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Irving Penn, photographe en art majeur

Posted the 01 Oct 2017 in 01 Oct 2017 in Billets

Irving Penn, photographe en art majeur

Après une très longue pause sans articles, me revoici pour parler d’Irving Penn. Le grand Palais présente une magnifique rétrospective initiée il y a quelques mois à New-York et qui se prolongera en 2018 à Berlin.

 

Pourquoi il faut y aller ?

 

Irving Penn a commencé à faire des photos en 1938 et dès ses débuts il met en place ses caractéristiques : goût pour les natures mortes, l’esthétique des traces, la sculpture des formes par la lumière et une vision très intime de ses portraits. Il voit la photographie comme un prolongement des autres arts que sont la peinture et la sculpture.

Lisa Fonssagrives-Penn
Irving Penn at Work in New Guinea
1970
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © The Lisa-Fonssagrives-Penn Trust

 

Vogue une aventure de 60 ans

 

A partir de Juin 1943, Alexandre Liberman, directeur artistique de Vogue, embauche Irving Penn. Il va lui confier des portraits de célébrités, souvent intimidantes pour le jeune photographe qu’il est. Il choisit de les installer toujours selon le même procédé, dans un angle pour canaliser leur attention. Ses portraits sont incroyables et préfigurent d’autres séries plus tardives. On peut admirer des personnalités comme Truman Capote, Charles James, Elsa Schiaparelli. Loin de chercher uniquement un critère esthétique, il cherche à faire ressortir l’âme de son modèle au travers d’un processus long et assez ritualisé. Dans les années 50, il sera très sollicité par les célébrités, la mode et la publicité. On retrouve quand même toujours la même concision graphique et sa volonté de révéler son modèle.

Irving Penn
Truman Capote
New York, 1948
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © The Irving Penn Foundation

Irving Penn
Ungaro Bride Body Sculpture (Marisa Berenson)
Paris, 1969
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast

 

Cuzco, un tournant

 

Parti réaliser une série mode à Cuzco au Pérou, il aura l’idée de photographier les Indiens pendant trois jours à la fin de son reportage. En effet, à l’occasion de Noël la population venait se faire immortaliser une fois dans l’année. Il loue le studio d’un photographe local et enchaine des portrait d’une incroyable émotion. Cette série sera un prologue à beaucoup d’autres au cours de sa carrière. Entre 1967 et 1971 il utilisera, en guise de studio, une tente et sillonnera l’Afrique, l’Asie et le Pacifique, toujours pour Vogue. Il ne s’agit en aucun cas d’une approche anthropologique mais d’une recherche esthétique.

Irving Penn Cafe in Lima (Jean Patchett) – 1948 The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast

Irving Penn
Cuzco Children 1948
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast

Sur le même principe, Irving Penn décide de photographier les petits métiers de Paris : livreur de charbon, marchand de journaux, boucher, vendeur de peau de chamois ou de concombres. Il pérennisera cette série à Londres et à New-York avec toujours le même cadrage, le même fond neutre, et la même lumière naturelle. Ses clichés seront publiés en France et à l’étranger.

Irving Penn Foundation
©De fil en archive

 

Cigarettes, nus et natures mortes

 

Le photographe ne se cantonne pas à la série de mode (au demeurant exceptionnelle), mais continue ses propres recherches sur les traces du passé ou la nature morte. Tout trouve grâce à ses yeux : les résidus de cigarettes, les objets du caniveau, les fleurs fanées. Le tout en très gros plan, modifiant la perception du sujet. Pour les cigarettes c’est aussi une manière pour lui de critiquer l’industrie du tabac.

Irving Penn
Theatre Accident, New York, 1947
The Metropolitan Museum of Art, New York, Promised Gift of The Irving Penn Foundation © Condé Nast

Pour les nus, il utilise un autre procédé photographique qui lui permet d’obtenir une texture poudrée qui va avec la volupté de ses clichés.

Cette exposition est une très belle rétrospective qui permet de redécouvrir les séries modes d’Irving Penn, mais aussi  de découvrir d’autres facettes de son univers, au travers une scénographie sobre et des textes de salle lisibles. Une occasion à savourer.

