951 Collection Palais Galliera
© Gregoire Alexandre
Hubert de Givenchy, dont la maison ouvre en 1952, est alors un jeune homme audacieux et espiègle qui joue avec les tissus en collaboration avec Brossin de Méré. La robe a imprimé petits pois en est un exemple emblématique.
La codification des vêtements pour la journée et pour le soir est encore très présente : robe d’après-midi, de cocktail, du soir… C’est aussi le début des robes de plage et de campagne, qui perdent en rigidité et se laissent aller un une allure marine, évoquant le souffle de la liberté. Le contre pied de ce répertoire très codifié vient de Gabrielle Chanel.
Toutes ces tendances sont développées. Le clou de l’exposition reste tout de même la place laissée aux robes du soir.
«Les robes du soir sont le luxe des couturiers. Ils y mettent toute leur fantaisie. Elles représentent environ un dixième des modèles de la collection»
Paris Match, édition du 02/09/1950
Pour cette seconde partie, le parti-pris est de ne présenter que quelques robes à la fois, permettant de ne pas avoir l’œil noyé par l’abondance. Des débuts d’Yves saint Laurent chez Dior avec la robe courte « Aurore », aux silhouettes incroyable de Grès (comme la robe bustier drapée en velours de soie changeant) et Balmain, l’émerveillement atteint son paroxysme avec les robes de Christian Dior.

Dior par Yves Saint Laurent, robe du soir “Aurore”, P/E1958. Faille de soie de Lajoinie.
© Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

Christian Dior (Boutique), 1953-1954 / Jacques Fath, vers 1947 / Grès, A/H 1956 Collection Palais Galliera
© Gregoire Alexandre
Robes bustiers, broderies d’inspiration XVIIIe, chaque pièce est un émerveillement. On parcourt cette expo comme une parenthèse où la féminité, la couleur, le sens du détail sont à mis en valeur.
A voir avec bonheur jusqu’au 2 Novembre 2014
http://www.palaisgalliera.paris.fr
Read MoreGranville c’est un peu loin en Normandie, mais il y a là-bas la maison d’enfance de Christian Dior. Transformée depuis plusieurs années en musée, la villa les Rhumbs accueille pour la saison une exposition sur les rapports étroits de la photo et la maison Dior. Barbara Jeauffroy Mairet, commissaire associée a eu la gentillesse de nous raconter les coulisses de la préparation.
Pourquoi avoir choisi la photographie ?
Ce thème n’avait encore jamais été abordé dans nos expositions. Ca a été pour nous l’occasion de faire des recherches spécifiques : le fond Condé Nast, le fond du magazine Elle, des recherches au musée des arts décoratifs et au musée Galliera.
Nous avons procédé à un dépouillement systématique (pour le magazine Elle jusqu’en 1964). Cela nous a permis de faire de jolies découvertes.
La photo est-elle abordée uniquement sur la période Christian Dior ?
Non, la photo est prise en compte pour la vie de la maison Dior, de son fondateur à Raf Simons. Les photographes présentés sont entre autre Irving Penn, Horst, Sarah Moon mais aussi Patrick Demarchelier et Inez van Lamsveerde Vinooh Matadin qui sont très présents aujourd’hui dans la maison Dior.

Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, 2012.
Dans la galerie des Glaces du château de Versailles, robe de la collection Prêt-à-Porter automne 2012. © Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin.
Dominique Isserman nous a accordé une interview. Ses tirages présentés à Granville sont d’une qualité exceptionnelle. Elle en a supervisé l’exécution et cela procure beaucoup d‘émotions en observant ses photos. C’est une démarche que nous avons privilégiée : avoir le maximum de tirages originaux et validés par le photographe quand cela était possible.
La photo est un art et le tirage est primordial.
Nous avons eu pour l’exposition le prêt d’un tirage original de Peter Knapp par le musée Nicéphore Nièpce de Châlon sur Saône.
Il y a t’il une photo mythique de présentée dans l’exposition ?
Oui, la fondation Pierre Bergé YSL nous a prêté la photo « Dovima et les éléphants » de Richard Avedon qui date de 1955. Christian Dior était encore vivant mais il est avéré que la robe de la photo « Soirée Paris » a été créée par Yves Saint-Laurent. Cette photo a été fprise pour le Harper’s Bazaar. Le tirage présenté a vraisemblablement été offert à Saint Laurent par Avedon lui même. C’est encore plus émouvant. Pour l’occasion nous avons rencontré Emilien Bouglione qui se souvient de la séance photo. Les éléphants étaient ceux du cirque Bouglione (Article à retrouver dans le catalogue de l’exposition)

