A l’institut suédois à Paris se tient une exposition pour découvrir l’essence même de la mode suédoise. Quand on pense Suède, on visualise évidemment des marques comme H&M ou COS (même groupe) ou des matières brutes, le jean omniprésent (Acne) et des matières chaudes, du jacquard, des semelles de bois traditionnelles (Kerstin Adolphson) et de ravissants bracelets en cuir de renne. Eh bien dans cette exposition on enrichit sensiblement notre vision.
L’exposition est tirée de celle qui s’est tenue à Stockholm cet été au Sven-Harry’s Art Museum, orchestrée par Cia Jansson du Elle Suède et Michael Elmenbeck. L’exposition est courte, mais percutante. Chaque pièce représente presque un manifeste à elle seule.
La photo de mode suédoise est intrinsèquement liée aux paysages, et à un sentiment de tranquillité. Cependant il ne faut pas s’y fier, car la nature dans les clichés de Johan Sandberg agit comme une toile de fond, muette. Son rapport à la lumière est directement lié à l’importance de celle-ci en Suède (journées sans fin ou au contraire nuits très longues). Il joue avec les ombres et les différentes nuances de gris, mettant ainsi en valeur les expressions personnelles de ses sujets.
Dans les œuvres présentées, ce qui domine c’est une esthétique très froide, mais avec une lumière maîtrisée qui nimbe et ne découpe pas les sujets. Ils sont mis en avant avec subtilité, sans optimisme mais avec précision.
Dans les années 2000, les créateurs suédois comme Sandra Backlund, Bea Szvenfeld ou Fifth Avenue Shoe repair remettent l’artisanat à l’honneur. Les créations sont souvent des pièces uniques, ce qui permet un travail très élaboré sans contrainte de production. Les matières les plus variées sont alors choisies : papier, laine, métal, paillettes. Tout est bon pour créer des œuvres très graphiques. Il s’agit d’utiliser les techniques traditionnelles pour un résultat innovant. La laine devient sculpture, le papier est utilisé comme un savant origami géant à mi-chemin entre la plume et la représentation d’une molécule, les sequins créent une cuirasse de pastilles brillantes.

Bea Szenfeld robe de papier, 2014, créée exclusivement pour l’exposition Swedish fashion 2000-2015 ©Defilenarchive
Cette profusion de techniques et d’amoncellements conduit naturellement à une autre évidence : la mode suédoise aime le volume. Les vêtements ne cherchent pas à magnifier une ligne ou une courbe, ils en créent de nouvelles ! Le corps disparaît, enveloppé, support d’une allure inédite. Tricot, papier, sont autant de petits modules qui semblent proliférer harmonieusement mais indépendamment du vêtement lui même. C’est particulièrement vrai pour le travail de Sandra Backlund, gagnante du Festival de Hyères en 2007.
Dans la mode suédoise, on trouve aisément du blanc, du noir, toute une palette de teintes sourdes et quelquefois des explosions de couleurs vives: un rouge incandescent, un rose tyrien, un jaune éclatant. Dans les exemples de l’exposition c’est surtout l’équation une pièce = une couleur. Ca brille sans être clinquant. Les pièces sont fortes, graphiques et parfois agressives. Elles ne laissent pas indifférent.
Les créateurs pour le prêt à porter, privilégient une approche mixte (pas pour tout bien sûr…). Beaucoup de vestes, de chemises, de pantalons cigarettes, de boots et de chaussures inspirées du vestiaire masculin. L’idée reste de mélanger le meilleur des deux, de mélanger les formes et d’obtenir un nouveau répertoire.
Si ne vous connaissez pas l’institut suédois, c’est l’occasion de programmer une petite balade dans le Marais. Le lieu est superbe, l’hôtel de Marle abrite entre autre une cour intérieure et un jardin.
La scénographie se présente comme une grande vague d’ardoise noire, ponctuée de mannequins. Seuls le nom du créateur et la date du vêtement exposé sont écrits directement à la craie sur le socle. Pas de vitrine pour protéger les œuvres (comme pour l’exposition sur les années 50 à Galliera). Les photos et les illustrations répondent en contre-point. Une vidéo du Beckman’s College of Design complète le dispositif.
A ne pas manquer non plus les nombreuses illustrations exposées (en particulier dans la montée d’escalier). Elles témoignent de la richesse de techniques employées, avec beaucoup de dessins et d’aquarelles, qui montrent la vivacité de la création suédoise.
Exposition visible à l’Institut Suédois jusqu’au 19 octobre 2014 11 rue Payenne, 75003 (métro Saint Paul) https://paris.si.se/ Plusieurs activités sont proposées autour de l’exposition.
Read MoreIl y a des expos dont les sujets sont alléchants et c’est un vrai bonheur de les découvrir. L’expo de Galliera fait partie de celles-ci. Quand on entend années 50, on voit très vite une jupe ample, une taille fine et marquée, le New-look de Christian Dior. C’est aussi une envie d’élégance, de nouvelles expériences, une période joyeuse due au contexte historique.
Eh bien cette exposition permet vraiment de ressentir ce souffle de vie. La scénographie est très agréable. On retrouve un parfait équilibre en photos, vêtements et accessoires. Les vitrines sont variées. Le mur de couvertures de « ELLE », est une constante cette année (Dries Van Noten, Dior et la photographie et bien sûr papier glacé).
Les cartels sont larges et explicatifs ce qui est un vrai plus. Une attention que j’apprécie particulièrement à Galliera, c’est le soin apporté à nommer non seulement les photographes des clichés, mais aussi le plus souvent possible les mannequins. Manière subtile de ne pas les cantonner à un rôle subalterne.
De cette période faste, on redécouvre les différentes tendances, la spécificité des couturiers. Ainsi on découvre que Jacques Fath avait en genèse la silhouette féminine mise en avant par le New-Look. Carven revendique la création pour les femmes petites et menues. Elle assimile les codes de la silhouette en vogue, mais la retravaille dans une esthétique différente.