Irving Penn, Grand Palais

Jusqu’au 29 janvier 2018

 

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Tout savoir sur la mode médiévale

Posted the 06 Jun 2016 in 06 Jun 2016 in Billets

Tout savoir sur la mode médiévale

Vous connaissez la tour Jean Sans Peur ?

Je dois avouer qu’avant de savoir qu’une expo sur la mode au Moyen Age se tenait dans ce lieu un peu secret, je ne le connaissais pas. J’étais souvent passée devant sans y faire très attention. Un peu en retrait derrière les arbres dans la rue Etienne Marcel, elle jouxte une école.

Le site annonce sobrement qu’elle est le dernier vestige du Palais des ducs de Bourgogne au XVe siècle et qu’elle conserve un bel escalier à vis (c’est vrai!). Cela étant, ce monument abrite une exposition temporaire qui a de quoi attiser la curiosité. Une particularité de ce lieu est de proposer des expositions thématiques sur le Moyen Age avec une grande rigueur et des commissaires d’expo passionnés.

Dix ans après sa première édition, l’exposition revient, enrichie et toujours aussi intéressante.

La façade de la Tour Jean sans peur, ancien palais parisien des ducs de Bourgogne. © de fil en archive
La façade de la Tour Jean sans peur, ancien palais parisien des ducs de Bourgogne. © de fil en archive

Enluminures et reconstitutions

Ici vous ne verrez pas de pièces originales car de part son budget, son espace et le thème abordé cette année, le choix a été de faire des reconstitutions, si possibles dans des tissus proches des originaux, et d’illustrer le thème avec des enluminures géantes. En effet, présenter des pièces historiques nécessiterait beaucoup de contraintes. Etonnamment, ce parti-pris permet de déculpabiliser le visiteur en supprimant l’aspect sacré qui aurait pu éloigner certains spectateurs.

J’ai eu la chance, grâce au Séminaire d’histoire de la mode, de pouvoir suivre une visite avec Nadège Gauffre Fayolle, commissaire de l’exposition. Sa passion et ses recherches permettent de faire le point sur la notion relative de mode à cette époque. En effet, dans l’exposition elle insiste sur les grands courants de l’habillement uniquement pour l’aristocratie. Pourquoi ? Parce qu’il faut faire des choix et qu’en plus il est un peu plus facile de trouver des représentation voire des vestiges de l’habillement des nobles de l’époque.

© Tour Jean sans peur
© Tour Jean sans peur

 

L’éloge de la lenteur

L’habillement évolue peu entre les Mérovingiens et le XIème siècle. Les hommes portent une tunique et des braies (pantalon), tenues avec lanières et jambières, tandis que les femmes portent une tunique et un voile manteau (pour comprendre, il suffit de regarder les représentations de la Vierge).

La mode évolue ensuite de manière assez unisexe. Hommes et femmes portent des tuniques et surcots qui se différencient uniquement par la longueur et la présence de fentes sur le devant pour les hommes (plus commode pour bouger). Sans que l’on puisse l’expliquer véritablement, savez-vous quelle est la partie du corps que l’on magnifie ? Le bras ! Les manches sont chauve-souris et cette partie du corps est l’objet de toutes les attentions pour être galbée et remarquée.

Tunique et manche chauve souris © de fil en archive

L’exposition évoque aussi la coupe des vêtements qui privilégie les formes simples et l’ajout de quilles de tissu pour ne pas gaspiller les étoffes.

Des proportions redessinées

La première partie de l’exposition esquisse en quelques silhouettes fortes les canons esthétiques.

Au XIVe siècle, les hommes veulent de la carrure et n’hésitent pas à rembourrer leur pourpoint grâce à un matelassage « en assiette » (qui forme des arrondis et laissent de la liberté de mouvement). Les chausses coupées dans du biais, là encore pour des questions de mobilité, parachèvent une silhouette toute en jambes. Pour s’adapter aux saisons, le grammage de la laine est différent en été et en hiver. Une autre particularité est d’obtenir un tissu velouté proche de l’aspect du velours, mais en utilisant de la laine à longs poils, qui est ensuite rasée. Cette étoffe vient des Flandres.

