Jusqu’au 11 juillet, la Maison de la culture du Japon à Paris accueille cette exposition itinérante sur la création contemporaine japonaise liée à la fibre. Le postulat de départ, c’est la matière : fibre textile (soie, lin, coton, synthétique), fibre de papier, fibre métallique… Ensuite chaque artiste s’approprie ce support. C’est pourquoi sont exposés ici à la fois des installations, des tissus, et des sculptures. On est à la frontière de l’art contemporain, du design, et de l’artisanat. L’exposition comprend une trentaine d’œuvres qui expriment chacune une idée différente. Comme souvent avec l’art japonais on peut choisir de se promener et d’admirer les pièces pour leurs qualités esthétiques et émotionnelles ou alors de s’approprier la démarche de l’artiste, en s’intéressant au processus de création.
Ce qui est frappant, c’est cette capacité à combiner la tradition et la modernité dans les réalisations. Le plus bel exemple, pour moi, est le paravent de l’artiste Kyôko Ibe. En s’inspirant d’une pratique ancienne (VIIIe siècle quand même), elle actualise le concept. A la mort d’un noble, on fabriquait du papier recyclé à partir de textes manuscrits, laissés par le défunt. On utilisait ces nouvelles feuilles pour écrire des soutras qui lui rendaient hommage. C’est le kankon-shi (papier permettant le départ de l’âme).
Kyôko Ibe reprend cette idée en fabriquant du papier recyclé avec des documents qui ont plus de cent ans. L’encre devenue indélébile teinte le nouveau papier en noir. Elle mélange la pulpe obtenue à des particules de mica et de pulpe de papier indigo. Le résultat donne une nouvelle matière, très lisse et qui dévoile ses subtilités quand on s’en approche. Tantôt marbre, tantôt granit mais vraiment magnifique.
Fuminori Ono aime se servir du papier comme un vecteur entre la fabrication ancestrale et l’atmosphère qu’il veut restituer. Ainsi Feel the wind représente des épis de riz dans le vent. Ces couronnes colorées et ajourées jouent sur la transparence, le volume, et la légèreté du papier japonais.

Fuminori Ono, Feel the Wind, 2010
© De fil en archive
Pâte chimique, teintures
chimiques, fini de polyuréthane 250 x 350 cm
Chaque pièce présentée est le petit manifeste d’un artiste. Pas de ligne directrice ou de technique commune, mais l’envie d’expérimenter à partir d’une matière différente. Il n’y a pas non plus message ostentatoire même si la nature est quand même très visible. Machiko Agano réinvente une forêt artificielle à partir de collages et de découpages de papier miroir et de photos de végétaux. Le visiteur devient acteur de cette nature factice en se reflétant dans l’installation.
Tomoko Arakawa aime le fil métallique, le plus fin possible et le tisse. Ici son œuvre extrêmement poétique, Prière pour le temps est une ode à la terre fertile avec un lac bleu scintillant et la sensation du moelleux de l’air qui l’entoure.

Tomoko Arakawa
Prière pour le temps
2010
Acier inoxydable, pigments, plaque de cuivre
200 x 120 x 30 cm
Kiyomi Iwata travaille à partir du kibiso, terme qui désigne les dix premiers mètres de fil qu’un ver à soie tisse après son éclosion. Cette fibre est irrégulière et beaucoup plus grossière que le fil de soie. Considéré comme un rebus il était jeté. L’artiste avec Chrysalis en fait un une matière noble et intègre à l’œuvre le dessin préparatoire de la sculpture.
Kyôko Kumai, a inventé de nombreux tissus avant de préférer le métal pour sa création. Son installation Temps évoque les pierres des jardins zen dont chaque place est parfaitement déterminée pour laisser l’esprit vagabonder. L’artiste revendique une invitation au voyage.
Une autre thématique se dégage, c’est la transformation du tissu. On retrouve d’abord des techniques traditionnelles qui semblent s’échapper de leur cadre naturel. Ainsi Dai Fujiwara a bâti une maison qu’il compare à un corps humain. Son toit est en tissu et agit comme une peau plus que comme un élément décoratif. Il régule la lumière, la chaleur, l’humidité. Dommage que nous ne sachions pas ce qui se passe avec un climat pluvieux.
Birth de Hitomi Nagai, en tissu nid d’abeille est légèrement inquiétante car terriblement vivante.