Carven, P/E 1951 / Alwynn, vers 1950 / Jacques Heim, P/E1951 Collection Palais Galliera
© Gregoire Alexandre
Hubert de Givenchy, dont la maison ouvre en 1952, est alors un jeune homme audacieux et espiègle qui joue avec les tissus en collaboration avec Brossin de Méré. La robe a imprimé petits pois en est un exemple emblématique.
La codification des vêtements pour la journée et pour le soir est encore très présente : robe d’après-midi, de cocktail, du soir… C’est aussi le début des robes de plage et de campagne, qui perdent en rigidité et se laissent aller un une allure marine, évoquant le souffle de la liberté. Le contre pied de ce répertoire très codifié vient de Gabrielle Chanel.
Toutes ces tendances sont développées. Le clou de l’exposition reste tout de même la place laissée aux robes du soir.
«Les robes du soir sont le luxe des couturiers. Ils y mettent toute leur fantaisie. Elles représentent environ un dixième des modèles de la collection»
Paris Match, édition du 02/09/1950
Pour cette seconde partie, le parti-pris est de ne présenter que quelques robes à la fois, permettant de ne pas avoir l’œil noyé par l’abondance. Des débuts d’Yves saint Laurent chez Dior avec la robe courte « Aurore », aux silhouettes incroyable de Grès (comme la robe bustier drapée en velours de soie changeant) et Balmain, l’émerveillement atteint son paroxysme avec les robes de Christian Dior.

Dior par Yves Saint Laurent, robe du soir “Aurore”, P/E1958. Faille de soie de Lajoinie.
© Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

Christian Dior (Boutique), 1953-1954 / Jacques Fath, vers 1947 / Grès, A/H 1956 Collection Palais Galliera
© Gregoire Alexandre
Robes bustiers, broderies d’inspiration XVIIIe, chaque pièce est un émerveillement. On parcourt cette expo comme une parenthèse où la féminité, la couleur, le sens du détail sont à mis en valeur.
A voir avec bonheur jusqu’au 2 Novembre 2014
http://www.palaisgalliera.paris.fr
Read MoreGranville c’est un peu loin en Normandie, mais il y a là-bas la maison d’enfance de Christian Dior. Transformée depuis plusieurs années en musée, la villa les Rhumbs accueille pour la saison une exposition sur les rapports étroits de la photo et la maison Dior. Barbara Jeauffroy Mairet, commissaire associée a eu la gentillesse de nous raconter les coulisses de la préparation.
Pourquoi avoir choisi la photographie ?
Ce thème n’avait encore jamais été abordé dans nos expositions. Ca a été pour nous l’occasion de faire des recherches spécifiques : le fond Condé Nast, le fond du magazine Elle, des recherches au musée des arts décoratifs et au musée Galliera.
Nous avons procédé à un dépouillement systématique (pour le magazine Elle jusqu’en 1964). Cela nous a permis de faire de jolies découvertes.
La photo est-elle abordée uniquement sur la période Christian Dior ?
Non, la photo est prise en compte pour la vie de la maison Dior, de son fondateur à Raf Simons. Les photographes présentés sont entre autre Irving Penn, Horst, Sarah Moon mais aussi Patrick Demarchelier et Inez van Lamsveerde Vinooh Matadin qui sont très présents aujourd’hui dans la maison Dior.

Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, 2012.
Dans la galerie des Glaces du château de Versailles, robe de la collection Prêt-à-Porter automne 2012. © Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin.
Dominique Isserman nous a accordé une interview. Ses tirages présentés à Granville sont d’une qualité exceptionnelle. Elle en a supervisé l’exécution et cela procure beaucoup d‘émotions en observant ses photos. C’est une démarche que nous avons privilégiée : avoir le maximum de tirages originaux et validés par le photographe quand cela était possible.
La photo est un art et le tirage est primordial.
Nous avons eu pour l’exposition le prêt d’un tirage original de Peter Knapp par le musée Nicéphore Nièpce de Châlon sur Saône.
Il y a t’il une photo mythique de présentée dans l’exposition ?
Oui, la fondation Pierre Bergé YSL nous a prêté la photo « Dovima et les éléphants » de Richard Avedon qui date de 1955. Christian Dior était encore vivant mais il est avéré que la robe de la photo « Soirée Paris » a été créée par Yves Saint-Laurent. Cette photo a été fprise pour le Harper’s Bazaar. Le tirage présenté a vraisemblablement été offert à Saint Laurent par Avedon lui même. C’est encore plus émouvant. Pour l’occasion nous avons rencontré Emilien Bouglione qui se souvient de la séance photo. Les éléphants étaient ceux du cirque Bouglione (Article à retrouver dans le catalogue de l’exposition)

Photo extraite du catalogue de l’exposition
Dovima et les éléphants- Richard Avedon ©defilenarchive.com
Comment s’est fait le choix des robes présentées au musée ?
200 tirages photographiques sont présentés dans l’exposition et 60 robes issues de ces photos sont exposées ce qui est formidable. L’exposition s’articule en plusieurs thèmes. Au rez-de-chaussée on retrouve les photos mythiques de la maison Dior avec entre autre la célèbre composition de Loomis Dean qui montre les mannequins sur un escabeau. La scénographie met les vêtements en résonance avec les tirages photos. Par exemple pour cette photo, les robes sont présentées dans la même position.
Il y a cette année un très gros travail de scénographie avec un nouveau partenaire, l’agence Alighieri. Beaucoup de nouveautés muséographiques avec des blocs vitrines remodelés qui incluent un vrai sol technique.
Toutes les parties de la maison ont été reprises, en particulier le bureau du père de Christian Dior. Une salle tendue de toile de Jouy rappelle la boutique Colifichets de 1947, et montre des photos ayant trait au voyage. Il y a aussi d’autres tableaux : De Paris à Versailles pour les thèmes en extérieurs ou encore le cycle d’une journée. Les vêtements répondent aux photos. La couleur est utilisée de manière monobloc.

Norman Parkinson, 1950.
Robe Mozart, collection Haute Couture printemps-été 1950, ligne Verticale. © Copyright Norman Parkinson Ltd/Courtesy Norman Parkinson Archive
Au dernier étage c’est le photographe photographié avec le mannequin Bettina portant la robe « Grand Mogol » sur la place de la Concorde. La dernière pièce restitue le bureau d’une rédactrice en chef et montre à la fois le travail de stylisme avec les robes sur un portant et le travail de photographie qui est fait dans les magazines, en montrant comment l’image peut être modifiée, retravaillée. Cette pièce toute rose est très ludique. Elle présente aussi un all over de couverture de magazine de photos de Dior, comme un jeu dans l’exposition. A noter le beau catalogue, véritable complément de l’exposition.

Henry Clarke, 1956.
Chapeau du modèle Raout, collection Haute Couture printemps-été 1956, ligne Flèche. © Henry Clarke/Galliera/Roger-Viollet,
© Henry Clarke, Musée Galliera/Adagp, Paris 2014.
http://www.musee-dior-granville.com/ jusqu’au 21 Septembre 2014
Read MoreAu Metropolitan Museum à New-York se tient actuellement une exposition sur le couturier Charles James, Charles James beyond fashion. J’ai eu le plaisir de la visiter, je vous raconte ?
Charles James est un couturier anglo-américain. Très connu pour ces magnifiques robes de bal, il a une approche spécifique de la construction des vêtements. En effet, il conçoit chaque pièce comme une sculpture, en utilisant une technique particulière d’assemblage et de drapés. Il voit la couture comme une synthèse entre mathématique et art. Il s’installe à New-York dès 1928 et travaillera aussi à Paris et à Londres. Ses créations sont saluées et reconnues, mais il fera faillite dès 1958.
L’exposition du Met montre trois aspects de son travail.