Reconstitution du pourpoint de Charles de Blois, dernier quart du XIVe siècle, avec matelassage en assiette. © de fil en archive
Reconstitution du pourpoint avec matelassage en assiette. © de fil en archive

Cette tendance qui sculpte les jambes augmente au XVème siècle avec des pourpoints plus courts (mi- fesses) et des chausses qui s’adaptent et se cousent à l’entrejambe. Elles présentent la particularité de s’ajuster avec des « aiguillettes » nouées qui nécessitent souvent l’aide d’un domestique pour obtenir un effet parfait. De manière péjorative, cette silhouette masculine est comparée au lévrier.

Silhouette masculine © de fil en archive
Silhouette masculine © de fil en archive

Les femmes privilégient une cotte ajustée et lacée avec un buste très étriqué pour allonger la silhouette. La coupe princesse est de mise.

Caleçons, soutien-gorge et slip

Une partie étonnante est consacrée aux sous-vêtements masculins et féminins. Les représentations d’hommes en sous-vêtements est usuelle dans la littérature médiévale : scènes de jeux, de lutte, et même de foulage du raisin. En les décortiquant, on apprend beaucoup sur l’évolution du caleçon pourvu de lanières pour être remonté ou au contraire maintenu long, des chemises complètent la tenue et même des slips pas si loin des modèles actuels.

Une découverte surprenante au château de Lengberg en Autriche nous apprend que le maintien de la poitrine faisait l’objet d’une attention marquée : le soutien-gorge et la robe à sachets, qui permettent de maintenir la poitrine, existent déjà. La mode est au buste menu et c’est aussi une préoccupation médicale de l’époque.

Buste court de la silhouette féminine © De fil en archive
Buste court de la silhouette féminine © De fil en archive

Pas de mode jetable

Si le tissu est actuellement facile à réaliser et se renouvèle particulièrement vite (trop vite), le Moyen-Age voit le textile très différemment. On parle alors de lin, de soie, et de laine et se vêtir coûte cher. Les vêtements sont entretenus, préservés, transmis et réutilisés.

Une pièce entière de l’exposition (au sous-sol) nous emmène dans un atelier de couture.

La garde robe est une vraie préoccupation (et une vraie fonction). Pas question de laisser les vêtements en vrac sur le sol. Ils sont suspendus sur des perches (pour éviter le grignotage des rongeurs), régulièrement aérés pour éviter les moisissures, entreposés dans des coffres pour éviter les puces.

Et les taches ? Les marchands ambulants vendent des préparations pour détacher et entretenir. Le fiel de bœuf, le blanc d’œuf, l’urine, l’argile sont une partie des ingrédients qui rentrent dans la composition des produits.

© de fil en archive
© de fil en archive
Perches © de fil en archive
Perches © de fil en archive

Plus blanc que blanc

On brosse, on époussette, mais on lave aussi en fonction des textiles. Le linge blanc doit rester immaculé car il est souvent visible. Grâce à des fentes et par coquetterie, il est suggéré ou exposé.

Il est aussi utilisé en contraste avec les autres vêtements colorés qui sont eux même doublés différemment.

Le poids de la morale et comment s’en affranchir

 

Il faut garder en tête que les moralistes et le clergé ont une force énorme à l’époque. Les lois somptuaires fixent les règles sur le luxe. La société est organisée et chacun doit rester à sa place, ni se surélever, ni se rabaisser. C’est valable aussi dans l’habillement. Pour adoucir ces dogmes la population a plusieurs subterfuges : les détails, les accessoires et les occasions spéciales.

Pour mettre en valeur les étoffes précieuses on voit par exemple l’apparition de fentes non utilitaires sur les vêtements, comme la « monstre » qui permet de dévoiler au niveau de la taille les étoffes du dessous. Elle part à la base d’un aspect pratique, qui était d’accéder à ses affaires nouées à la ceinture. Les belles n’avaient pas de sac à main !

Un ornement visible au XIVe siècle est la freppe. Ce découpage du tissu comme le canivet de papier, permet d’embellir son vêtement par un détail dans un tissu plus précieux et plus dense. Il peut se changer s’il est défraichi. C’est le cordonnier qui réalise cet ornement. Ce souci de la pérennité des ornements se retrouvait dans l’exposition Indigo avec les broderies.