Kayuzo Onayama partage ce goût pour les caractéristiques des tissus et crée une œuvre hypnotique à base de polyester jaune et blanc qui vibre avec l’air et la lumière.
Naoko Serino propose l’œuvre la plus étrange en utilisant de la fibre de chanvre et en l’assemblant selon un procédé personnel. Ces grands ressorts beige doré semblent suspendus dans l’espace et projettent une ombre au sol qui rappelle le motif traditionnel du patchwork américain : les anneaux de mariage. L’artiste Akio Hamatani choisit lui d’exploiter les propriétés des matières premières en cherchant surtout à ne pas les brusquer, pour obtenir le résultat le plus naturel possible. W-Orbit trône, à la fois majestueuse et légère et s’inscrit merveilleusement bien dans l’espace de l’exposition. L’indigo se mêle au blanc et grâce à la transparence du tissage crée d’autres motifs.
Chacune des œuvres donnent envie d’arrêter le temps, de s’immerger dans cet espace à part et de s’intéresser à cet art apparu dans les années 60 aux Etats-Unis et à la Biennale internationale de la tapisserie de Lausanne avec le courant « Nouvelle tapisserie ».
Fiber Futures, les explorateurs de la création textile au Japon
Jusqu’au 11 Juillet 2015
Maison de la culture du Japon à Paris
Read MoreTiens et si on parlait de Napoléon ? Oui c’est moins habituel ici, mais l’exposition qui vient de s’ouvrir au musée Carnavalet permet aussi de voir quelques vêtements, diadèmes et éventails.
Le thème de cette exposition temporaire est le lien intrinsèque entre Napoléon et la capitale. Plusieurs éléments de sa vie s’y sont déroulés (le coup d’État du 18 Brumaire, le sacre, le mariage avec Marie-Louise, la naissance de son fils, la seconde abdication). Mais au delà de cela, le musée nous montre la manière dont l’empereur a façonné la capitale. Les arcs de triomphe (Grande armée et Carrousel), la colonne Vendôme, mais aussi la réorganisation du palais des Tuileries ou encore la façade de l’assemblée nationale et l’église de la Madeleine. Il souhaitait faire de Paris une ville moderne et pour cela a réalisé des travaux utiles comme les marchés couverts, les fontaines, les canaux. Paris est un mélange de rêves de nouvelle Rome avec ses projets de palais et de ville moderne avec ses équipements dédiés à l’amélioration de la salubrité.

Etienne Bouhot (1780-
1862), La place Vendôme et la rue de Castiglione avec les ruines de l’église des Feuillants, 1808. Huile sur toile 81 x 99 cm. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger-Viollet
L’exposition présente de nombreux éléments de la vie de la Cour dans le palais des Tuileries, de la correspondance et aussi quelques vêtements magnifiques. Si l’uniforme est un élément très utilisé du vestiaire masculin, on trouve aussi des costumes civils. Ce qui est marquant ? L’usage de la couleur et des broderies d’or et d’argent dans les vêtements exposés. Les symboles utilisés sont évidemment l’abeille dorée mais aussi les feuilles de laurier ou les branches de palmier. On est là dans du costume d’apparat. Le costume civil est plus sombre et plus fonctionnel.

Habit de grand maréchal du palais porté par le général Bertrand, 1813. Velours de soie amarante (couleur rouge), broderies de fils lamés, paillettes et cannetilles argent. Musée Galliera. © Ph. Joffre et D. Lifermann /Galliera / Roger-Viollet
La mode féminine se distingue par cette allure très caractéristique : taille haute (empire), simplicité de la silhouette, petites manches. La robe présentée, avec sa traîne arrondie et ses broderies, montre bien le caractère grandiose de la pièce.
« Ces costumes font étalage de luxe et comme le chef d’œuvre d’artisan, ils rassemblent tous les savoir-faire. » Catherine Örmen*
L’exposition intègre dans sa scénographie une rue de Rivoli en miniature, avec ses arcades qui desservent les pièces de l’exposition. Une carte interactive permet de visualiser sur un plan de Paris 53 lieux de l’architecture napoléonienne avec des liens vers les gravures des monuments réels détruits ou qui sont restés à l’état de projet : monuments, fontaines, marchés, rues, hôtels, palais… La carte propose ainsi de revenir sur l’histoire d’un lieu, sa fonction, ses architectes.

