Le palais Galliera change de rythme et propose une exposition très séduisante. Exit pour cette saison, les monographies ou les collaborations et retour aux fondamentaux avec un focus sur la propre collection du musée.
Si les thèmes récents s’orientaient davantage vers le XXe siècle, il ne faut pas oublier que le fond de Galliera était lié à l’histoire du vêtement dès 1907. La Société de l’histoire du costume entend alors s’intéresser à tout ce qui se rapporte au corps de tous les membres de la société (société civile, clergé,etc). Ce n’est qu’à partir de 1977 que la mode apparaît dans le nom du musée.
La première grande salle est à mon sens la plus touchante. Elle présente des pièces anciennes voir très anciennes, mais toute la magie de l’expo réside dans son sens du détail. Chaque vêtement ou accessoire a le droit à une description et un cartel fourni qui justifie sa présence dans cette sélection.
Par exemple la petite garde-robe de Louis XVII pourrait sembler anecdotique : deux costumes et une fine chemise. Mais l’intelligence du propos est de montrer au visiteur un portrait de l’enfant avec la même chemise, d’expliquer pourquoi le tissu est de moindre qualité et la forme si caractéristique de la mode de l’époque. Par tous ces détails le vêtement reprend vie et raconte une histoire. Le détail de la minuscule couronne brodée devient un symbole dérisoire de la vie de l’enfant.

Habit, gilet et pantalon ayant appartenu à Louis XVII, Louis Charles de France, duc de Normandie (1785-1795), vers 1792
Toile de coton rayée beige-marron ; boutons de bois recouverts de tissu
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016
J’ai pris cet exemple touchant, mais chaque cartel raconte une histoire différente : la matière, le tissage, la teinture sont autant de détails qui permettent de comprendre comme dans une enquête que sous un gilet en maille d’apparence presque anodine se cache le raffinement de Condorcet. Ou qu’une ombrelle à tête de grue est en fait un « En cas » c’est à dire une ombrelle sans décor pour qu’elle puisse aussi protéger de la pluie…

Gilet tricoté ayant appartenu à Condorcet (1743-1794). Ce gilet à la simplicité trompeuse est en fait un tricotage qui montre les progrès de la maille à la fin du XVIIIe siècle. © De fil en archive
Les robes de l’épouse du docteur Gachet, préservées telles qu’au jour de ses noces, la canne de Jacques Doucet, le magnifique costume brodé du Prince de Ligne qui aimait les jardins au point des les porter sur lui, cet inventaire à la Prévert est vraiment attachant.

Robes portées par Madame Gachet lors de ses noces avec le Docteur Gachet, 1868 Robe de mariée  : faille de soie ivoire
Robe de lendemain de noces : faille de soie gris parme
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016

Gilet d’homme ayant appartenu à Claude-Lamoral II, prince de Ligne et du Saint Empire (1685-1766), Collection Palais Galliera© Pierre Antoine
Un des aspects qui m’a beaucoup plu dans cette exposition est le parti pris de présenter en même temps que ces pièces d’exception les vêtements ordinaires ou codifiés de la société.
Les lourdes jupes amples en gros lainage ou cette veste recoupée dans un surgé de laine bleu mal teint présentent ces habits usuels qui sont modelés par l’usage et en deviennent universels. Ce sont ces pièces qui forment un fil conducteur avec la salle suivante, celle des clientes haute-couture. Elles cohabitent avec les tabliers de jardiniers ou de bonnes.
Les pièces qui arrivent jusqu’au musée sont bien souvent données ou vendues par les clientes elles-mêmes ou leur famille.
Cette section regorge de robes et accessoires regroupés pour évoquer les couturiers et leurs fidèles. L’idée est de redonner vie au vestiaire d’une cliente, son style qui finit par faire corps avec la vision du couturier. Mitzah Bricard et Christian Dior ou Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy. Si l’on y voit de très belles pièces, on est parfois un peu perdu par l’organisation. Là encore j’ai beaucoup apprécié l’évocation des femmes qui se vêtissent chez les couturiers : tempéraments de ces femmes libres comme Daisy Fellowes ou bien sur la duchesse de Windsor. Les artifices pour être élégante en toute circonstance sont assez amusant, en particulier le chapeau d’équitation en forme de canotier avec monocle intégré.