Détail de freppe © de fil en archive
Détail de freppe © de fil en archive

Un autre aspect important est le couvre-chef. Pas de femme tête nue (sauf les prostituées). Il prend plusieurs formes mais a tendance à s’élever jusqu’à la démesure.

Grace au fil archal (fil métallique).

Le hénin, coiffe à corne, est en fait une mauvaise appellation (liée à une insulte aux femmes portant cette coiffure et évoquant le diable). Il faut en fait parler de flocard.

Pour les hommes on utilise un chaperon (comme pour le petit chaperon rouge), mais il est souvent détourné (en inversant la manière dont on le pose sur la tête pour obtenir une coiffure en crête de coq par exemple), l’ancêtre de la casquette à l’envers.

© Tour Jean sans peur
© Tour Jean sans peur

L’exposition est d’une richesse incroyable de documentation. Pour le vêtements de bal, j’ai découvert les costumes d’homme sauvage en étoupe de lin et cire qui sont célèbres pour le tragique bal des Ardents, ou encore le costume du fou du roi et sa signification ; les décors temporaires à la feuille d’or (la batture) qui donne l’illusion d’un vêtement précieux.

Costume d'homme sauvage en étoupe de lin et cire © De fil en archive
Costume d’homme sauvage en étoupe de lin et cire © De fil en archive
Le fou du roi © De fil en archive
Le fou du roi © De fil en archive

Les chaussures sont jetables et le fameux cousu retourné utilisé encore aujourd’hui par une célèbre marque de chausson de danse… On achète les chaussures en grande quantité et la démarche est dansante. Elle accompagne les grelots qui provoque une mode sonore !

On pourrait écrire trois articles avec la quantité des informations de cette exposition temporaire. Et il est frustrant de ne pas tout raconter : une seule solution, allez-y ! Un glossaire sur les termes des vêtements est visible au sein de l’exposition.

Découverte des tissus © De fil en archive
Découverte des tissus © De fil en archive

Le petit fascicule (8 euros) qui accompagne l’exposition reprend une grande partie des informations de celle-ci, et permet de se remémorer ou de compléter sa visite.

La visite se fait dans la totalité des espaces, jusqu’à la rencontre des ducs de Bourgogne sous les toits.

Ducs de Bourgogne © De fil en archive

La voute de L’escalier

L’escalier en vis se termine par un chef-d’œuvre de la sculpture flamboyante. Taillée dans le liais, calcaire très dur et peint à l’origine en bleu du ciel et feuillage vert. Elle est attribue à l’atelier de Claus de Werve qui a participé avec son oncle Claus Sluter au tombeau de Philippe le Hardi à Dijon. On observe des feuilles de chêne, du houblon et des rameaux d’aubépines, faisant référence à la filiation des ducs de Bourgogne.

Voute de l’escalier de la tour Jean sans peur © De fil en archive

La mode au Moyen Age, Tour Jean sans peur jusqu’au 7 mars 2027

Un très riche cycle de conférences accompagne l’exposition : https://www.instagram.com/tourjsp/

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La garde-robe de la comtesse Greffullhe

Posted the 04 Dec 2015 in 04 Dec 2015 in Billets

La garde-robe de la comtesse Greffullhe

La nouvelle exposition du musée Galliera remonte le temps pour présenter un don majeur de ses collections, celui des vêtements ayant appartenu à la comtesse Greffulhe. S’il n’est pas forcément évident d’intéresser le public à la mode de la fin du siècle dernier, il faut vraiment courir voir cette très belle exposition tant pour ses œuvres que pour sa scénographie.

Mais qui est la comtesse Greffullhe ?

La comtesse Greffulhe, Élisabeth de Caraman-Chimay, est née en 1860 et meurt en 1952. Nièce de Robert de Montesquiou, passée à la postérité sous la plume de Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu, la comtesse prête ses traits à la duchesse de Guermantes. Elle épouse le comte Henry Greffulhe et devient une figure emblématique par sa richesse, sa beauté et ses actions en matière de vie culturelle et intellectuelle. Grand mécène pour la musique et les ballets russes, elle soutient aussi le capitaine Dreyfus et se passionne pour la science et en particulier Marie Curie. La comtesse Greffulhe est très éclectique, et sa garde-robe est à la hauteur de sa personnalité.