Modèle d’une arche du
pont des Arts, 1800 Bois et
fer partiellement doré
62 x 101,5 x 96,5 cm.
© Eric Emo / Musée
Carnavalet / Roger-Viollet

Jean-Antoine Alavoine Le
Chevalier,
Projets pour la fontaine de
l’éléphant place de la
Bastille, vers 1809-1819.
Aquarelle 36 x 57 cm.
© Musée Carnavalet / RogerViollet
De nombreuses activités sont liées à l’exposition. Expérience personnelle, n’hésitez pas à y aller avec vos enfants en CM2, c’est au programme et l’histoire devient tout de suite plus proche avec des exemples réels de lettres ou d’objets.
Musée Carnavalet jusqu’au 30 Août 2015 *Brève histoire de la mode, Catherine Örmen
Read MoreIl y a des expositions discrètes (avec des heures d’ouvertures discrètes aussi) qui rencontrent un très vif succès. C’est le cas d’Indigo à la bibliothèque Forney. Visite guidée.
La bibliothèque Forney est située dans le quartier du Marais. C’est l’ancien hôtel de Sens, construit à la fin du XVe siècle par Tristan de Salazar, évêque… de Sens (c’est bon vous suivez). Très dégradé après avoir eu de multiples fonctions, il est racheté en 1911 par la ville de Paris. En 1973, le fond de la bibliothèque Forney est transféré dans ce bâtiment. Ces collections sont constituées d’ephemera (entre autres étiquettes publicitaires) mais aussi de livres anciens, papiers peints, tissus….. Bref une vraie mine d’or.
La bibliothèque accueille régulièrement des expositions.
A l’origine de ce voyage dans la teinture, on retrouve une femme qui préfère laisser parler sa collection. Catherine Legrand, créatrice de la marque A la bonne renommée, rassemble ces pièces teintées par l’indigo à travers le monde. Elle est commissaire de l’exposition.
« Cette exposition souhaite contribuer à la sauvegarde des traditions textiles liées à l’indigo, de l’extraction à la teinture, jusqu’aux techniques décoratives qui y sont attachées. Elle participe à une démarche entreprise par certains pays pour que l’indigo soit inscrit par L’UNESCO comme élément du patrimoine immatériel de l’humanité. » Catherine Legrand
Si l’indigo et le pastel sont tous les deux des plantes, la seconde s’adapte dans les régions tempérées. C’est pourquoi le pastel était utilisé en Europe. Son bleu est plus pâle. La première salle présente surtout des vêtements de travail, des costumes traditionnels. Ce qui est frappant c’est la similitude de formes pour des régions du monde très éloignées.
En changeant de pièce, on change de pays : Japon et Chine, puis Maghreb et Afrique noire, pour conclure par l’Inde, le Laos, le Vietnam et le Pérou.De grands panneaux didactiques expliquent les particularités techniques et les habitudes de chaque peuple. Au Japon, la mode de l’indigo est initiée par les samouraïs au XIIe siècle. Comme le coton ne pousse pas dans le nord du pays, les kimonos étaient précieux et donc réutilisés. Même si la mécanisation a eu lieu au XIXe siècle, l’indigo est travaillé par des artisans « trésors vivants» encore aujourd’hui.
En Afrique du nord, on utilise du coton mais aussi de la laine, qui n’absorbe pas l’indigo. Cela crée des nuances plus claires et donc des motifs. Les grands pagnes dogons présentent une diversité de motifs graphiques et symétriques magnifiques (cou de corbeau, croisillons de la falaise). On utilise un système de nœuds et de ligatures qui créent des parties « en réserve » sur le tissu. La teinture se fait après cette étape. Quelques centres subsistent encore au Mali et au Nigéria, malgré la situation politique et les tissus synthétiques.
Au Laos, le bleu est saturé, presque noir et le décor est omniprésent. Les fillettes apprennent à broder tôt. Les ouvrages sont de petites tailles pour être transportés facilement. Ces broderies sont cousues sur le vêtement déjà teint. S’il est trop abimé ou éclairci, les motifs sont conservés et réutilisés. Rien ne se perd tout se recycle !