Bottines de chez Hellstren & Sons en cuir camel, lacet de soie, Daisy Fellowes (1890-1962) connue pour sa grande beauté et journaliste au Harper’s Bazaar © De fil en archive

Givenchy, robe en deux parties portée par Audrey Hepburn (1929-1993), 1966 Lainage ivoire
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016
Cette courte section présentée dans le magnifique meuble vitrine, utilisé précédemment, est là aussi très impressionnante. Il montre que les actrices portent facilement en ville des pièces d’abord destinées à la scène et surtout qu’elles se créent souvent leur propre mode. Les chaussures en croco vert de Sacha Guitry , la robe en plumes bleues de Mistinguette ou la jaquette d’amazone de Cléo de Mérode (malheureusement moins mise en valeur) sont très parlantes sur leur indépendance. Elles font la mode et lancent les tendances.

H. J. Nicoll (Londres et Paris), jaquette d’amazone de Cléo de Mérode (Cléopâtre-Diane de Mérode, dite, 1875-1966), vers 1896-1898
Sergé de laine noir
Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP, Paris 2016
Là encore une bonne idée, le témoignage écrit au travers de vêtements des inspiratrices. Jean Charles de Castelbajac, Adeline André et Elli Medeiros restent mes préférés (Vous vous souvenez de « Toi, mon toit »? voici le clip) . La chanteuse raconte comment elle a porté les robes présentées et quelle joie elle a eue à le faire.

Robes d’Elli Medeiros de Jean-Charles de Castelbajac et Adeline André (la rouge). Portées à l’occasion du clip de Toi toi mon toit. © de fil en archive
La dernière partie montre des vêtements de défilés qui n’ont été portés qu’une fois, qui ne sont pas aussi incarnés mais qui retranscrivent au plus près l’idée originelle du créateur. Ces prototypes aussi ont droit à leur anecdote. La robe de Yohji Yamamoto en toile est d’une délicatesse incroyable.
Seule la scénographie m’a laissée sur ma faim. La volonté de renouer avec un accrochage XIXe en accord avec le lieu est un peu déroutante, les coffrages hauts, les mannequins sur des pieds surdimensionnés sont des effets originaux mais rendent moins lisible le propos.
Anatomie d’une collection Palais Galliera, jusqu’au 23 Octobre 2016
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La nouvelle exposition du musée Galliera remonte le temps pour présenter un don majeur de ses collections, celui des vêtements ayant appartenu à la comtesse Greffulhe. S’il n’est pas forcément évident d’intéresser le public à la mode de la fin du siècle dernier, il faut vraiment courir voir cette très belle exposition tant pour ses œuvres que pour sa scénographie.
La comtesse Greffulhe, Élisabeth de Caraman-Chimay, est née en 1860 et meurt en 1952. Nièce de Robert de Montesquiou, passée à la postérité sous la plume de Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu, la comtesse prête ses traits à la duchesse de Guermantes. Elle épouse le comte Henry Greffulhe et devient une figure emblématique par sa richesse, sa beauté et ses actions en matière de vie culturelle et intellectuelle. Grand mécène pour la musique et les ballets russes, elle soutient aussi le capitaine Dreyfus et se passionne pour la science et en particulier Marie Curie. La comtesse Greffulhe est très éclectique, et sa garde-robe est à la hauteur de sa personnalité.
La première salle choisit de présenter la comtesse par petites touches pour la rendre vivante. Une série de dessins contemporains, deux films d’époque où elle pose sur une terrasse, et cette jeune femme n’est plus abstraite. La scénographie (de Béatrice Abonyi) joue sur les faux semblants en utilisant des éléments qui évoquent la scène : des tréteaux, des caisses en trompe-l’œil qui ménagent des coulisses et qui reprennent le style très Napoléon III des boiseries noires et des murs au coloris brique. Ce système de boîte est utilisé notamment pour une somptueuse robe à traîne. Comme souvent à Galliera, les vitrines ont disparu et abolissent la distance avec le spectateur.
Ce qui est frappant c’est l’évolution de son style. Les premières robes, très fortes, sont longues, taille fine et manches gigots, souvent vieux rose ou vert cru. Mais les tissus sont somptueux : velours ciselé pour une robe d’après-midi de Worth, broderies byzantines et bordure de zibeline (toujours Worth), réemploi d’un cadeau russe (un khalat) pour créer une cape d’apparat (qui sera retransformée huit ans plus tard pour suivre la mode). Elles démentent l’allure stricte de ce genre de forme. Elles montrent aussi une perfection du détail, un goût pour les motifs floraux et géométriques.
Une autre tendance dans cette somptueuse garde-robe, c’est le goût pour les kimonos et autres vêtements d’influence orientale. Vers 1910, la maison Vitaldi Babani importe des soieries et des pièces traditionnelles et diffuse aussi le style de Mario Fortuny. Elle crée plus tard ces propres modèles à partir de ces influences croisées. Une robe de l’exposition est d’ailleurs inspirée du célèbre châle blanc Cnossos.