Illustrations d’Aurore de la Morinerie © Aurore de la Morinerie

Illustrations d’Aurore de la Morinerie
© Aurore de la Morinerie

 

 

L’ exposition

La première salle choisit de présenter la comtesse par petites touches pour la rendre vivante. Une série de dessins contemporains, deux films d’époque où elle pose sur une terrasse, et cette jeune femme n’est plus abstraite. La scénographie (de Béatrice Abonyi) joue sur les faux semblants en utilisant des éléments qui évoquent la scène : des tréteaux, des caisses en trompe-l’œil qui ménagent des coulisses et qui reprennent le style très Napoléon III des boiseries noires et des murs au coloris brique. Ce système de boîte est utilisé notamment pour une somptueuse robe à traîne. Comme souvent à Galliera, les vitrines ont disparu et abolissent la distance avec le spectateur.

zibelinebroderie

Robe aux broderies byzantines et zibeline Worth © Pierre Antoine

Worth

 

Ce qui est frappant c’est l’évolution de son style. Les premières robes, très fortes, sont longues, taille fine et manches gigots, souvent vieux rose ou vert cru. Mais les tissus sont somptueux : velours ciselé pour une robe d’après-midi de Worth, broderies byzantines et bordure de zibeline (toujours Worth), réemploi d’un cadeau russe (un khalat) pour créer une cape d’apparat (qui sera retransformée huit ans plus tard pour suivre la mode). Elles démentent l’allure stricte de ce genre de forme. Elles montrent aussi une perfection du détail, un goût pour les motifs floraux et géométriques.

Tea-gown en velours ciselé et Khalat transformé par Worth © Pierre Antoine

Tea gown en velours ciselé et Khalat transformé cd Worth © Pierre Antoine

 

 Détail de Khalat -Worth© De fil en archive

Détail de Khalat -Worth© De fil en archive

 

 

Japonisme

Une autre tendance dans cette somptueuse garde-robe, c’est le goût pour les kimonos et autres vêtements d’influence orientale. Vers 1910, la maison Vitaldi Babani importe des soieries et des pièces traditionnelles et diffuse aussi le style de Mario Fortuny. Elle crée plus tard ces propres modèles à partir de ces influences croisées. Une robe de l’exposition est d’ailleurs inspirée du célèbre châle blanc Cnossos.

Manteau du soir. Lamé or ; broderies de paillettes, de tubes bleus, et de perles bleues. Lacet de fils métalliques. Vers 1925. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

Manteau du soir. Lamé or ; broderies de paillettes, de tubes bleus, et de perles bleues. Lacet de fils métalliques. Vers 1925. Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris.

 

Graphisme et robes brodées

Un autre espace est consacré aux robes du soir dans un esprit très contemporain. Les robes noires et blanches souvent de Jeanne Lanvin pourraient très facilement être adaptées à notre époque. Un manteau de soie, de la couturière orné d’un motif de briques est particulièrement moderne. On retrouve là encore les influences byzantines, égyptiennes (hiéroglyphes) qui sont dans l’air du temps. Les vêtements sont accompagnés de pièces d’archives : factures du trousseau de la comtesse, écrits personnels, comme ce texte très surprenant qui explique dans le détail ce que devra être sa tenue mortuaire : un contrôle total de son apparence jusqu’à sa mort et un goût certain de la mise en scène.

 © Pierre Antoine

© Pierre Antoine

 

Des accessoires d’exception

 

Une salle entière est consacrée aux souliers, éventails, chapeaux, épingles à cheveux,   ainsi qu’aux accessoires de son époux. Un meuble à vitrines et tiroirs ouverts, donne l’impression de rentrer dans le dressing du couple, tout en protégeant ces accessoires fragiles.

 © Pierre Antoine

© Pierre Antoine

 

La photographie, une autre passion

Elle s’initie à la photographie dès 1883 et posera régulièrement dans le studio de Nadar (la référence artistique est primordial) mais aussi dans celui d’Otto Wegener, d’origine suédoise, qui ouvre son atelier place de la Madeleine en 1883 et attire une clientèle élégante issue de la haute société. La comtesse, qui s’aime beaucoup, diffuse ses portraits à ses proches et les accrochent aussi dans ses maisons. La série d’Otto est très vaporeuse et montrent la comtesse portant certaines des robes de l’exposition : la robe exposée dans un nuage de papier de soie, ainsi que la fameuse cape russe.