En Inde, l’indigo a été symbole de rébellion. En effet commercialisé sous forme de blocs séchés le commerce de l’indigoterie a occasionné au XIXe siècle un durcissement des conditions de travail des ouvriers indiens par les colons anglais. La révolte a été cautionnée par Gandhi. Les motifs brodés en Inde sont d’inspiration naturelle.
Le parti pris est de présenter les vêtements principalement à plat, tendus sur les murs. Certaines pièces (sûrement moins fragiles ?) sont posées sur des cintres métalliques ou tenus par des pinces. Des stockmans (mannequins) sont utilisés pour présenter silhouettes les plus richement ornées. Peu de vitrines, mais un système de marquage au sol et de fils tendus pour matérialiser les espaces d’exposition. Au début c’est un peu déstabilisant (vieillot ?) d’avoir un accrochage très ethnographique. Cependant les pièces sont tellement variées et très souvent magnifiques, que le visiteur se laisse gagner par cette accumulation. Cette alternance de motifs bleu et blanc, de broderies et de couleurs vives avec toujours en arrière plan ce bleu vibrant, changeant qui dépayse totalement.
Un des points forts d’Indigo c’est aussi les informations sur les oeuvres. Elles sont distillées pièce par pièce souvent à l’aide d’une grande étiquette carrée qui donne bien sur la provenance et le lieu de conservation, mais aussi quelques détails pratiques ou techniques.
Indigo est vraiment une exposition passionnante qui va au delà d’une analyse technique. Elle permet de voyager, et de voir qu’à partir d’une variété de pigment, le bleu est réinventé en permanence en fonction du pays dans lequel il est utilisé. C’est une manière réjouissante de montrer l’imagination et la diversité de réalisations humaines.

Les mains d’un teinturier-imprimeur autrichien tenant deux blocs de pigment indigo indien
© Catherine Legrand
A noter que le catalogue (Edition de la Martinière) qui accompagne l’exposition est très beau et particulièrement bien documenté avec une multitude de photos in situ. Indigo Bibliothèque Forney Du mardi au samedi de 13h à 19h jusqu’au 2 Mai 2015
Read MoreDéboutonner la mode est la nouvelle grande exposition du musée de la mode et du textile. Enfant je pouvais passer des heures à jouer avec la boîte à boutons de ma maman. Tout retourner, les trier, par couleurs, formes, motifs, c’était un vrai trésor ! Entrer dans cette exposition c’est un peu retrouver ce plaisir, les explications en plus.
En 2012, le collectionneur Loïc Allio fait don de sa collection de boutons au musée. Véronique Belloir, commissaire de l’exposition et chargée des collections au musée Galliera raconte le travail minutieux qu’elle a réalisé avec son équipe et le photographe Patrick Gries pour organiser, classifier, répertorier.
« C’était un travail colossal » Véronique Belliard
Pour comprendre le bouton, l’exposition commence par une vitrine sur les matériaux utilisés. Si la nacre ou le bois sont connus de tous, le champ des possibles est immense, métal, papier, passementerie de soie mais aussi par exemple peau d’éléphant ou pain… Ces grandes boîtes qui font correspondre objets et boutons sont très esthétiques et didactiques.
Si la fonction du bouton est évidente, on apprend que son usage commence vraiment au XIIIe siècle. Le plus ancien spécimen de cette collection remonte au Ve siècle avant J-C et provient de la région de l’Ordos en Chine. Ici on comprend que le bouton au XVIIIe siècle et d’abord une histoire d’homme. Il orne le costume masculin et peut être la déclinaison du motif principal du tissu. Ame d’os, ou de bois il est recouvert de métal lamé et de passementerie.
Il devient aussi une manière d’afficher des penchants et des opinions avec des scènes miniatures. Le vêtement masculin est très codifié et à la fin du siècle, un habit comporte 18 boutons et seuls 2 ou 3 sont fonctionnels. Le bouton devient alors un objet de luxe d’orfèvrerie qui perd sa fonction première.
En 1808 les vêtements adoptent des proportions « à l’antique » et la passementerie en tresses et triple rang de boutons du Dolman (veste du folklore hongrois).
C’est avec cette mode que le bouton devient aussi un élément du vestiaire féminin. La robe dite redingote se porte avec un gros jupon de linon blanc. Les coupes et les tissus sont sobres. C’est un grand succès de la fin du XVIIIe siècle.