Manteau du soir. Lamé or ; broderies de paillettes, de tubes bleus, et de perles bleues. Lacet de fils métalliques. Vers 1925. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.
Un autre espace est consacré aux robes du soir dans un esprit très contemporain. Les robes noires et blanches souvent de Jeanne Lanvin pourraient très facilement être adaptées à notre époque. Un manteau de soie, de la couturière orné d’un motif de briques est particulièrement moderne. On retrouve là encore les influences byzantines, égyptiennes (hiéroglyphes) qui sont dans l’air du temps. Les vêtements sont accompagnés de pièces d’archives : factures du trousseau de la comtesse, écrits personnels, comme ce texte très surprenant qui explique dans le détail ce que devra être sa tenue mortuaire : un contrôle total de son apparence jusqu’à sa mort et un goût certain de la mise en scène.
Une salle entière est consacrée aux souliers, éventails, chapeaux, épingles à cheveux, ainsi qu’aux accessoires de son époux. Un meuble à vitrines et tiroirs ouverts, donne l’impression de rentrer dans le dressing du couple, tout en protégeant ces accessoires fragiles.
Elle s’initie à la photographie dès 1883 et posera régulièrement dans le studio de Nadar (la référence artistique est primordial) mais aussi dans celui d’Otto Wegener, d’origine suédoise, qui ouvre son atelier place de la Madeleine en 1883 et attire une clientèle élégante issue de la haute société. La comtesse, qui s’aime beaucoup, diffuse ses portraits à ses proches et les accrochent aussi dans ses maisons. La série d’Otto est très vaporeuse et montrent la comtesse portant certaines des robes de l’exposition : la robe exposée dans un nuage de papier de soie, ainsi que la fameuse cape russe.
La meilleure idée de l’exposition est d’avoir diffusée particulièrement dans cette salle de la musique correspondant à l’époque. Ce petit plus permet au spectateur de se laisser envahir par les photos et l’atmosphère romantique.