La meilleure idée de l’exposition est d’avoir diffusée particulièrement dans cette salle de la musique correspondant à l’époque. Ce petit plus permet au spectateur de se laisser envahir par les photos et  l’atmosphère romantique.

 © Pierre Antoine

© Pierre Antoine

Photographie de Otto, la comtesse Greffulhe dans une robe de bal, vers 1887 © Otto / Galliera / Roger-Viollet

Photographie de Otto, la comtesse Greffulhe dans une robe de bal, vers 1887 © Otto / Galliera / Roger-Viollet

L’exposition se termine en apothéose avec la robe aux lys de Worth. Elle présente une coupe « princesse », sans couture à la taille, inhabituelle pour l’époque, mettant en valeur la minceur de celle qui la portait. La berthe, sorte de col, qui pouvait se replier en ailes de chauve-souris constitue une allusion à l’animal tutélaire de son oncle Robert de Montesquiou, tandis que le motif de fleurs de lys fait référence au poème que ce dernier avait composé en l’honneur de la comtesse.

 

Je suis sortie de cette exposition en ayant l’impression d’avoir passé une heure dans une bulle de beauté. Ça n’est jamais désagréable et encore plus en ce moment !

Palais Galliera  Jusqu’au 20 mars 2016 puis Museum du FIT de New York en septembre 2016.

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On passe au Jardins, jardin ?

Posted the 16 Jun 2015 in 16 Jun 2015 in Billets

On passe au Jardins, jardin ?

Si Jardins jardin n’est pas nouveau (c’est la 12eme édition), c’était pour moi la première fois. J’avoue que j’avais un peu peur d’une vision ultra citadine du jardin, un peu comme une nature réinventée pour parisiens en mal de nature. Et bien pas du tout ! Le lieu est bien aménagé et les choix des exposants très pertinent. Le thème de cette année était précisément « La ville heureuse », avec de nombreuses idées pour aménager terrasses et balcons surtout.

Nichée près de la Seine, juste en face du musée d’Orsay, l’espace est réparti en plusieurs pôles : innovations et création en haut des escaliers, horticulteurs, jardins paysagés, antiquaires du jardin et produits autour du jardin. Ce qui fait pour moi l’intérêt de ce salon, c’est que rapidement on oublie le temps, et je me suis mise à flâner, respirer, regarder. La sélection des exposants est vraiment de très bonne qualité pour tous les secteurs.

Quelques surprises

 

Ma découverte la plus gracieuse de ce salon, vient de l’entreprise de la plume à la bêche (gagnants du concours de l’innovation 2014). Cette jeune entreprise propose la création d’une sorte de tonnelle sur-mesure adaptée à votre espace, c’est la Cabane Polypode®.  Ses pieds reposent dans des bacs où la végétation est choisie pour se développer harmonieusement par strates. L’impression qui s’en dégage est éminemment poétique et transforme à coup sur l’espace autour d’elle.

Cabane Polypode® La plume & la bêche  © De fil en archive

Cabane Polypode® La plume & la bêche
© De fil en archive

Cabane Polypode® La plume & la bêche  © De fil en archive

Cabane Polypode® La plume & la bêche
© De fil en archive

Cabane Polypode® La plume & la bêche  © De fil en archive

Cabane Polypode® La plume & la bêche
© De fil en archive

Le corten, ça vous dit quelque chose ? Moi rien du tout jusque là. Mais je crois pouvoir dire que c’est la tendance en matière de bacs à fleur. Cet acier à la propriété de s’auto-patiner, évitant ainsi la rouille et c’est désagrément. Evidemment c’est nettement plus cher et plus lourd que les productions plastiques même de bonne qualité mais quasiment toutes les sociétés présentes en exposaient, exception faite de du paysagiste Mathieu Eymin avec le projet Coal Design©, mobilier en bois brûlé.