Photo extraite du catalogue de l’exposition
Dovima et les éléphants- Richard Avedon ©defilenarchive.com
Comment s’est fait le choix des robes présentées au musée ?
200 tirages photographiques sont présentés dans l’exposition et 60 robes issues de ces photos sont exposées ce qui est formidable. L’exposition s’articule en plusieurs thèmes. Au rez-de-chaussée on retrouve les photos mythiques de la maison Dior avec entre autre la célèbre composition de Loomis Dean qui montre les mannequins sur un escabeau. La scénographie met les vêtements en résonance avec les tirages photos. Par exemple pour cette photo, les robes sont présentées dans la même position.
Il y a cette année un très gros travail de scénographie avec un nouveau partenaire, l’agence Alighieri. Beaucoup de nouveautés muséographiques avec des blocs vitrines remodelés qui incluent un vrai sol technique.
Toutes les parties de la maison ont été reprises, en particulier le bureau du père de Christian Dior. Une salle tendue de toile de Jouy rappelle la boutique Colifichets de 1947, et montre des photos ayant trait au voyage. Il y a aussi d’autres tableaux : De Paris à Versailles pour les thèmes en extérieurs ou encore le cycle d’une journée. Les vêtements répondent aux photos. La couleur est utilisée de manière monobloc.

Norman Parkinson, 1950.
Robe Mozart, collection Haute Couture printemps-été 1950, ligne Verticale. © Copyright Norman Parkinson Ltd/Courtesy Norman Parkinson Archive
Au dernier étage c’est le photographe photographié avec le mannequin Bettina portant la robe « Grand Mogol » sur la place de la Concorde. La dernière pièce restitue le bureau d’une rédactrice en chef et montre à la fois le travail de stylisme avec les robes sur un portant et le travail de photographie qui est fait dans les magazines, en montrant comment l’image peut être modifiée, retravaillée. Cette pièce toute rose est très ludique. Elle présente aussi un all over de couverture de magazine de photos de Dior, comme un jeu dans l’exposition. A noter le beau catalogue, véritable complément de l’exposition.

Henry Clarke, 1956.
Chapeau du modèle Raout, collection Haute Couture printemps-été 1956, ligne Flèche. © Henry Clarke/Galliera/Roger-Viollet,
© Henry Clarke, Musée Galliera/Adagp, Paris 2014.
http://www.musee-dior-granville.com/ jusqu’au 21 Septembre 2014
Read MoreEntrer dans cette fondation, pour cette exposition en particulier, c’est vivre un vrai dépaysement. On quitte l’avenue Marceau pour se retrouver propulsé directement au Maroc : les couleurs chaudes, la musique, et les photos en noir et blanc, de Jean Besancenot entre autres, projetées au mur, permettent de se plonger dans le sujet. Un préambule à l’exposition met en place le contexte. Il faut retenir que les Imazhigen ou Berbères résistent au brassage culturel et que les femmes sont garantes de la pérennité de la tradition et de la langue. Leur culture propre est reconnue au Maroc officiellement depuis 2011 seulement. Les cartes et les photos permettent d’appréhender un peu la géographie et les distinctions entre les différents costumes.
Les premières vitrines présentent de nombreux tapis, aux motifs géométriques, issus de tissage traditionnel ainsi que des récipients en terre cuite. Certaines pièces sont techniquement étonnantes comme la cape d’un enfant berger, tissée en une seule pièce, ou encore une couverture de selle qui reprend la forme de celle-ci.La scénographie de cette première salle est particulièrement traditionnelle, elle met en valeur le savoir-faire qui est très souvent l’apanage des femmes : tissage, vannerie, poterie. Les objets s’accumulent pour donner la mesure du répertoire graphique.
La seconde partie nous transporte au cœur d’un ciel étoilé, émaillé de vitrines et de miroirs et de triptyques vidéo. L’impression de perte de repères s’amplifie. Les installations multimédia sont très réussies et mettent en scène sur mannequins les lourdes parures présentées. L’argent, l’ambre, le verre, les coquillages et l’émail habillent les bustes parés et répondent aux capes de laine tissées, ceintures de coquillages et jambières et mitaines de laine.
Si le goût de l’apparat est bien visible, quelques trop rares explications permettent de comprendre que ces habits avaient des spécificités de lieux, de catégories propres à chaque groupe (comme on pouvait en avoir dans de nombreuses régions du monde).
Les parures, riches, lourdes et colorées, sont articulées en différentes pièces, dont les poétiques clés de voile, qui servent de contre poids pour les coiffures. Les pièces présentées forment un très bel aperçu de la culture berbère, l’exposition permet de s’immerger. Il n’en reste pas moins que la présentation parcellaire et un peu raide des cartels permet d’apprécier un ensemble mais pas une lecture détaillée ou didactique des pièces présentées.
Cette exposition est présentée à la fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et se fait en association avec le musée berbère du jardin Majorelle à Marrakech.