Pour la femme, d’ornement le bouton reprend une place fonctionnelle. Séparant sagement le vêtement symétriquement, il enferme chastement le corps, pour laisser la place à l’esprit, à la pensée selon les idées en vogue. De même pour l’homme le boutonnage prend le pas sur le bouton (différence subtile). Il continue néanmoins par sa position sur les gilets à dicter les codes de l’élégance. Brumell inspire ces nouveaux usages.
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, ce courant touche tous les domaines : mobilier, bijoux, vêtements et… boutons. Les lignes deviennent sinueuses et les motifs sont stylisés. Le bouton devient tellement précieux qu’il devient alors un cadeaux à part entière, présenté par série dans des écrins comme pour un bijou.
1880, le corset est bien fermé. Les boutons prennent une autre dimension sociale, car ils sont boutonnés dans le dos. Difficile alors de s‘habiller seule… Le devant de l’habit reste sage. On trouve néanmoins quelques boutons dissimulés au niveau du col qui cache parfois des scènes érotiques.
Peu à peu, le bouton prend son envol. Trente mille personnes travaillent pour cette industrie. De véritables capitales industrielles se créent. Méru dans l’Oise travaille la nacre, Briare la céramique émaillée avec un procédé industriel innovant. Les vitrines présentent nombres de planches de boutons, un « tire bouton » utilisé pour les minuscules boutons de bottines, ainsi que de nombreux exemples de sous-vêtements.
La silhouette féminine évolue et l’ornement aussi. C’est l’apparition de minuscules boutons « en soutane ». Paul Poiret les place au cœur de ses créations. Pour illustrer cette période la scénographie utilise des tirages grandeur nature de photos en fond de vitrine qui se juxtaposent aux mannequins portant les vêtements, donnant une impression vivante sans artifice numérique.
La dernière salle du rez-de-chaussée est consacrée à Henri Hamm (1871-1961). Neuf cents pièces issues de son atelier sont présentées, se démultipliant dans les miroirs. Peints ou teints, sa production est variée et présente un goût marqué pour la couleur. Ces inspirations sont issues de la faune et de la flore. Cette multitude n’est en rien monotone grâce à des regroupements par couleurs, matières, formes…
Le second étage de l’exposition consacre la création du XXe siècle. Deux matières apparaissent : la Galalithe et le celluloïd, permettant d’obtenir de la brillance et une infinité de formes.
Les années 30 et 40 marque l’émergence des paruriers. Ces artisans se spécialisent : Rousselet travaille la perle, Lemarchand, le cuir et Scemama le bouton fantaisie. C’est aussi la période où la géométrie, la coupe et l’abstraction sont à l’honneur. Le bouton répond au tissu. Chez Vionnet on trouve de gros boutons boules et plats. C’est l’apogée de la simplicité des formes.
Ce qui est intéressant avec les boutons, c’est leur adaptation à la situation. Par exemple en 1925, les robes raccourcissent et la mode est aux bas de soie couleur chair. Les jarretelles sont amovibles et les petits boutons de nacre fantaisies se placent à cet endroit caché. L’exposition présente de ravissants exemples de visages peints sur de la soie.
En 1940, le bouton devient patriotique, il égaye les habits de l’occupation en étant parfois la seule touche de couleur. A la libération il devient un moyen d’exprimer ses convictions.
Ce célèbre parurier, descendant de Victor Hugo, est au cœur même de l’avant garde artistique et de la haute-couture. Il travaille avec Picasso, côtoie Arp, Matta, Ernst, Derain et Cocteau… De 1939 à 1955, il fabrique des boutons pour la haute-couture. Ses matériaux ne sont pas conventionnels. Il peut partir de fils électriques tordus, plissés, tressés, aplatis, mais aussi de cailloux sertis d’or.
Les grands couturiers lui font confiance, comme Christian Dior, Jacques Fath ou Gabrielle Chanel. Il développe une grande complicité avec Schiaparelli pour laquelle il utilisera des refusés de Chanel. Sa production est très variée et créative.
La dernière partie de l’exposition s’intéresse aux couturiers célèbres et à leur usage du bouton. C’est en effet pendant cette période que les paruriers font du bouton un pendant du vêtement, véritable bijou fantaisie unique.