Francis Murat, jardinière en corten © De fil en archive

Francis Murat, jardinière en corten © De fil en archive

Coal Design©, mobilier en bois brûlé

Coal Design©, mobilier en bois brûlé

 

Les piscines c’est agréable mais ça occasionne de gros aménagements et un entretien régulier. L’entreprise Doodoopool prend le problème à l’envers et propose une petite piscine design, personnalisable et prête à l’emploi sans avoir à creuser son jardin. Tout est fourni et nécessite juste un point d’eau et une prise de courant. Ensuite à vous de vous en servir comme jacuzzi, pour une séance d’aquabiking ou de marche aquatique avec tapis de de course. Fabriquée en France, les façades sont personnalisables et la conception responsable.

Piscine ultra-compacte ©doodoopool

Piscine ultra-compacte ©doodoopool

Terrasses paysagées

Une multitude de terrasses originales permettent de mettre en avant une entreprise, un organisme ou même un pays.

La réalisation consacrée à la Tunisie était saisissante de beauté avec ses briques de Tozeur qui faisaient voyager très loin du jardin des Tuileries.

Tunisie, jardins, jardin © De fil en archive

Tunisie, jardins, jardin
© De fil en archive

La marque de cosmétiques allemands Docteur Hauschka, créée en 1967 présentait au travers de son jardin certaines plantes utilisées dans ses soins. Loin d’être anecdotique, cette marque possède même une ferme labelisée Demeter (pionner en ressources durables). Coing, marguerite, rose sont quelques unes des espèces utilisées. Protocoles et écologie font partie intégrante des soins.

Docteur Hauschka, Jardins, jardin © De fil en archive

Docteur Hauschka, Jardins, jardin © De fil en archive

 

Le design et les antiquités

Les puces de Saint Ouen et les antiquaires de la rive gauche avaient sorti leurs plus belles barbotines bancs et miroirs à motifs floraux, pour une ambiance bucolique.

© De fil en archive

Banc courbe (et très long) © De fil en archive

© De fil en archive

Banc en ger forgé peint à motifs de feuilles © De fil en archive

Dans le labyrinthe végétal des quatre saisons des pépinières Lappen, les sculptures de Jean Marc de Pas ponctuaient chaque fausse route gracieusement.

Labyrinthe, scuplture Jeam Marc de Pas © De fil en archive

Labyrinthe, scuplture Jeam Marc de Pas © De fil en archive

Beaucoup d’entreprises présentes travaillent sur l’aménagement en totalité d’un espace en combinant plusieurs profils techniques (le pack), ou aident les plus pressés en proposant de préparer les jardinières de vos fenêtres.

JARDINS, JARDIN AUX TUILERIES, le Pack

JARDINS, JARDIN AUX TUILERIES, le Pack

En matière de design, Lauren Germain et Aurore Pulwermacher, étudiantes à LISAA ont conçu Res’t’ool qui permet à la fois de s’asseoir et de ranger ses outils, une jolie idée.

RES'T'OOL projet Lisaa 2015

RES’T’OOL projet Lisaa 2015

Jardins jardin est vraiment une jolie vitrine de la vivacité du monde du jardin, de l’envie de nature même avec trois pots de plantes aromatiques. Les innovations vont vers plus de recyclage, et de convivialité. L’année prochaine, laissez-vous tentez, dépaysement assuré l’espace de quelques heures.

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Napoléon et Paris : vision rêvée

Posted the 14 Apr 2015 in 14 Apr 2015 in Billets

Napoléon et Paris : vision rêvée

Tiens et si on parlait de Napoléon ? Oui c’est moins habituel ici, mais l’exposition qui vient de s’ouvrir au musée Carnavalet permet aussi de voir quelques vêtements, diadèmes et éventails.

L’architecture parisienne

Le thème de cette exposition temporaire est le lien intrinsèque entre Napoléon et la capitale. Plusieurs éléments de sa vie s’y sont déroulés (le coup d’État du 18 Brumaire, le sacre, le mariage avec Marie-Louise, la naissance de son fils, la seconde abdication). Mais au delà de cela, le musée nous montre la manière dont l’empereur a façonné la capitale. Les arcs de triomphe (Grande armée et Carrousel), la colonne Vendôme, mais aussi la réorganisation du palais des Tuileries ou encore la façade de l’assemblée nationale et l’église de la Madeleine. Il souhaitait faire de Paris une ville moderne et pour cela a réalisé des travaux utiles comme les marchés couverts, les fontaines, les canaux. Paris est un mélange de rêves de nouvelle Rome avec ses projets de palais et de ville moderne avec ses équipements dédiés à l’amélioration de la salubrité.