. Gallery View
Anna Wintour Costume Center, Lizzie and Jonathan Tisch Gallery
Image: © The Metropolitan Museum of Art
La première salle permet de contempler les vêtements d’une journée complète avec des thèmes spécifiques : Spirals & Wraps, Drapes & Folds, Platonic Form, and Anatomical Cut. On y voit de nombreux manteaux de jour, des robes dans une muséographie très théâtrale et plongée dans le noir. Toutes les pièces sont sur un socle géant en forme de croix autour duquel le spectateur déambule. Les pièces sont représentatives des heures de gloire du couturier dans les années 50. Les vêtements semblent flotter grâce au mannequinage qui fait disparaître le support. Les tissus sont très caractéristiques, beaucoup de drap de laine, manteaux du soir en tartan et robes drapées. Les coupes présentées arrondissent les épaules, marquent la taille pour une silhouette typique de cette période.
Dans la galerie Carl and Iris Barrel Apfel, on peut admirer les archives personnelles de Charles James, qui ont été léguées en 2013 au musée. Charles James a de son vivant (il est mort en 1978) fait don de nombreuses œuvres au musée de Brooklyn. En effet, il situait son travail entre art plastique et mode et trouvait que ses expérimentations étaient en adéquation avec l’univers muséal. Dans cette salle, on retrouve de des collages de photographies, des patrons, des dessins, des bons de commandes, mais aussi des formes en plâtre de certaines robes, des sculptures et aussi des chapeaux qui représentent une partie non négligeable de son travail après la faillite de sa maison. Une ravissante petite cape d’enfant arrondie est placée à côté d’un modèle adulte semblable et d’un modèle en toile reprenant la même forme. Ces archives très complètent permettent de mieux appréhender les obsessions stylistiques et la technique de Charles James.

First Floor Special Exhibition Gallery, Muslin and Sofa Alcove
Image: © The Metropolitan Museum of Art
La dernière partie de l’exposition, au rez-de-chaussée, est la plus spectaculaire. Le Costume Institute’s Anna Wintour Costume Center dans lequel a lieu cette dernière partie de l’exposition a été récemment rénové. Une avant salle met en scène les toiles blanches des robes, autour d’un sofa. Dans la salle suivante, les robes sont disposées individuellement sur de très larges socles ronds qui sans vitres protectrices (comme dans une grande partie de l’exposition). On peut tourner autour comme on le ferait dans une salle de bal. Les miroirs démultiplient l’espace. Les robes les plus emblématiques du couturier sont présentées “feuille de trèfle”, “papillon”, “arbre” et “Swan”. Couleurs vives, belles matières : soie, velours, satin, tout le savoir-faire de Charles James est présenté. Les jeux de drapés, lignes sirènes, robes fourreaux forme un ensemble sublime.
Cerise sur le gâteau, sur beaucoup de modèles, une caméra fixe filme et scanne la robe, analyse la structure en 3D, la morphologie, la mise en couleur et reconstruit le patron pour comprendre la structure de la robe. Un des plus beaux dispositifs média que j’ai vu pour une exposition. Loin d’être un gadget il éclaire sur ce travail très spécifique. Cette exposition monographique aide à prendre la mesure du spectaculaire travail de Charles James. Charles James beyond fashion, Metropolitan Museum New York jusqu’au 10 Août 2014 Pour en savoir plus sur Charles James, Créateurs de modes de Pamela Golbin aux Editions du chêne Pour voir davantage de photos, c’est ici :

“Clover Leaf” Ball Gown, 1953
Pink silk faille, copper silk shantung, black silk lace with ivory silk
The Metropolitan Museum of Art, Brooklyn Museum Costume Collection at The
Metropolitan Museum of Art, Gift of the Brooklyn Museum, 2009; Gift of
Josephine Abercrombie, 1953 (2009.300.784)
Image: © The Metropolitan Museum of Art