Collier de mariage ou de fête
Ambre, corail, amazonite, coquillages, pièces de monnaie
Région du Souss
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus
Paris, Jusqu’au 20 Juillet 2014
Read MoreEn voyant le titre de l’expo, j’étais un peu dubitative : pourquoi Galliera consacrait une exposition entière sur la photo de magazine, était-ce juste un partenariat pour le musée ? Et puis en allant visiter l’exposition j’ai totalement changé de sentiment.
Vogue parait dès 1892, il est racheté par l’éditeur Condé Nast en 1909. Il achètera aussi Vanity Fair et plus récemment W. Ce qui fait la force de ces publication c’est avant tout la direction prise dès le début : les meilleurs artistes photo pour un magazine luxueux s’adressant à un lectorat avisé.
En 1923 c’est Edward Steichen qui prend la tête de la direction photographique des publications Condé Nast. Il impose son talent et son goût très raffiné. Pour les photographes, travailler avec ce groupe c’est souvent sur du très long terme (Irving Penn 60 ans, ou Steven Meisel 25 ans…).
Les 7 cimaises proposent chacune un thème : les intérieurs luxueux habités par d’élégantes créatures, les scènes en extérieur, idée dynamique et novatrice, avec mise en scène d’une femme décidée et sophistiquée, en mouvement dans la ville.
L’éloge du corps est très liée à la genèse du magazine, qui a dès le début de sa parution proposé des pages beauté et santé à ses lectrices. Il est intéressant d’ailleurs dans le choix des photos de voir comme le corps s’est transformé au fil du temps : de sain, il est devenu totalement conceptualisé comme dans la photo de Sølve Sundsbø qui fait perdre toute densité au profit d’une représentation lisse et irréelle. Herb Ritts dans les années 80 montre surtout des corps érotisés à l’extrême. A noter de jolies concordances comme une série sur la roue et le cerceau dans cette partie de l’exposition.
D’autres thèmes sont présents, comme la nature morte qui met en scène le corps, le découpe en morceaux, en le rendant support d’accessoires ou de fantasme.
La partie silhouette, montre que le corps (toujours) s’inscrit dans un cadre plus large avec des codes personnels. C’est l’invention d’un nouveau langage universel et graphique. Le flou très contrasté de Paolo Reversi ou le jeu graphique d’Erwin Blumenfeld en sont de parfaites illustrations.
Même si les portraits présentés sont très différents, ils ont un point commun, la complicité du photographe et de son modèle. La danseuse Leonore Hugues en 1923 par Edward Steichen montre une confiance aussi forte que le portrait de Peter Lindberg mettant en scène les top models de la décennie : Lynne Koester, Ulli Stein Meier, Cindy Crawford et Linda Evangelista. Il est intéressant et émouvant de constater que selon les époques les noms des modèles apparaissent aussi au même titre que le photographe.
Enfin la fiction, qui existe depuis le début mais s’accentue avec les années 70. On reste dans l’esprit de Cecil Beaton et on peut aussi ressentir l’époque comme la photo de Clifford Coffin dans le vogue anglais qui présente une femme en robe de soirée dans un escalier en ruine.
La muséographie est très agréable, les cimaises blanches à tranche noire contrastant joliment avec le parquet du musée. Le format des photos varie mais respecte une bonne hauteur de vue. Et les vêtements ? Une sélection courte mais efficace est mise en parallèle dans des vitrines en verre et bois clair individuelles. On peut les admirer sous toutes les vues, à l’exception de celles qui sont plaquées sur le rideau foncé du fond de la salle centrale.
Les cartels, agréables à lire, sont quelquefois poétiques : manteau du soir de Jacques Doucet : Soie cyclamen brodée de fil de soie flochée et fil d’argent. Bordure de cygne rose et fermoir métal. Deux salles en longueurs présentent une sélection de magazines ouverts, ponctués d’écrans numériques qui tournent les pages seuls. Cette installation est intéressante car elle remet les photos à leur dimension habituelle, moins spectaculaire que l’accrochage, la difficulté du format magazine est visible. Un regret, que le dispositif numérique ne soit pas interactif. A noter que le spectacle était sur les murs autant que dans les salles, car l’exposition intéresse aussi un public averti issu des écoles de mode.
Au final, Papier glacé, par son cheminement thématique à travers le siècle, permet de prendre du recul et d’admirer le talent des photographes retenus. La correspondance avec les œuvres de Galliera réenchante le vêtement et le remet au cœur du magazine.
Palais Galliera, à découvrir jusqu’au 25 Mai 2014
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