Photographie de Otto, la comtesse Greffulhe dans une robe de bal, vers 1887 © Otto / Galliera / Roger-Viollet
L’exposition se termine en apothéose avec la robe aux lys de Worth. Elle présente une coupe « princesse », sans couture à la taille, inhabituelle pour l’époque, mettant en valeur la minceur de celle qui la portait. La berthe, sorte de col, qui pouvait se replier en ailes de chauve-souris constitue une allusion à l’animal tutélaire de son oncle Robert de Montesquiou, tandis que le motif de fleurs de lys fait référence au poème que ce dernier avait composé en l’honneur de la comtesse.
Je suis sortie de cette exposition en ayant l’impression d’avoir passé une heure dans une bulle de beauté. Ça n’est jamais désagréable et encore plus en ce moment !
Palais Galliera Jusqu’au 20 mars 2016 puis Museum du FIT de New York en septembre 2016.
Read MoreTiens et si on parlait de Napoléon ? Oui c’est moins habituel ici, mais l’exposition qui vient de s’ouvrir au musée Carnavalet permet aussi de voir quelques vêtements, diadèmes et éventails.
Le thème de cette exposition temporaire est le lien intrinsèque entre Napoléon et la capitale. Plusieurs éléments de sa vie s’y sont déroulés (le coup d’État du 18 Brumaire, le sacre, le mariage avec Marie-Louise, la naissance de son fils, la seconde abdication). Mais au delà de cela, le musée nous montre la manière dont l’empereur a façonné la capitale. Les arcs de triomphe (Grande armée et Carrousel), la colonne Vendôme, mais aussi la réorganisation du palais des Tuileries ou encore la façade de l’assemblée nationale et l’église de la Madeleine. Il souhaitait faire de Paris une ville moderne et pour cela a réalisé des travaux utiles comme les marchés couverts, les fontaines, les canaux. Paris est un mélange de rêves de nouvelle Rome avec ses projets de palais et de ville moderne avec ses équipements dédiés à l’amélioration de la salubrité.

Etienne Bouhot (1780-
1862), La place Vendôme et la rue de Castiglione avec les ruines de l’église des Feuillants, 1808. Huile sur toile 81 x 99 cm. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger-Viollet
L’exposition présente de nombreux éléments de la vie de la Cour dans le palais des Tuileries, de la correspondance et aussi quelques vêtements magnifiques. Si l’uniforme est un élément très utilisé du vestiaire masculin, on trouve aussi des costumes civils. Ce qui est marquant ? L’usage de la couleur et des broderies d’or et d’argent dans les vêtements exposés. Les symboles utilisés sont évidemment l’abeille dorée mais aussi les feuilles de laurier ou les branches de palmier. On est là dans du costume d’apparat. Le costume civil est plus sombre et plus fonctionnel.

Habit de grand maréchal du palais porté par le général Bertrand, 1813. Velours de soie amarante (couleur rouge), broderies de fils lamés, paillettes et cannetilles argent. Musée Galliera. © Ph. Joffre et D. Lifermann /Galliera / Roger-Viollet
La mode féminine se distingue par cette allure très caractéristique : taille haute (empire), simplicité de la silhouette, petites manches. La robe présentée, avec sa traîne arrondie et ses broderies, montre bien le caractère grandiose de la pièce.
« Ces costumes font étalage de luxe et comme le chef d’œuvre d’artisan, ils rassemblent tous les savoir-faire. » Catherine Örmen*
L’exposition intègre dans sa scénographie une rue de Rivoli en miniature, avec ses arcades qui desservent les pièces de l’exposition. Une carte interactive permet de visualiser sur un plan de Paris 53 lieux de l’architecture napoléonienne avec des liens vers les gravures des monuments réels détruits ou qui sont restés à l’état de projet : monuments, fontaines, marchés, rues, hôtels, palais… La carte propose ainsi de revenir sur l’histoire d’un lieu, sa fonction, ses architectes.

Modèle d’une arche du
pont des Arts, 1800 Bois et
fer partiellement doré
62 x 101,5 x 96,5 cm.
© Eric Emo / Musée
Carnavalet / Roger-Viollet