Elsa Schiparelli puise son inspiration dans le surréalisme. Elle propose des défilés à thèmes comme l’astrologie, le cirque, les papillons. Elle envisage les boutons comme des détails précieux, surdimensionnés et décoratifs. Les boutons deviennent papillons, cigales mordorées ou coléoptères. Pour ce travail incroyable, c’est Jean Schlumberger qui réalise les idées d’Elsa. Il invente dans son atelier de joallerie boutons, broches, peignes. Il emploie de l’émail du métal, des perles de verre comme sur ce couple d’autruches à pendeloques.
Jean Clément travaille lui aussi pour Schiaparelli avec de la résine et de l’émail, produisant entre autre des formes d’objets ou d’instruments de musique. Christian Dior renouvelle ses formes de boutons à chaque nouvelle collection. Il travaille avec Roger Jean-Pierre et Francis Winter. La maison Gripoix produit les boutons de Chanel qui leur donnent une allure quasiment militaire. Pour Balenciaga, le boutonnage rythme le vêtement et les boutons sont ouvragés et plats.
Yves Saint Laurent leur accorde tellement de place qu’ils sont préfigurés sur les toiles des vêtements. La scénographie reproduit les plateaux de boutons qui étaient toujours disponible dans son studio de création.
Courrège avec ses silhouettes simples et graphiques choisit de simples pastilles de plastique.
Une dernière salle accentue cette proximité entre artiste et bouton d’art en présentant les travaux de nombreux artistes comme Sonia Delaunay ou Line Vautrin.
L’article est long mais l’exposition est fleuve. La scénographie donne une proximité plaisante avec les œuvres car les mannequins sont proches des vitrines, sans piedestal. Pas de lassitude car chaque section se renouvelle, alternant des séries de photos, des boutons bien sûr, mais aussi des univers propres aux paruriers ou aux créateurs. A noter un effort important sur la taille des cartels et les numéros auxquels ils se réfèrent. L’obscurité est de mise et rend l’ensemble solennel.
Deboutonner la mode
Musée de la mode et du textile
jusqu’au 19 juillet 2015
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J’ai décidé d’inaugurer un nouveau tag dans ce blog. Même si ça n’est pas quelque chose que je mets en avant (évidemment) sur ce site, j’ai aussi des enfants, à qui j’essaie de faire partager mon goût des expositions. Alors quand c’est possible je les traine emmène en fonction de leurs goûts et de l’actualité. Intéresser en même temps des enfants de 6, 9 et 11 ans c’est un challenge. Cette semaine de vacances était propice en découvertes, au programme :
Le cerveau, ombres et lumières et les transports à la cité des sciences ainsi que Les animaux font le mur et Voyager au Moyen-Age au musée de Cluny.
Bon d’accord avec la Cité des sciences, j’ai commencé avec une valeur sûre. D’abord si vous hésitez encore, je vous conseille vivement le pass famille (2 adultes et toute la fratrie pour 85 euros annuels). Deux visites dans l’année et c’est rentabilisé. La cité des enfants est toujours un must, mais j’essaie aussi de leur faire découvrir les autres richesses du lieu.
Ce matin là, personne dans l’expo (Titeuf et son zizi sexuel et la Géode devaient faire le plein). Une délicieuse scénographie de manoir hanté, grincements de porte, et mobilier suspendu. Mais il ne faut pas s’y tromper les enfants adorent ! On peut entre autre étirer son ombre, la manipuler, la photographier, découvrir des angles de son visage grâce à des lampes latérales, jouer au cuisinier des couleurs ou visualiser un film avec des canivets qui pendent comme une lessive sur un fil.
Chacun y trouve son compte selon son envie d’apprendre et d’expérimenter. Le jour de notre visite, un seul dispositif était en panne. On retrouve toute l’intelligence des expos de la cité : une part d’imaginaire, une part d’expérimentation et une part d’explication.
L’exposition se prolonge par un site spécifique toujours ludique et intelligent. L’ombre photographiée dans l’ombromaton est disponible un mois sur le site et peut être imprimée.
Cette nouvelle exposition permanente est un enchantement. On appréhende le cerveau à tout point de vue : caractéristiques, construction, fonctionnement. Les synapses et les neurones deviennent des mots simples pour les enfants. Les vidéos explicatives sont bien construites et suffisamment courtes pour être vues en entier. Là encore la scénographie est très belle. Le bleu est omniprésent et les lampes chapeaux melons donnent une touche surréaliste à l’ensemble.