Charles James (American, born Great Britain, 1906–1978)
Ball Gown, 1949-50
Red silk velvet, red silk satin, white cotton organdy
The Metropolitan Museum of Art, Brooklyn Museum Costume Collection at The
Metropolitan Museum of Art, Gift of the Brooklyn Museum, 2009; Gift of Arturo
and Paul Peralta-Ramos, 1954 (2009.300.2786)
Photo: © The Metropolitan Museum of Art, by Karin Willis

Charles James (American, born Great Britain, 1906–1978)
“Butterfly” Ball Gown, ca. 1955
Brown silk chiffon, cream silk satin, brown silk satin, dark brown nylon tulle
The Metropolitan Museum of Art, Purchase, Friends of The Costume Institute
Fund, 2013 (2013.591)
Photo: © The Metropolitan Museum of Art, by Karin Willis

Charles James, 1936
Courtesy of The Metropolitan Museum of Art, Photograph by Cecil Beaton, The
Cecil Beaton Studio Archive at Sotheby’s

Charles James Butterfly Gown, 1954
Courtesy of The Metropolitan Museum of Art, Photograph by Cecil Beaton, The
Cecil Beaton Studio Archive at Sotheby’s

Nancy James in Charles James Swan Gown, 1955
Courtesy of The Metropolitan Museum of Art, Photograph by Cecil Beaton, The
Cecil Beaton Studio Archive at Sotheby’s

Charles James with Model, 1948
Courtesy of The Metropolitan Museum of Art, Photograph by Cecil Beaton,
Beaton / Vogue / Condé Nast Archive. Copyright © Condé Nast

Charles James Ball Gowns, 1948
Courtesy of The Metropolitan Museum of Art, Photograph by Cecil Beaton,
Beaton / Vogue / Condé Nast Archive. Copyright © Condé Nast
Read More
Entrer dans cette fondation, pour cette exposition en particulier, c’est vivre un vrai dépaysement. On quitte l’avenue Marceau pour se retrouver propulsé directement au Maroc : les couleurs chaudes, la musique, et les photos en noir et blanc, de Jean Besancenot entre autres, projetées au mur, permettent de se plonger dans le sujet. Un préambule à l’exposition met en place le contexte. Il faut retenir que les Imazhigen ou Berbères résistent au brassage culturel et que les femmes sont garantes de la pérennité de la tradition et de la langue. Leur culture propre est reconnue au Maroc officiellement depuis 2011 seulement. Les cartes et les photos permettent d’appréhender un peu la géographie et les distinctions entre les différents costumes.
Les premières vitrines présentent de nombreux tapis, aux motifs géométriques, issus de tissage traditionnel ainsi que des récipients en terre cuite. Certaines pièces sont techniquement étonnantes comme la cape d’un enfant berger, tissée en une seule pièce, ou encore une couverture de selle qui reprend la forme de celle-ci.La scénographie de cette première salle est particulièrement traditionnelle, elle met en valeur le savoir-faire qui est très souvent l’apanage des femmes : tissage, vannerie, poterie. Les objets s’accumulent pour donner la mesure du répertoire graphique.
La seconde partie nous transporte au cœur d’un ciel étoilé, émaillé de vitrines et de miroirs et de triptyques vidéo. L’impression de perte de repères s’amplifie. Les installations multimédia sont très réussies et mettent en scène sur mannequins les lourdes parures présentées. L’argent, l’ambre, le verre, les coquillages et l’émail habillent les bustes parés et répondent aux capes de laine tissées, ceintures de coquillages et jambières et mitaines de laine.
Si le goût de l’apparat est bien visible, quelques trop rares explications permettent de comprendre que ces habits avaient des spécificités de lieux, de catégories propres à chaque groupe (comme on pouvait en avoir dans de nombreuses régions du monde).
Les parures, riches, lourdes et colorées, sont articulées en différentes pièces, dont les poétiques clés de voile, qui servent de contre poids pour les coiffures. Les pièces présentées forment un très bel aperçu de la culture berbère, l’exposition permet de s’immerger. Il n’en reste pas moins que la présentation parcellaire et un peu raide des cartels permet d’apprécier un ensemble mais pas une lecture détaillée ou didactique des pièces présentées.
Cette exposition est présentée à la fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et se fait en association avec le musée berbère du jardin Majorelle à Marrakech.

Collier de mariage ou de fête
Ambre, corail, amazonite, coquillages, pièces de monnaie
Région du Souss
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus
Paris, Jusqu’au 20 Juillet 2014
Read MoreEnglish Footer line