Jean-Antoine Alavoine Le
Chevalier,
Projets pour la fontaine de
l’éléphant place de la
Bastille, vers 1809-1819.
Aquarelle 36 x 57 cm.
© Musée Carnavalet / RogerViollet
De nombreuses activités sont liées à l’exposition. Expérience personnelle, n’hésitez pas à y aller avec vos enfants en CM2, c’est au programme et l’histoire devient tout de suite plus proche avec des exemples réels de lettres ou d’objets.
Musée Carnavalet jusqu’au 30 Août 2015 *Brève histoire de la mode, Catherine Örmen
Read MoreIl y a des expos dont les sujets sont alléchants et c’est un vrai bonheur de les découvrir. L’expo de Galliera fait partie de celles-ci. Quand on entend années 50, on voit très vite une jupe ample, une taille fine et marquée, le New-look de Christian Dior. C’est aussi une envie d’élégance, de nouvelles expériences, une période joyeuse due au contexte historique.
Eh bien cette exposition permet vraiment de ressentir ce souffle de vie. La scénographie est très agréable. On retrouve un parfait équilibre en photos, vêtements et accessoires. Les vitrines sont variées. Le mur de couvertures de « ELLE », est une constante cette année (Dries Van Noten, Dior et la photographie et bien sûr papier glacé).
Les cartels sont larges et explicatifs ce qui est un vrai plus. Une attention que j’apprécie particulièrement à Galliera, c’est le soin apporté à nommer non seulement les photographes des clichés, mais aussi le plus souvent possible les mannequins. Manière subtile de ne pas les cantonner à un rôle subalterne.
De cette période faste, on redécouvre les différentes tendances, la spécificité des couturiers. Ainsi on découvre que Jacques Fath avait en genèse la silhouette féminine mise en avant par le New-Look. Carven revendique la création pour les femmes petites et menues. Elle assimile les codes de la silhouette en vogue, mais la retravaille dans une esthétique différente.

Carven, P/E 1951 / Alwynn, vers 1950 / Jacques Heim, P/E1951 Collection Palais Galliera
© Gregoire Alexandre
Hubert de Givenchy, dont la maison ouvre en 1952, est alors un jeune homme audacieux et espiègle qui joue avec les tissus en collaboration avec Brossin de Méré. La robe a imprimé petits pois en est un exemple emblématique.
La codification des vêtements pour la journée et pour le soir est encore très présente : robe d’après-midi, de cocktail, du soir… C’est aussi le début des robes de plage et de campagne, qui perdent en rigidité et se laissent aller un une allure marine, évoquant le souffle de la liberté. Le contre pied de ce répertoire très codifié vient de Gabrielle Chanel.
Toutes ces tendances sont développées. Le clou de l’exposition reste tout de même la place laissée aux robes du soir.
«Les robes du soir sont le luxe des couturiers. Ils y mettent toute leur fantaisie. Elles représentent environ un dixième des modèles de la collection»
Paris Match, édition du 02/09/1950
Pour cette seconde partie, le parti-pris est de ne présenter que quelques robes à la fois, permettant de ne pas avoir l’œil noyé par l’abondance. Des débuts d’Yves saint Laurent chez Dior avec la robe courte « Aurore », aux silhouettes incroyable de Grès (comme la robe bustier drapée en velours de soie changeant) et Balmain, l’émerveillement atteint son paroxysme avec les robes de Christian Dior.

Dior par Yves Saint Laurent, robe du soir “Aurore”, P/E1958. Faille de soie de Lajoinie.
© Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet

Christian Dior (Boutique), 1953-1954 / Jacques Fath, vers 1947 / Grès, A/H 1956 Collection Palais Galliera
© Gregoire Alexandre
Robes bustiers, broderies d’inspiration XVIIIe, chaque pièce est un émerveillement. On parcourt cette expo comme une parenthèse où la féminité, la couleur, le sens du détail sont à mis en valeur.
A voir avec bonheur jusqu’au 2 Novembre 2014
http://www.palaisgalliera.paris.fr
Read MoreGranville c’est un peu loin en Normandie, mais il y a là-bas la maison d’enfance de Christian Dior. Transformée depuis plusieurs années en musée, la villa les Rhumbs accueille pour la saison une exposition sur les rapports étroits de la photo et la maison Dior. Barbara Jeauffroy Mairet, commissaire associée a eu la gentillesse de nous raconter les coulisses de la préparation.
Pourquoi avoir choisi la photographie ?
Ce thème n’avait encore jamais été abordé dans nos expositions. Ca a été pour nous l’occasion de faire des recherches spécifiques : le fond Condé Nast, le fond du magazine Elle, des recherches au musée des arts décoratifs et au musée Galliera.
Nous avons procédé à un dépouillement systématique (pour le magazine Elle jusqu’en 1964). Cela nous a permis de faire de jolies découvertes.
La photo est-elle abordée uniquement sur la période Christian Dior ?
Non, la photo est prise en compte pour la vie de la maison Dior, de son fondateur à Raf Simons. Les photographes présentés sont entre autre Irving Penn, Horst, Sarah Moon mais aussi Patrick Demarchelier et Inez van Lamsveerde Vinooh Matadin qui sont très présents aujourd’hui dans la maison Dior.

Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, 2012.
Dans la galerie des Glaces du château de Versailles, robe de la collection Prêt-à-Porter automne 2012. © Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin.
Dominique Isserman nous a accordé une interview. Ses tirages présentés à Granville sont d’une qualité exceptionnelle. Elle en a supervisé l’exécution et cela procure beaucoup d‘émotions en observant ses photos. C’est une démarche que nous avons privilégiée : avoir le maximum de tirages originaux et validés par le photographe quand cela était possible.
La photo est un art et le tirage est primordial.
Nous avons eu pour l’exposition le prêt d’un tirage original de Peter Knapp par le musée Nicéphore Nièpce de Châlon sur Saône.
Il y a t’il une photo mythique de présentée dans l’exposition ?
Oui, la fondation Pierre Bergé YSL nous a prêté la photo « Dovima et les éléphants » de Richard Avedon qui date de 1955. Christian Dior était encore vivant mais il est avéré que la robe de la photo « Soirée Paris » a été créée par Yves Saint-Laurent. Cette photo a été fprise pour le Harper’s Bazaar. Le tirage présenté a vraisemblablement été offert à Saint Laurent par Avedon lui même. C’est encore plus émouvant. Pour l’occasion nous avons rencontré Emilien Bouglione qui se souvient de la séance photo. Les éléphants étaient ceux du cirque Bouglione (Article à retrouver dans le catalogue de l’exposition)

Photo extraite du catalogue de l’exposition
Dovima et les éléphants- Richard Avedon ©defilenarchive.com
Comment s’est fait le choix des robes présentées au musée ?
200 tirages photographiques sont présentés dans l’exposition et 60 robes issues de ces photos sont exposées ce qui est formidable. L’exposition s’articule en plusieurs thèmes. Au rez-de-chaussée on retrouve les photos mythiques de la maison Dior avec entre autre la célèbre composition de Loomis Dean qui montre les mannequins sur un escabeau. La scénographie met les vêtements en résonance avec les tirages photos. Par exemple pour cette photo, les robes sont présentées dans la même position.
Il y a cette année un très gros travail de scénographie avec un nouveau partenaire, l’agence Alighieri. Beaucoup de nouveautés muséographiques avec des blocs vitrines remodelés qui incluent un vrai sol technique.
Toutes les parties de la maison ont été reprises, en particulier le bureau du père de Christian Dior. Une salle tendue de toile de Jouy rappelle la boutique Colifichets de 1947, et montre des photos ayant trait au voyage. Il y a aussi d’autres tableaux : De Paris à Versailles pour les thèmes en extérieurs ou encore le cycle d’une journée. Les vêtements répondent aux photos. La couleur est utilisée de manière monobloc.

Norman Parkinson, 1950.
Robe Mozart, collection Haute Couture printemps-été 1950, ligne Verticale. © Copyright Norman Parkinson Ltd/Courtesy Norman Parkinson Archive
Au dernier étage c’est le photographe photographié avec le mannequin Bettina portant la robe « Grand Mogol » sur la place de la Concorde. La dernière pièce restitue le bureau d’une rédactrice en chef et montre à la fois le travail de stylisme avec les robes sur un portant et le travail de photographie qui est fait dans les magazines, en montrant comment l’image peut être modifiée, retravaillée. Cette pièce toute rose est très ludique. Elle présente aussi un all over de couverture de magazine de photos de Dior, comme un jeu dans l’exposition. A noter le beau catalogue, véritable complément de l’exposition.

Henry Clarke, 1956.
Chapeau du modèle Raout, collection Haute Couture printemps-été 1956, ligne Flèche. © Henry Clarke/Galliera/Roger-Viollet,
© Henry Clarke, Musée Galliera/Adagp, Paris 2014.
http://www.musee-dior-granville.com/ jusqu’au 21 Septembre 2014
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