Les expériences à réaliser sont nombreuses et variées. Les adultes comme les enfants se prennent au jeu.
Le dernier volet de l’exposition sur le cerveau social est formidable de second degré et d’informations, rires garantis avec le film des chevreaux suprématistes.
Au final, un bon moment (qui a bien dû nous occuper 2 heures sans lassitude). Nombreuses ressources vidéo à retrouver sur le site.
C’est aussi une exposition permanente comme “Le Cerveau”. Elle s’adresse aux enfants à partir de 6 ans et fait le point sur la mobilité et les hommes à travers le monde. Dit comme cela c’est vaste, mais l’expo est truffée d’écrans, de quizz, de cartes interactives et d’énigmes. On apprend entre autre à optimiser un avion pour qu’il vole mieux. Une joyeuse installation artistique fait un carton auprès des visiteurs, Le manège : une œuvre interactive et collective, de Pierrick Sorin. Le principe : les visiteurs se prennent en photo pour apparaître quasi instantanément sur le mur d’écrans animés pour chevaucher une moto, un bus ou même un poisson ! Même les plus timides ne résistent pas à la tentation car le résultat est très drôle. L’artiste se met lui même en scène dans son installation, cherchez-le ! A noter qu’une exposition de Pierrick Sorin sera présentée à la galerie Pièce unique à partir du 20 novembre.
Là encore la vidéo est omniprésente et donne lieu à de réjouissants petits films comme par exemple celui sur la RATP et les rencontres dans la ville.
Seconde séance des expositions et direction le musée de Cluny : Les animaux font le mur , et Voyager au Moyen-Age.
A l’occasion de l’anniversaire de la grande galerie du Muséum d’histoire naturelle, plusieurs manifestations mettent en scène des prêts hors les murs. Au musée de Cluny, l’exposition tourne autour de la Dame à la licorne. Un fascicule ludique est offert eux enfants (pas vraiment spontanément…) pour rechercher des animaux et des herbiers dans les œuvres. Le support est attractif et permet d’aiguiser l’observation tout en apportant des éléments sur les correspondances avec les sens.
Il est dommage que la salle 17, dans laquelle se trouvent les animaux et fleurs du muséum soit si mal indiquée. Elle est à côté du cycle de la licorne mais tous les visiteurs refaisaient le trajet dans l’autre sens… une flèche ou un numéro visible fluidifierait l’ensemble. La vitrine des animaux est extraordinaire par la ressemblance frappante entre le tissage et la réalité. C’est aussi l’occasion de découvrir la genette (au premier plan dans la photo).

© De fil en archive La vitrine des animaux du Museum et rapport avec le cycle de la Dame à la licorne.
Le pari est gagné, les enfants ont joué le jeu de l’observation et ont pu découvrir cet élément important qu’est la tenture dans l’habitat du Moyen-Age, et relier les notions étudiées à l’école et le musée.
Cette nouvelle exposition permet de découvrir la diversité des voyageurs, leurs pratiques et leurs croyances au Moyen-Age. De la carte à l’horizontale, table de Peutinger indiquant sur plus de 6 mètres toutes les routes de l’Europe, en passant par le rouleau des morts de Saint Bénigne de Dijon qui contribuait au souvenir des morts des abbayes, le panorama est éclectique. Là encore sur le très beau site web du musée de Cluny était signalé un fascicule pour enfant en partenariat avec Paris Mômes. J’ai pu en imprimer un seul grâce à ma merveilleuse imprimante et j’en ai demandé d’autres à l’accueil du musée. A ma grande surprise, alors que l’exposition avait commencé deux jours avant, aucun livret enfant…Un peu dommage non ?
Ce support pédagogique est intéressant en soi, mais difficile à utiliser pendant la visite, je le vois davantage comme un récapitulatif en complément de la visite. L’exposition est plongée dans la pénombre certainement pour la conservation des pièces fragiles, mais cela ajoute à la difficulté pour les enfants de se repérer dans les thématiques. L’exposition est en revanche passionnante pour les adultes, son cadre dans le frigidarium des thermes la met bien en valeur, mais elle reste à mon sens un peu complexe pour un jeune public. Avec un peu de chance ils auront quand même retenu le rôle de St Christophe pour les voyageurs !
Le défi est relevé, les enfants ont tous trouvé des centres d’intérêts à ces visites de vacance. A suivre…
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