 Etienne Bouhot (1780- 1862), La place Vendôme et la rue de Castiglione avec les ruines de l’église des Feuillants, 1808. Huile sur toile 81 x 99 cm. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Etienne Bouhot (1780-
1862), La place Vendôme et la rue de Castiglione avec les ruines de l’église des Feuillants, 1808. Huile sur toile 81 x 99 cm. © Stéphane Piera / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

L’exposition présente de nombreux éléments de la vie de la Cour dans le palais des Tuileries, de la correspondance et aussi quelques vêtements magnifiques. Si l’uniforme est un élément très utilisé du vestiaire masculin, on trouve aussi des costumes civils. Ce qui est marquant ? L’usage de la couleur et des broderies d’or et d’argent dans les vêtements exposés. Les symboles utilisés sont évidemment l’abeille dorée mais aussi les feuilles de laurier ou les branches de palmier. On est là dans du costume d’apparat. Le costume civil est plus sombre et plus fonctionnel.

Bordure brodé, tissu utilisé pour le sacre, détail des abeilles dorées.

Bordure brodé, tissu utilisé pour le sacre, détail des abeilles dorées.

Habit de grand maréchal du palais porté par le général Bertrand, 1813. Velours de soie amarante (couleur rouge), broderies de fils lamés, paillettes et cannetilles argent. Musée Galliera. © Ph. Joffre et D. Lifermann /Galliera / Roger-Viollet

Habit de grand maréchal du palais porté par le général Bertrand, 1813. Velours de soie amarante (couleur rouge), broderies de fils lamés, paillettes et cannetilles argent. Musée Galliera. © Ph. Joffre et D. Lifermann /Galliera / Roger-Viollet

La mode féminine se distingue par cette allure très caractéristique : taille haute (empire), simplicité de la silhouette, petites manches. La robe présentée, avec sa traîne arrondie et ses broderies, montre bien le caractère grandiose de la pièce.

© De fil en archive

© De fil en archive

« Ces costumes font étalage de luxe et comme le chef d’œuvre d’artisan, ils rassemblent tous les savoir-faire. » Catherine Örmen*

 

L’exposition intègre dans sa scénographie une rue de Rivoli en miniature, avec ses arcades qui desservent les pièces de l’exposition. Une carte interactive permet de visualiser sur un plan de Paris 53 lieux de l’architecture napoléonienne avec des liens vers les gravures des monuments réels détruits ou qui sont restés à l’état de projet : monuments, fontaines, marchés, rues, hôtels, palais… La carte propose ainsi de revenir sur l’histoire d’un lieu, sa fonction, ses architectes.

Modèle d’une arche du pont des Arts, 1800 Bois et fer partiellement doré 62 x 101,5 x 96,5 cm. © Eric Emo / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Modèle d’une arche du
pont des Arts, 1800 Bois et
fer partiellement doré
62 x 101,5 x 96,5 cm.
© Eric Emo / Musée
Carnavalet / Roger-Viollet

Jean-Antoine Alavoine Le Chevalier, Projets pour la fontaine de l’éléphant place de la Bastille, vers 1809-1819. Aquarelle 36 x 57 cm. © Musée Carnavalet / RogerViollet

Jean-Antoine Alavoine Le
Chevalier,
Projets pour la fontaine de
l’éléphant place de la
Bastille, vers 1809-1819.
Aquarelle 36 x 57 cm.
© Musée Carnavalet / RogerViollet

De nombreuses activités sont liées à l’exposition. Expérience personnelle, n’hésitez pas à y aller avec vos enfants en CM2, c’est au programme et l’histoire devient tout de suite plus proche avec des exemples réels de lettres ou d’objets.

Musée Carnavalet jusqu’au 30 Août 2015   *Brève histoire de la mode, Catherine Örmen

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